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Contrôles anti-pollution : les dessous technos de la triche de Volkswagen

Contrôles anti-pollution : les dessous technos de la triche de Volkswagen

© DR

Le géant allemand Volkswagen est accusé aux Etats-Unis d’avoir utilisé un logiciel espion qui n’active le système anti-pollution que lors des contrôles d’émissions. Un stratagème qui permet au constructeur automobile d’éviter que ses voitures diesel consomment plus lorsqu’elles roulent, mais dont il aurait pu se passer en investissant dans des technologies plus performantes.

Plusieurs milliers de voitures diesel aux Etats-Unis du constructeur automobile allemand Volkswagen abritent un logiciel espion pour n’activer le système anti-pollution que lors de certaines situations, comme lors des contrôles anti-pollution. La fraude pourrait même concerner les 11 millions de véhicules Volkswagen - et des marques Audi, Skoda, Seat et Porsche qui lui appartiennent - équipés de moteurs diesel de type EA189, selon un communiqué de presse de Volkswagen datant de mardi 22 septembre. Un logiciel embarqué peut en effet tout à fait se montrer capable de détecter ce type de situations – le capot ouvert, le volant qui ne tourne pas, etc. – et activer alors le système.  La supercherie aurait pu continuer longtemps, mais n’a duré que jusqu’à ce que l’EPA (l’agence américaine de protection de l’environnement) ne dévoile vendredi 18 septembre le pot-aux-roses, alerté par des chercheurs de l’Université de Virginie-Occidentale. Ce qu’ont trouvé ceux-ci ne correspondait surement pas à ce qu’ils cherchaient mais constitue une découverte des plus édifiantes : curieusement, en laboratoire, le véhicule volkswagen, étudié dans le cadre de recherches sur les énergies alternatives, ne correspondait pas au niveau d’émissions d’oxydes d’azote annoncés par la marque allemande. Nul besoin de réécrire les lois de la physique, les chercheurs ont passé le relais à l’EPA. Celle-ci, avec son homologue californien, affirme que le constructeur a équipé ses modèles diesel Volkswagen et Audi des années 2009 à 2015 d’un logiciel permettant de contourner les tests d’émission des oxydes d’azote.   

 « Un logiciel sophistiqué placé  sur certains véhicules Volkswagen détecte quand la voiture est en train du subir un test d’émissions, et enclenche le système de contrôle d’émissions pendant le test, »  détaille l’EPA dans un communiqué datant du 18 septembre. « L’efficacité de ces systèmes de contrôle de pollution est grandement réduite pendant les situations normales de conduite. Pour conclure, ces voitures respectent les standards d’émissions en laboratoire ou pendant les contrôles, mais émettent près de 40 fois plus d’oxydes d’azote (NOx) que les standards imposés pendant les phases normales de conduite. »

Paradoxalement, le système antipollution augmente la consommation de carburant

Mais pourquoi, si le système antipollution placé sur les véhicules Volkswagen fonctionne, vouloir en restreindre l’efficacité quand le véhicule roule normalement ? « Une hypothèse pourrait être que c'est parce que le système anti-pollution augmente la consommation de la voiture », avance un expert du CNRS spécialiste en catalyse et en spectrochimie. « C’est un gros problème des véhicules diesel et essence modernes. Pour éliminer les oxydes d’azote, il y a besoin de renvoyer des hydrocarbures et donc d’augmenter la consommation de plusieurs pourcent, ou autrement dit, de diminuer le rendement du moteur, » confirme un second expert, lui aussi spécialisé dans la dépollution.

Paradoxalement, la diminution des émissions d’oxyde d’azote implique donc l’augmentation des émissions de CO2… Pourtant d’autres systèmes existent grâce auxquels il n’y a pas besoin de choisir entre faibles émissions d’oxydes d’azote et meilleur rendement du moteur. C’est le cas du système de réduction catalytique sélective (SCR), qui utilise une solution aqueuse d’urée. « Intégrer ce système dans des véhicules n’est pas facile, mais cela a été fait,» nous explique l'un des experts. «Il a été d’abord expérimenté et généralisé sur des camions et se trouve aujourd’hui sur quelques voitures [dont PSA en 2013, précurseur en la matière, NDLR]. Il nécessite que soit installé un deuxième réservoir à l’urée, dont il faut éviter que la solution ne gèle, ensuite décomposé assez difficilement en ammoniaque, injecté sous forme de spray pour réagir avec les oxydes d’azote. Des capteurs sont encore nécessaires pour éviter que ne soient rejetées dans l’atmosphère des traces d’ammoniaque. La consommation d’hydrocarbures n’augmente alors pas pour éliminer les oxydes d’azote. Ce système est un système d’avenir pour l’automobile mais nécessite donc des investissements importants, que tous les constructeurs ne font pas ».

Volkswagen, victime de la pression imposées par les normes environnementales ?

Volkswagen serait-il donc en retard du point de vue de ses technologies de dépollution ? C’est une hypothèse, selon notre expert, d’autant que les constructeurs allemands ont toujours accusé du retard sur cette question par rapport aux constructeurs français, particulièrement performants dans ce domaine. Par ailleurs, « les normes environnementales en automobiles sont toujours à la limite des technologies disponibles, » continue l’expert. « Si les normes d’émissions industrielles reflètent l’état de l’art des technologies, celles-ci n’ont, en revanche, pas le temps de mâturer dans le secteur de l’automobile. Ainsi, la prochaine norme sur les émissions automobiles, Euro7, est prévue pour fin 2017 ou 2018, mais aucune technologie n’est encore disponible pour cela. »

En outre, si les normes obligent les constructeurs à un effort technologique important en Europe, cela est d’autant plus le cas en Californie, dont c’est l’agence de protection de l’environnement qui, avec son homologue fédéral, a conduit Volkswagen devant la justice. Très en avance sur les sujets de la voiture du futur : électrique, connectée et autonome, la Californie l’est d’autant plus concernant les normes antipollution. Tandis que Volkswagen risque une amende de 18 milliards de dollars et a connu lundi sa plus forte chute en bourse, les Etats-Unis ont annoncé qu’ils allaient étendre les contrôles, qui seront effectués sur 4 000 à 5 000 véhicules Volkswagen et Audi, à d’autres constructeurs. Partout dans le monde, d’autres Etats annoncent qu’ils vont se mettre à enquêter. La crise sonne comme un avertissement sans appel pour les constructeurs automobiles : pour continuer à aller vers la voiture propre, ils devront investir et chercher des technologies performantes... ou quitter la route.

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