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[Protection] « Une fois les prototypes validés par la DGA, les masques seront produits par notre réseau régional d'ateliers », lance Capucine Mercier, PDG de PliM

Kevin Poireault

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[Protection] « Une fois les prototypes validés par la DGA, les masques seront produits par notre réseau régional d'ateliers », lance Capucine Mercier, PDG de PliM

L'ensemble de la production de protections hygiénique dans les ateliers de PliM a été suspendue pour fabriquer des masques chirurgicaux.

A la tête de la PME Protections lavables intimes menstruelles (PliM), Capucine Mercier a lancé il y a 10 jours son entreprise d'une quinzaine de personnes dans la conception et fabrication de masques de type FFP1 pour aider à la lutte contre le Covid-19. Alors que ses prototypes sont sur le point d'être homologués par la Direction générale de l'armement, elle se retrouve aujourd'hui à monter un réseau d'ateliers de confection dédiés à leur production en Nouvelle-Aquitaine. Et planche sur des masques FFP2.

Industrie & Technologies : Face à la pénurie de masques, vous avez décidé de troquer votre production de produits d’hygiène pour en fabriquer. Pour quel usage ?

Capucine Mercier : Nous allons lancer, dans quelques jours, la production de masques de type FFP1, dits chirurgicaux – mais qui, en réalité, ne sont pas portés par le personnel médical au contact des patients. Ils seront à destination des commerçants, des agents de l'administration, de La Poste, des pharmaciens, des médecins qui ne sont pas en contact direct avec les patients ou encore des simples quidams qui vont faire leurs courses, pour les protéger des gouttelettes de salive dues aux postillons ou aux éternuements qui peuvent transmettre le virus SARS-CoV-2

Avant tout chose, je tiens à préciser : le masque que nous allons produire dans un premier temps aide seulement à éviter la propagation de salive et n'est pas une protection suffisante contre le virus ! Il faut aussi ne pas se toucher le visage ni le masque lui-même, se laver et appliquer tous les gestes barrière recommandés par les services de santé.

Comment vous êtes-vous lancés dans l’aventure ?

Chez PliM, nous avons commencé à nous dire qu’il y aurait un besoin de masques il y a une quinzaine de jours, avant même que la question soit médiatisée. Quelques jours plus tard, l'Agence de développement et d'innovation (ADI) de la Nouvelle-Aquitaine a pris contact avec nous car elle voulait lancer la production de masques dans la région mais n'avait pas les compétences métiers du textile ni celles de commercialisation d'un produit et de gestion des commandes.

En tant que spécialiste d'hygiène intime, PliM a une connaissance assez précise de ces problématiques et nous sommes en lien avec les tisserands et avec l'Institut français du textile-habillement (IFTH), notre référence pour les produits absorbants pour les règles. Sans compter que nous recevons, depuis dix jours, de nombreuses demandes de masques de la part de l'industrie agro-alimentaire, de l'industrie pharmaceutique, de CHU et d’Ehpad.

Comment s’y prend-on pour confectionner des masques quand on fabrique habituellement des protections hygiéniques ?

Nous avons développé les prototypes dans les trois ateliers de haute-couture et de lingerie de PliM, à Poitiers et à Niort, en Poitou-Charentes, en nous appuyant sur les normes Afnor. Nous les avons ensuite envoyées à la Direction générale de l'armement (DGA) pour l'homologation, qui devrait nous parvenir ce vendredi 20 mars ou lundi 23 mars au plus tard.

En parallèle, nous avons rapidement contacté d’autres entreprises du réseau de l’ADI de la région, pour qu’elles nous rejoignent. Nous nous sommes aussi mis en lien avec l’IFTH, le syndicat Les Entreprises du médicament (Leem), la Direction générale de la santé (DGS) et la Direction générale des entreprises (DGE).

En attendant, nous sommes en train de réquisitionner tout le tissu dont nous aurons besoin chez nos différents fournisseurs afin de les livrer dans notre atelier principal. Ensuite, nous avons plusieurs ateliers en attente de la validation de nos prototypes pour pouvoir lancer la production.

Quels sont les critères pour obtenir l’homologation ?

La DGA a une batterie de tests pour contrôler les différents degrés de filtration et de respirabilité - le pourcentage d'air qui doit rentrer dans le masque et en sortir - et le maintien sur la tête, sur mannequin et sur de vraies personnes. A l'issue de ces tests, la DGA décidera si le prototype qu'on leur propose est meilleur, moins bon, ou de même facture que les masques chirurgicaux habituels, et donc s’il peut être utilisé, pour quels usages, pour quels public et pendant combien de temps. Il s'agit d’avantage d’un agrément ponctuel, étant donné la situation, que d'une homologation à long terme.

