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Covid-19 : « En tolérant 20 000 contaminations par jour, nous prenons tacitement un risque», estime Fabien Squinazi, médecin biologiste membre du HCSP

Alexandre Couto

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Covid-19 : « En tolérant 20 000 contaminations par jour, nous prenons tacitement un risque», estime Fabien Squinazi, médecin biologiste membre du HCSP

Médecin biologiste et membre du Haut conseil de la santé publique (HCSP), Fabien Squinazi s'inquiète des risques liés au maintien d'un niveau élevé de circulation du coronavirus en France. Alors que le HCSP vient de préconiser un renforcement des mesures barrières, il détaille pour Industries & Technologies la menace que font peser les nouveaux variants.

Comment évaluez-vous la situation sanitaire actuelle ?

C’est un équilibre précaire. Ce dont il faut avoir conscience, c’est que le niveau de circulation du virus SARS-CoV-2 est actuellement très élevé en France. Nous avons connu une forte augmentation  des cas en octobre qui a abouti à des mesures plus contraignantes, c’est-à-dire à un deuxième confinement d’un mois et demi et à un couvre-feu, Toutefois, le télétravail est beaucoup moins généralisé qu’en mars, les écoles sont ouvertes et les déplacements sont plus importants.

Si nous pouvons saluer le comportement des français qui semblent avoir fait beaucoup d’efforts pendant les fêtes de fin d’année car il n’y a pas eu de flambée épidémique à la rentrée, il faut constater que le nombre de contaminations par jour a cessé de baisser depuis maintenant 2 mois. Selon moi, en tolérant d'avoir 20 000 contaminations par jour, nous prenons tacitement et collectivement un risque.

En quoi ces 20 000 cas par jours représentent-t-il un risque ?

Ce niveau de circulation du virus représente chaque semaine, d’après Santé Publique, 11 000 nouvelles hospitalisations, 1 700 nouvelles admissions en réanimation et 2 500 décès. Et cela ne touche pas que les personnes âgées : 40 % des personnes hospitalisées ont moins de 74 ans et 20 % moins de 64 ans. Le Covid-19 atteint aussi une population plus jeune.

En outre, un tel niveau de circulation du virus met en difficulté la stratégie de contact-tracing (tester, alerter, protéger) qui a pour objectif d’arrêter plus vite les chaînes de transmission. Selon Santé Publique France, le dispositif actuel ne permettrait d’identifier que moins d’un quart des nouveaux cas de contamination. A cette situation, déjà préoccupante dans le contexte d’une circulation élevée du virus dans la population, s’ajoute la diffusion potentielle de variants émergents plus transmissibles.

Comment analysez-vous ces variants qui ont émergé ?

Ces nouveaux variants, dits « d’intérêt », présentent plusieurs mutations qui entraînent des modifications significatives de la protéine de surface, spike ou spicule  susceptibles de favoriser leur pénétration dans les cellules humaines. Ces caractéristiques nouvelles se retrouvent notamment chez les variants « britannique » et « sud-africain » dont les premières études pointent un risque de transmission 40 à 70 % plus important.

L’augmentation de la contagiosité de ces variants par rapport aux autres virus pourrait être expliquée par une réplication plus active dans l’organisme et par une charge virale plus élevée dans les gouttelettes émises par les personnes infectées. C’est pour cela que le HCSP a proposé, en plus de l’augmentation de la distance entre les individus [de 1 mètre à 2 mètres, nldr], de privilégier les masques barrières ou anti-projections ayant au minimum une efficacité similaire aux masques chirurgicaux pour retenir  plus efficacement ces gouttelettes.

Avec plus de charge virale dans les gouttelettes, ces variants pourraient augmenter les risques de transmission du SARS-CoV-2 par aérosol, c’est-à-dire par une suspension de microgouttelettes trop fines pour être arrêtées par les masques hors masques ffp2 et de particules issues de l’évaporation des gouttelettes. Ces hypothèses méritent d’être vérifiées mais c’est un risque à ne pas négliger.

Quel pourrait être l’impact de ces variations sur l’évolution de l’épidémie en France ?

Compte tenu de ce qui s’est passé Outre-Manche ou en Afrique du Sud, où les variants sont devenus majoritaires en supplantant la souche classique, leur apparition en France fait craindre  une situation comparable. Par exemple, le variant « britannique »  semble progresser en Ile-de-France : il représentait 6 % début janvier (6 - 7 janvier), 10 % entre le 11 et 21 janvier et 14 % la semaine dernière (du 25 au 31 janvier) du nombre de cas dépistés.

Le taux de pénétration du variant « britannique »  semble toutefois inférieur à ce qui était prévu par rapport à son risque élevé de transmission, c’est-à-dire une hausse de 50 % par semaine. Mais il faut être vigilant sur une éventuelle  accélération de l'épidémie d'autant que l'AP-HP constate une "montée constante" ces dernières semaines des hospitalisations et des admissions en réanimation en Ile-de-France. C’est une situation qui n’est pas très favorable, alors que débutent les campagnes de vaccination.

Un variant plus transmissible pourrait créer un déséquilibre dans le système de santé, d’où l’importance de rappeler et de renforcer les mesures barrières qui forment un ensemble de protection contre la diffusion du virus. Ces mesures barrières comprennent notamment le port du masque bien ajusté, le plus longtemps possible, la distanciation physique et la limitation de nombre de contacts, l’aération et la ventilation des espaces clos, avec un indicateur de résultats, la mesure du CO2 et une valeur de référence à 800 ppm, l’hygiène régulière des mains et le nettoyage accentué des surfaces et objets fréquemment touchés par les mains.

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