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Dassault Système veut acheter MatrixOne

Industrie et  Technologies
La nouvelle est tombée ce matin à 9 heures, Dassault Systèmes annonce son intention de procéder à l'acquisition de MatrixOne. Outre de nouveaux clients et une ouverture vers de nouveaux marchés, la firme de Suresnes met la main sur une technologie éprouvé


Ce n'est un secret pour personne, Enovia est à la peine, performances et fonctionnalités ne sont pas à la hauteur de l'outil de gestion globale d'entreprise promis à l'origine. « Nous nous sommes donnés des priorités en nous focalisant sur l'engineering et le manufacturing où nous voulons être performants avant d'envisager la globalité de l'entreprise », constatait d'ailleurs fort honnêtement Nicolas Guyot de Camy, responsable de la stratégie Enovia, lors d'une récente rencontre.

Un constat partagé par beaucoup d'experts qui voyaient la solution dans l'acquisition d'une entreprise et de la technologie associée pour épauler Enovia. A ce titre, nombre de rumeurs et de noms de proies potentielles ont circulés, dont bien évidemment celui de MatrixOne, éditeur d'un ensemble d'outils performants, mais dont la profitabilité n'a jamais été le fort.

Une OPA amicale

Le temps des rumeurs est maintenant passé, car Dassault Systèmes a annoncé officiellement ce matin qu'il lançait une offre publique d'achat amicale de MatrixOne au prix de 7,25 $ par action, soit un montant global de l'ordre de 408 M$ (326 M€). Mais les motivations de Dassault Systèmes ne sont peut-être pas aussi simplistes que celles évoquées il y a encore peu par les analystes du secteur. Il semble bien que MatrixOne ne remplacera pas Enovia, ou tout au moins pas aussi directement.

MatrixOne a réalisé un chiffre d'affaires de 124,1 M$ sur son exercice fiscal 2005 (+13,2 %), qui se terminait en juin dernier, enregistrant toutefois une perte de 20,3 M$. Une situation déficitaire chronique depuis 2002 malgré une reprise de la croissance, mais qui n'empêche pas la société de disposer de 99 M$ de cash. Pour procéder à cette acquisition Dassault Systèmes va piocher dans ses réserves de cash (380 M€ à fin 2005). « Mais nous allons aussi faire appel à la ligne de crédit que nous avons demandée à nos banquiers lors de l'acquisition d'Abaqus en mai dernier, afin de garder la souplesse et l'agilité nécessaire à notre bon fonctionnement », expliquait ce matin Bernard Charlès, directeur général de Dassault Systèmes.

Contrairement à beaucoup d'éditeurs, les secteurs automobile et aéronautique ne représentent qu'un tiers des revenus de MatrixOne, alors que ceux dits de High Tech représentent la moitié. MatrixOne a aussi initié des relations étroites avec une cinquantaine de partenaires comme Accenture, Atos Origin, Cap Gemini, Gedas, IBM BCS ou Tata Consultancy.

Son offre est plus centrée sur les Business Processes (réponse à un appel d'offre, suivi de processus formels de mise sur le marché, gestion de demandes du marché...) que sur la traditionnelle GDT très liée aux outils de CAO. C'est sans doute ce qui explique aussi sa forte percée auprès des clients de l'électronique et du semi-conducteur (Agilent, Alcatel, AMD, Cypress, Hitachi, Infineon, LSI Logic, Nec, Nokia, Philips, Sony, ST Microelectronics, Xilinx...) auxquels il propose des solutions métiers prêtes à utiliser.

Une complémentarité des offres

« Il existe une réelle complémentarité entre l'offre de MatrixOne et nos offres Enovia et Smarteam. Autant Enovia est bien positionné pour assurer une modélisation étoffée du produit et de ses processus de production et Smarteam l'est pour gérer la structure produit, autant MatrixOne est adapté pour gérer les Business Processes, les méthodologies de travail et tous les documents utilisés autour du cycle de vie d'un produit. Il ne s'agit donc pas de remplacer Enovia par MatrixOne, mais de proposer à nos clients un ensemble d'outils leur permettant de gérer leurs produits, leurs process industriels, leurs ressources et leurs méthodologies de travail. Mais je suis encore incapable de dire aujourd'hui si cela continuera à se faire sous les trois marques Enovia, MatrixOne et Smarteam, ou si nous allons unifier cela sous une seule marque pour améliorer notre lisibilité. Ce qui est certain, c'est que nous allons jouer la complémentarité des offres, notamment en assurant rapidement une visibilité et une connexion entre Enovia et MatrixOne ». Et Bernard Charlès de citer l'exemple de PSA qui utilise déjà les outils de Dassault Systèmes pour créer et gérer ses données techniques, et ceux de MatrixOne pour gérer ses appels d'offres. En fin de compte, si l'on fait une analogie avec la CAO, le temps de la bataille entre modeleurs volumiques et surfaciques est révolu, place aux modeleurs hybrides, qui s'adaptent à tout.

