Nous suivre Industrie Techno

[Covid-19] Comment la France essaie d'éviter la pénurie de respirateurs artificiels

Kevin Poireault
Soyez le premier à réagir

Soyez le premier à réagir

[Covid-19] Comment la France essaie d'éviter la pénurie de respirateurs artificiels

© Calleamanecer

Avec l’augmentation rapide des cas d’infections au Covid-19, qui devrait se poursuivre encore pendant quelques semaines, la demande en respirateurs artificiels, cruciaux pour le traitement des cas les plus critiques, grimpe en flèche et dépasse la capacité de production. Voici comment se mobilisent les industriels, le gouvernement français et la communauté des makers pour tenter d'éviter la pénurie.

Alors que la France entière est en confinement, le pic de l’épidémie de Covid-19 n’est pas attendu avant quelques semaines et les cas d’infections continuent de grimper. L'inquiétude monte en parallèle d’une future pénurie de respirateurs artificiels, ces appareils médicaux qui apportent « le principal traitement » pour les patients en phase critique selon une étude publiée le 24 février dans la revue scientifique The Lancet, à partir d’un panel de 52 patients dans un hôpital de Wuhan, dans la province de Hubei en Chine.

L'exemple italien, avec des médecins parfois obligés, dans les provinces les plus touchées de Lombardie, de devoir choisir quels patients sauver faute de disposer d'assez de respirateurs artificiels pour tout le monde, pousse les hôpitaux français à chercher à s'équiper au plus vite.

Avant la crise sanitaire, les hôpitaux français, équipés d’environ 5 000 ventilateurs médicaux, en commandaient entre 1 000 ou 1 500 par an. Aujourd’hui, « on nous en demande des centaines chaque semaine », témoigne Christophe Hentze, le directeur général France de Löwenstein Medical, un fabricant allemand de ce type d’équipement, au micro de Franceinfo ce 17 mars.

Certains industriels ont doublé leur production de ventilateurs

Depuis quelques jours, la Direction générale de l’organisation des soins (DGOS), un service du ministère de la Santé, a lancé un recensement des respirateurs en France, rapporte L’Usine nouvelle. « La situation de la France n'est pas celle de l'Italie, précise aux Echos Vincent Camus, directeur marketing anesthésie-réanimation de la branche française de GE Healthcare, un autre fabricant. La France dispose d'un des meilleurs taux d'équipement en matériel de réanimation d'Europe, avec, pour une population équivalente à celle de l'Italie, deux fois plus de lits. »

Depuis ce lundi 16 mars, l’usine de Hambourg du groupe Löwenstein a « doublé sa production globale de respirateurs », certes pour répondre à la hausse de la demande française mais aussi italienne et iranienne. « L’Iran nous a passé 10 000 commandes », indique Christophe Hentze au Quotidien du médecin ce 18 mars.

GE Healthcare prévoit aussi de doubler sa production mondiale, mais ses respirateurs destinés aux hôpitaux français, fabriqués aux Etats-Unis, ne devraient pas être livrés avant plusieurs semaines. Un autre fournisseur allemand, Dräger, vient de recevoir une commande de 10 000 appareils – « soit un an de production classique », précise le Quotidien du médecin – tous destinés aux hôpitaux allemands qui ont annoncé vouloir doubler le nombre de lits d'assistance respiratoire.

Faire appels aux industriels d'autres secteurs, l'option britannique

Une chose est sûre : la majorité des fournisseurs – parmi lesquels les américains Philips, Resmed et Medtronic, le suisse Hamilton ou encore le suédois Getinge – est étranger, Air Liquide est le seul fabricant dans l'Hexagone. Néanmoins, en cas de pénurie, le gouvernement français pourrait emboiter le pas de Boris Johnson au Royaume-Uni, qui a encouragé les industriels d’autres secteurs à « se lancer dans la production de ventilateurs pour satisfaire la demande des hôpitaux britanniques ».

Si le fabricant de machines-outils JCB et le constructeur automobile Rolls-Royce ont été les premiers à se manifester, il leur sera difficile de fabriquer de tels équipements médicaux complexes, note la BBC. « Nos équipes de R&D examinent activement la demande », indique Anthony Bamford, président de JCB, au média public britannique.

Si les respirateurs artificiels venaient à manquer dans nos hôpitaux, la DGOS pourrait employer la manière forte et « en réquisitionner de la réserve stratégique nationale d’équipements destinés aux menaces de risques nucléaire, radiologique, biologique et chimique (NRBC) », affirme Jean-Michel Constantin, secrétaire général adjoint de la Société française d’anesthésie et de réanimation (SFAR), interrogé par L’Usine nouvelle – une information non confirmée par la Direction générale de la Santé (DGS), tutelle de la DGOS.

Vers un modèle open source de respirateurs rapidement industrialisable ?

Enfin, le gouvernement pourrait aussi s’intéresser aux initiatives collectives. A travers le monde, la communauté des makers, notamment, commence à se mobiliser pour compléter l’effort des industriels. En Italie, après l’appel de Nunzia Vallini, journaliste au Giornale di Brescia, un journal de Brescia, l’une des villes les plus touchées par le virus, et relayé par Massimo Temporelli, fondateur de The FabLab à Milan, une dizaine de valves pour respirateurs fabriquées en 3D grâce à l’imprimante du bureau d’études Isinnova a permis de combler le manque à l’hôpital de Chiari, à Brescia.

D’autres ingénieurs, designers et bricoleurs en tout genre ont lancé des initiatives pour fabriquer des ventilateurs médicaux à moindre coût, des plus amateurs – comme  The Pandemic Ventilator Project – aux plus professionnels, comme le hackathon en ligne lancé il y a quelques jours par l’incubateur estonien de start-up Accelerate Estonia, qui a déjà attiré plus de 1 000 participants venus de 20 pays.

Gui Cavalcanti, ingénieur en robotique, cofondateur et ancien PDG de MegaBots aujourd’hui à la tête de Breeze Automation, s’apprête à lancer lui aussi un hackathon avec un objectif : concevoir un modèle open source de respirateurs destiné à une industrialisation de masse le plus rapidement possible. Une liste de projets à retrouver sur ce site et dans ce groupe Facebook.

Bienvenue !

Vous êtes désormais inscrits. Vous recevrez prochainement notre newsletter hebdomadaire Industrie & Technologies

Nous vous recommandons

Cybersécurité : les exfiltrations de données de santé ont doublé avec le Covid-19

Cybersécurité : les exfiltrations de données de santé ont doublé avec le Covid-19

Un rapport de l’entreprise américaine de cybersécurité Vectra alerte sur une forte hausse de la surface d'attaque[…]

01/07/2020 | RéseauxCybersécurité
Protéine N, détection totale et immunité : les trois points clés des remarquables performances du test sérologique du Covid-19 de Bio-Rad

Protéine N, détection totale et immunité : les trois points clés des remarquables performances du test sérologique du Covid-19 de Bio-Rad

[Covid-19] De la bactérie E.coli jusqu’aux kits prêts à l’emploi, comment Bio-Rad produit ses tests sérologiques

[Covid-19] De la bactérie E.coli jusqu’aux kits prêts à l’emploi, comment Bio-Rad produit ses tests sérologiques

StopCovid : La France prépare une appli plus performante en cas de deuxième vague

StopCovid : La France prépare une appli plus performante en cas de deuxième vague

Plus d'articles