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Dans les Alpes-Maritimes, des camions bennes carburent aux plastiques

Enguerrand Armanet
Dans les Alpes-Maritimes, des camions bennes carburent aux plastiques

Deux camions bennes du département des Alpes-Maritimes roulent au diesel produit à partir des déchets plastiques

© DR

Le département des Alpes-Maritimes a inauguré le 17 juillet deux camions bennes qui circuleront avec du carburant produit à partir de plastique recyclé selon un procédé mis au point par Earthwake. Après cette première application, l’association veut industrialiser son procédé basé sur la pyrolyse. 

 

Enfin une application concrète du carburant produit en recyclant des déchets plastiques. Vendredi 17 juillet 2020, l’association Earthwake et le département des Alpes-Maritimes ont présenté à Puget-Théniers (Alpes-Maritimes) deux camions bennes qui circulent depuis le 25 mai avec 10 % de diesel produit à partir des plastiques grâce à un procédé de pyrolyse à haut rendement. Baptisé Chrysalis, il est capable de produire du carburant utilisable dans les moteurs diesel et les groupes électrogènes.

Christofer Coster, inventeur de la Chrysalis et co-fondateur de l’association Earthwake avec l’acteur Samuel Le Bihan pour lutter contre la pollution plastique, en explique le principe : « «Il s’agit de faire fondre le plastique – sans flamme - dans une cuve à 450 °C pour dégrader les molécules de polymères. Après l’étape de chauffe, ces molécules disloquées sont refroidies et comprimées pour donner du diesel (65 %), de l’essence (15 %), du gaz (10 %) et des résidus de carbone (5 %). La colonne de distillation permet de séparer ces produits, et le gaz est réutilisé pour chauffer la cuve, ce qui permet à la machine de s’auto alimenter ». Ce procédé permet aujourd’hui à la Chrysalis de produire 35 litres de diesel à partir de 40 kg de plastique – polypropylène ou polyéthylène, qui sont les seuls polymères à même de produire du carburant, et représentent selon Samuel Le Bihan « 70 % des plastiques utilisés dans le monde » - et de traiter 350 kg de déchets par jour.

Remettre la pyrolyse du plastique au goût du jour

Mais si « la pyrolyse des plastiques pour produire du diesel est connue depuis longtemps », comme le rappelait Christofer Costes, pourquoi ne pas l’avoir utilisée avant pour remplir nos réservoirs ? Selon Samuel Le Bihan, « le problème est de trouver la bonne balance économique entre un haut rendement, et un coût de production acceptable ». En effet, selon les co-fondateurs d’Earthwake, les pyrolyseurs classiques produisent à 65 % une pâte noir et épaisse, inutilisable en l’état, ce qui ne permet pas de rentabiliser leur utilisation pour produire du carburant.

Pour contourner ce problème, l’inventeur de la Chrysalis a amélioré le procédé, ce qui permet d’augmenter le rendement en réutilisant ces déchets issus d’une première pyrolyse. « Notre étape de distillation sépare l’essence, le diesel, et les déchets. Nous les récupérons pour les réinjecter dans le pyrolyseur jusqu’à en tirer un carburant valorisable. Après un certain nombre de cycle, nous arrivons ainsi à produire 80 % de carburant et à isoler quelques résidus, ce qui est suffisant pour rentabiliser le procédé », explique ce dernier.

Obtenir un carburant certifié

L’autre obstacle au développement massif des carburants issus de la pyrolyse est la certification, dont « l’obtention a été un combat de tous les jours », témoigne le fondateur d’Earthwake. Car si la Chrysalis est rentable en termes de quantité, l’obtention d’un produit utilisable directement dans un moteur de diesel est une autre affaire. Ainsi, le carburant produit par Earthwake est envoyé au laboratoire de SGS, entreprise spécialisée dans la certification, où « les chimistes procèdent à une étape de stabilisation en ajoutant des additifs », détaille Thierry Nakache, directeur commercial chez SGS.

Ce même laboratoire analyse les produits de la pyrolyse et fait office de tiers de confiance pour certifier leur respect des normes européennes. Mais ce traitement ne suffit pas pour autoriser leur utilisation directe dans les moteurs diesels. « Aujourd’hui, pour respecter les normes européennes de qualité, nous sommes obligés de mélanger notre produit avec du diesel conventionnel à hauteur de 90 % », reconnaît Christopher Costes. Ainsi, à défaut de produire un diesel de meilleure qualité, Earthwake doit pour l’instant limiter à 10 % le taux de diesel de plastique dans les réservoirs des camions bennes de Puget-Théniers, ce qui n’empêche cependant pas de revaloriser ces déchets.

Revaloriser les plastiques à l’échelle locale

Pour les groupes électrogènes en revanche, « les produits de la Chrysalis sont directement réutilisables sans mélange», argumente François Danel, Directeur Général d’Earthwake. Un atout majeur pour les pays en développement où Samuel le Bihan entend « lutter contre la pollution plastique » au travers de deux projets pilotes, l’un au Sénégal, l’autre en Tunisie. Ce dernier explique que « le projet a pour but de développer une low-tech robuste, simple, qui puissent tenir dans un conteneur pour implanter des projets locaux de revalorisation ». En France ou en Afrique, Earthwake souhaite proposer aux collectivités locales une méthode qui donne du sens au recyclage. Carlos de Los Llanos, directeur scientifique de Citeo qui est l’un des principaux partenaires du projet, considère que l’association peut « montrer l’utilité de leur geste de tri aux populations, tout comme celle du recyclage et de la valorisation des plastiques ».

Produire à la chaîne

Reste donc à produire une machine à pyrolyse dont le prix est abordable pour généraliser le procédé. « On est sur un objectif de prix de vente à 50 000 euros », avance Jérôme Duthoit, ingénieur et conseiller technique chez Earthwake, « ce qui est raisonnable », ne manque pas de remarquer Carlos de Los Llanos. Pour atteindre cet objectif, l’association est devenue une entreprise, et projette de passer à l’échelle industrielle. L’entreprise SBS Offshore accompagne la jeune société dans le développement de la nouvelle version de la Chrysalis, qui devrait alors être produite massivement à des coûts raisonnables. On attend donc la version commerciale qui devrait permettre aux collectivités territoriales de revaloriser leurs déchets plastiques, pourvu qu’elles se joignent au projet.

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