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COP 21 : "Il faut accélerer le déploiement des technologies innovantes pour lutter contre le réchauffement"

Philippe Passebon
COP 21 :

Claire Tuttenuit, déléguée générale d'EPE

© epe

Les entreprises se mobilisent dans le cadre des négociations climat, actuellement en cours, en vue de la 21e conférence des parties qui se tiendra du 30 novembre au 11 décembre 2015 à Paris. Leur engagement sera en effet déterminant pour la réussite de ces négociations visant à limiter efficacement la hausse des températures sur Terre. Organisé sur deux jours, le Business & Climate Summit a rassemblé le 20 et 21 mai à Paris près de 1 500 décideurs internationaux du monde économique et politique, issus de 130 pays. Plus de 80 intervenants ont pris la parole, principalement des présidents et directeurs généraux d'entreprises. Dans un entretien accordé à Industrie & Technologies, Claire Tuttenuit, déléguée générale d’EPE, co-organisateur avec l’association Global France du sommet, revient sur cette mobilisation des acteurs privés.

Industrie & Technologies : Quel message ont délivré les entreprises lors du sommet Business & Climat ?

Claire Tuttenuit : Le sommet a montré que les entreprises peuvent être une force pour lutter contre le réchauffement. Le premier message qu’elles ont délivré est que la trajectoire très exigeante que décrit le GIEC est compatible avec la croissance économique et le développement humain. Cela n’avait pas été formulé de manière aussi claire auparavant. Par ailleurs, il existe un besoin de R&D, mais on peut déjà réussir cette trajectoire avec les technologies existantes. Beaucoup d’innovations sont là, l’enjeu est maintenant de passer à une vitesse supérieure de déploiement des technologies. D’où le besoin de politiques intelligentes pour le développement des marchés et la mise en œuvre de ces solutions. Des politiques de R&D efficaces doivent continuer à être mises en place. Enfin, une condition au succès est que toutes les émissions soient soumises à des prix du carbone.

I&T : Qu’est-ce que ce "prix du carbone" ?

C.T : Il s’agit de donner un prix au carbone, qui n’est pas un prix unique mondial mais qui doit dépendre des spécificités régionales, pour rendre les solutions décarbonées compétitives. Aujourd’hui, le photovoltaïque est rentable dans certains pays très ensoleillés mais n’est en général pas compétitif face à un générateur diesel ou une centrale à charbon. C’est cela qu’il faut changer. C'est pourquoi, toutes les émissions doivent relever des tarifications du carbone, et pas seulement celles des entreprises. Les acteurs ont aussi besoin d’une visibilité sur ces prix du carbone qui leur permettra de financer des investissements à long terme.

I&T : Quid de l’engagement des entreprises elles-mêmes pour le climat ?

C.T : Plusieurs engagements ont été pris lors du sommet par des entreprises volontaires. Par exemple, l’engagement FRET21 pris par les chargeurs.  [NDLR : 9  entreprises « chargeurs », c'est-à-dire qui sont donneurs d’ordres des transporteurs : Air Products, Carrefour, Coca Cola Entreprise, Ferrero, Fleury Michon, Hénaff, Orrion Chemicals Orgaform, Placoplatre et SCA se sont engagées à réduire, sur une période de 3 ans, les émissions de CO2 générées par le transport de leurs produits.] Mais ces engagements volontaires ne fourniront pas la solution au problème du réchauffement climatique. On ne peut aller contre les marchés, et les entreprises ne sont pas prêtes à s’engager sur des solutions non-compétitives. D’où le besoin d’intégrer le climat dans l’ensemble des politiques économiques.

I&T : Et les acteurs français ?

C.T : Une vingtaine de patrons du CAC 40 ont répondu "présent" au sommet, ce qui est un chiffre conséquent. Plus généralement, nous bénéficions en France d’un mix énergétique parmi les plus décarbonnés au monde, ce qui nous place d’emblée à un bon niveau. Et les dispositifs français pour promouvoir l’innovation dans le domaine du climat ne sont pas mauvais, mais aujourd’hui cela ne suffit plus. Ce dont il est question aujourd’hui est le déploiement à grande échelle des énergies renouvelables, de l’efficacité énergétique des bâtiments ou encore des transports plus propres.

I&T : Les entreprises ont elles un rôle à jouer pour les négociations qui se tiennent en ce moment à Bonn ?

C.T : Les entreprises ne sont pas directement invitées à s’exprimer dans les négociations qui réunissent les décideurs politiques, institutionnels, et les spécialistes du GIEC. Cependant, la présidence française a institué le "business dialog", un programme de réunions entre patrons d’entreprises et décideurs politiques sur le rôle que les entreprises ont à jouer sur la question du changement climatique.  Le démarrage du programme a eu lieu en mai par une première réunion qui s’est tenue juste avant le sommet "Business & Climat". Une prochaine réunion aura lieu en septembre, sur la question des prix du carbone, puis encore une autre en octobre, sur les technologies à mettre en œuvre. Ce dialogue institutionnalisé pourrait permettre de faire évoluer les débats entre entreprises et politiques, dont un signe de réussite serait qu’en décembre, lors de la COP21, le sujet du prix du carbone ne soit plus un sujet tabou.

EPE : le think tank français pour le climat

EPE est une association think tank créée dans les années 1990 après le premier sommet sur le climat (RIO 92). Elle est une antenne du WBSCD (World Business Council for Sustainable Development). EPE rassemble 40 entreprises françaises internationales, dont la moitié des acteurs du CAC40, et publie régulièrement des bonnes pratiques pour les entreprises.

 

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