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Confort et sécurité pour tous

Wilfried Maisy

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Confort et sécurité pour tous

Le Speeder est un système à mât unique guidé sur rails particulièrement adapté à l'industrie pharmaceutique.

© W. Maisy ;D.R.

En 2008, le nec plus ultra du chariot élévateur se commande d'une main. Il porte une motorisation souple, un châssis suspendu et une liaison Can bus.

Cariste, un métier toujours pénible ? De moins en moins, vu l'application des constructeurs de chariots élévateurs à concevoir des machines plus souples, mieux amorties, plus simples à manoeuvrer, et surtout plus sûres. La sécurité tient à l'intelligence des véhicules de manutention, à même de diminuer automatiquement leur vitesse et de s'adapter à l'expérience d'un opérateur, mais aussi à la robustesse des composants et à une conduite facilitée par des boutons et autres "joysticks". La généralisation de l'électronique et des liaisons sans fil Can bus fait de ces chariots des outils de plus en plus complexes. Et maintenance préventive oblige, leurs principales fonctions peuvent être surveillées en temps réel. Cette veille technique participe aussi à la fiabilité des véhicules, donc à la sécurité du personnel roulant.

Le confort et la sécurité, des effets de mode ? « Pas seulement », répond Jean-Denis Labesse, secrétaire général Manutention du Cisma (syndicat des équipements pour la construction, les infrastructures, la sidérurgie et la manutention). Pour lui, « les progrès dans ce domaine s'expliquent, d'une part, par le durcissement de la réglementation liée à la manipulation de chariots. La responsabilité pénale des chefs d'entreprises est en jeu, en cas d'accident. D'autre part, la demande des utilisateurs va dans ce sens, car il s'agit de rendre le métier de cariste plus attractif. » Et de rappeler : « Le confort est le prolongement logique de la sécurité. »

Sur les chariots électriques, l'une des évolutions les plus marquantes se trouve dans le développement de motorisations asynchrones de plus en plus performantes. Le principe : le moteur à courant alternatif fonctionne sans connexion entre le stator (la partie fixe de la machine rotative) et le rotor (la partie rotative dans le stator).

Énergie récupérée au freinage

Le stator crée un champ magnétique qui, par interaction avec celui du rotor, produit un couple électromécanique. Résultat : les frottements sont nuls. Cette technologie permet une conduite souple. Autrefois limitée en puissance, surtout au démarrage, elle génère aujourd'hui des couples élevés. « Ces moteurs ne demandent aucun entretien, affirme Benjamin Bourguet, responsable support produit de Jungheinrich. Il n'y a pas d'huile à changer. De plus, ils sont étanches aux projections de poussière. » Le constructeur fabrique des moteurs asynchrones depuis 1994. Il a présenté fin mai, au salon CeMAT d'Hanovre (le rendez-vous mondial du secteur), un nouveau modèle de chariots électriques à contrepoids EFG propulsé par la quatrième génération de motorisation asynchrone triphasée. « Nous arrivons à produire des moteurs plus puissants et qui consomment moins. Par rapport à la génération précédente, qui date de 2000, nous avons encore gagné 10 % d'énergie, à puissance comparable. »

Les gammes EFG 213-220 (3 roues) et 316-320 (4 roues) sont en vente depuis l'été. Leurs fourches peuvent lever des charges de 2 000 kg à une hauteur de levée de 6 500 mm au maximum. La vitesse limite de ces chariots est de 17 km/h. « De l'énergie additionnelle est récupérée lors des freinages, précise le fabricant. En conséquence, la batterie n'a pas besoin d'être changée après deux fois huit heures d'exploitation ».

Jungheinrich a mis au point sur ce modèle EFG (de même que les constructeurs Still et BT notamment) un système de changement latéral de la batterie, plus simple et moins dangereux pour l'opérateur. « Grâce à l'ouverture de la porte latérale, il est facile de recharger la batterie ou d'y ajouter de l'eau. Elle peut être retirée sur le côté à l'aide d'un transpalette. Le verrouillage de la batterie évite tout déplacement non sécurisé », précise le fabricant. En outre, un chargeur intégré avec un contrôleur de batterie, dit « chargeur de bord », permet de contrôler le niveau d'acide et la température de l'accumulateur. Le cas échéant, il déclenche un message d'alerte.