« MatrixOne dispose aussi de technologies novatrices et d'un environnement adapté pour offrir des services à la demande en ligne. Nous allons bien évidemment les utiliser pour faire évoluer l'ensemble de notre offre, afin de pouvoir répondre le moment venu aux demandes de nos clients que nous savons proches dans cette matière ».

Reste que la concurrence ne va certainement pas rester les bras croisés et laisser le champ libre à Dassault Systèmes. Il y a fort à parier que PTC et UGS vont certainement mettre en avant l'aspect gestion des Business Processes de leurs offres respectives, voire même eux aussi se lancer dans des acquisitions. Agile Software (117 M$ de CA en 2005) pourrait bien être alors la prochaine proie, à moins que ce ne soit l'un des nombreux leaders des multiples marchés nationaux.

Dassault Systèmes compte sur l'intégration des deux structures pour faire économiser à MatrixOne 8 M$ dès cette année et 25 M$ en 2007. Si l'on ajoute à cela la démultiplication des efforts de vente, grâce au réseau Dassault Systèmes, et une meilleure charge de ressources de services de MatrixOne qui Å“uvreront sur l'ensemble de l'offre PLM de Dassault Systèmes, MatrixOne devrait vite retrouver la profitabilité, mais ca nous ne le sauront jamais car MatrixOne sera dorénavant comptabilisé dans la ligne PLM du bilan de Dassault Systèmes.

Une ouverture à de nouveaux marchés

« Si l'on regarde les secteurs industriels clients de nos offres respectives on remarque aussi une réelle complémentarité. Nous sommes très présents dans les industries manufacturières (automobile, aéronautique, mécanique générale...) alors que MatrixOne est surtout présent dans la High Tech, l'habillement, le médical, les sciences de la vie, les biens de consommation grand public..., autant de secteurs qui s'ouvrent au PLM sur lesquels nous allons renforcer notre présence ».

Autant de secteurs d'ailleurs où IBM a annoncé récemment un accord avec PTC autour de Windchill. Une remarque que Bernard Charlès balaye d'un revers de la main : « IBM avait déjà des accords similaires avec MatrixOne, mais le manque de visibilité sur la pérennité de cet éditeur les a fait se tourner vers PTC. La reprise de MatrixOne par Dassault Systèmes est une bonne nouvelle pour IBM, car nous apportons à son partenaire la pérennité qui lui manquait. N'oubliez pas qu'IBM a implémenté MatrixOne chez General Motors pour gérer ses processus d'acquisitions ».

Reste que pour le moment rien n'est encore gagné puisque MatrixOne est une société côté en bourse avec un actionnariat très dilué. Certes le management de MatrixOne est acquis à cette cause, mais reste à savoir ce qu'en penseront les actionnaires. On leur propose 7,25 $ pour une action qui valait 6 $ hier soir à Wall Street, soit une plus-value de 20 % Cela sera-t-il suffisant pour les fonds de pension actionnaires ? Un surenchérisseur ne peut-il pas se faire jour ? Réponse avant l'été.

A la semaine prochaine.

Pour en savoir plus : http://www.3ds.com/fr/news-events/press-room/release/1102/1/

Jean-François Prevéraud, journaliste à Industrie & Technologies et l'Usine Nouvelle, suit depuis plus de 24 ans l'informatique industrielle et plus particulièrement les applications destinées au monde de la conception (CFAO, GDT, Calcul/Simulation, PLM...). Il a été à l'origine de la lettre bimensuelle Systèmes d'Informations Technologiques, qui a été intégrée à cette lettre Web hebdomadaire, dont il est maintenant le rédacteur en chef.

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