Nous nous sommes donc rapprochés de l’IFTH et de la DGA pour comprendre quelle est la granulométrie idéale de tel ou tel tissu et comment garantir un niveau de filtration suffisant grâce à l'assemblage des différents tissus utilisés, par exemple. Ce dernier critère est la clé pour l'agrément, car un tissu seul peut ne pas être assez filtrant et nous devons donc superposer trois ou quatre couches pour satisfaire la DGA.

Combien d’ateliers fabriqueront vos masques après validation ?

A l'heure actuelle, en Nouvelle-Aquitaine, nous travaillons avec deux ateliers de confection en plus des nôtres, et nous avons identifié cinq autres ateliers dans le luxe, la lingerie et la fabrication de matelas, que nous n'avons pas encore contactés mais avec qui nous comptons collaborer une fois que les prototypes seront validés. Si d'autres entreprises de la région veulent se joindre à nous, elles peuvent me contacter.

Une fois les prototypes et les tissus validés par la DGA, je disséminerai la production sur l'ensemble des ateliers disponibles du réseau en fonction des tissus dont chaque site dispose ou que l'on peut lui livrer et du volume de production qu'il peut assurer. Je suis également en lien avec d'autres entreprises qui se sont lancées dans la fabrication de masques ailleurs en France afin de coordonner la R&D et la structuration globale de la production à l'échelle nationale.

La difficulté est que certes, nous avons une expertise sur les tissus, mais pas sur les problématiques de filtration. Les organismes étatiques et de recherche, tel que l'IFTH, auraient dû s'y prendre bien avant pour définir les critères de confection de ces masques ! Là, nous devons nous charger de toute la R&D nous-même.

Leur avez-vous fait part de votre mécontentement à ce sujet ?

Oui, mais ce qu'ils nous répondent, c'est que, de toute façon, il faut faire avec les tissus qu'on a. L'idée de la DGE c'est de ne pas être trop sélectifs sur le type de tissus et de faire avec ce qu'on a pour le moment car la pénurie approche à grands pas. Le mot d'ordre : que tout le monde s'y mette, même en ordre dispersé dans un premier temps, on structurera le tout ensuite. Et s'il s'avère que nous sommes en rupture de stock pour les tissus des modèles validés, il faudra élaborer d'autres prototypes et faire preuve d’inventivité en fonction des disponibilités du marché.

Pour satisfaire au mieux la demande, la DGA réfléchit aussi à établir un niveau de norme inférieur à celui des masques chirurgicaux pour certains usages : le commerçant, par exemple, n'a pas forcément besoin d'un masque chirurgical avec les normes actuelles.

Vous êtes-vous fixé des objectifs de production ?

Nous n’avons pas d’objectif précis à cette heure. Nous allons faire au mieux pour répondre à la demande. Au début, ce sera premier arrivé, premier servi, puis les choses commencerons à s’organiser après quelques jours. Nous sommes en train d’enregistrer dans un fichier toutes nos commandes et de les prioriser en fonction des recommandations de la DGA.

Actuellement, la DGE et le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN) recensent toutes les entreprises qui peuvent fabriquer des masques - du secteur textile mais aussi des entreprises du bâtiment, qui maîtrisent la filtration, par exemple - pour établir ce que l'ensemble de l'industrie française est capable de proposer. Le tout sera validé par la DGA.

Ensuite, la gestion des marchés publics passera-t-elle entièrement par la DGE ou l’ensemble de la commercialisation relèvera-t-elle directement des fournisseurs, avec ou sans marché public ? Cette question n'est pas encore tranchée à l'heure où je vous parle, mais elle aussi devrait l'être dans les prochains jours. Je pense que la DGE réquisitionnera la production en fonction de la qualité des masques pour livrer en priorité ceux qui en ont besoin.

Vous ne fournirez donc pas les services de santé ?

Si, cela devrait se faire dans un deuxième temps. Nous planchons actuellement sur des prototypes de masques certifiés FFP2, adaptés au personnel hospitalier.

Nous ne travaillerons pas sur des masques lavables, néanmoins, car nous sommes spécialisé dans les tissus, donc nous ne sommes pas 100% sûrs de parvenir à fabriquer un masque FFP2 seuls. C'est pourquoi nous avons contacté une entreprise spécialisée dans les filtres. L'idée, c'est aussi de ne pas faire n'importe quoi et d'éviter absolument de sortir des masques qui pourraient être dangereux.

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