Des postes de conduite suspendus

Un autre progrès notable réside dans la conduite et l'ergonomie des véhicules. Les innovations, développées d'abord sur des gros chariots à mât, apparaissent aujourd'hui en série sur de plus petits modèles. « Les fournisseurs proposent des systèmes d'amortissement ou des postes de conduite suspendus, sur des chariots à mât rétractable et à conducteur porté debout, note Jean-Denis Labesse. L'objectif est de limiter la mauvaise influence des vibrations sur la santé des opérateurs. Dans la même logique, les commandes sont placées sur un manche amovible, comme dans les avions. L'idée est de faciliter la conduite tout en évitant les mouvements trop répétitifs, qui sont source de maladies musculaires. Seul le temps dira si ces nouveaux joysticks entraînent d'autres troubles...

En alternative aux joysticks, les nouveaux chariots frontaux électriques portent un système de commandes intégré à l'accoudoir, réglable en hauteur et en longueur. Les leviers de contrôle se manoeuvrent du bout d'un seul doigt. Le cariste peut choisir entre plusieurs programmes individuels, en fonction de l'application.

À l'exemple des modèles Levio de BT, les chariots sont de plus en paramétrables. Ils peuvent être adaptés au profil d'un utilisateur. La gamme BT Levio est conçue pour le chargement de véhicules, la préparation de commandes et tous les déplacements de palettes habituels dans les entrepôts et les usines. Elle comprend cinq modèles de capacités de chargement de 1,4 et 2,5 t. Les caractéristiques d'accélération, de vitesse de pointe et de freinage peuvent être configurées pour s'adapter à chaque opérateur. Dans ce but, les Levio sont dotés d'une fonction de démarrage par code PIN ou par une clé à puce RFID (identification par radiofréquence). Ainsi, le chariot "reconnaît" l'opérateur et applique les paramètres configurés par le chef d'équipe. La gamme est dotée d'un bouton "tortue" qui réduit temporairement la vitesse et de la fonction "Click-2-Creep" qui permet de manoeuvrer le chariot avec la poignée verticale. Ce système est idéal dans des zones confinées et encombrées.

Toujours en juin 2008, Still a lancé les nouveaux gerbeurs EXV 10 et 12 conçus pour des charges de 1,0 et 1,2 t. Les chariots possèdent un moteur asynchrone de 1,2 kW. Les commandes hydrauliques de montée et descente des fourches sont très souples et silencieuses. Grâce à un contacteur à trois positions, l'utilisateur adapte la sensibilité de la machine à sa situation de travail, ce qui est très utile pour le transport de charges fragiles. Sur le plan de la robustesse, le fabricant met en avant « la stabilité du châssis obtenue par une géométrie particulière des mâts, des fourches renforcées et un châssis encore plus rigide. »

Les gerbeurs EXV sont équipés d'une commande de vitesse intelligente qui tient compte de l'angle du timon. « Tant que le timon est relevé, la vitesse est limitée, ce qui réduit le risque d'accident », assure-t-on chez Still.

Silencieux comme un chariot

Les constructeurs travaillent aussi beaucoup sur le bruit. Yale a récemment conçu un transpalette silencieux adapté aux chargements de nuit : le MP16S. Toutes les pièces mécaniques utilisées sur un transpalette standard ont été passées en revue. Les zones génératrices de bruit ont été isolées : fixations magnétiques antibruit sur le couvercle de la batterie, bandes amortissant les chocs mécaniques, matériaux absorbant sur le capot moteur et sur la pompe hydraulique. « Mais le véritable progrès en matière de conception a été la troisième roue décentrée qui fonctionne en parallèle des bogies montés de série à l'avant des fourches », se félicite le constructeur. Ce système (breveté) permet que les roues antibruit adhèrent au sol. Celles-ci ne risquent pas de "glisser" entre des pavés ou sur des surfaces irrégulières à l'extérieur des magasins.

UN CHARIOT AUTOGUIDÉ PAR RECONNAISSANCE VOCALE

- Spécialiste de l'automatisation des processus logistiques, Dematic a développé un système de préparation de commandes avec un chariot automatisé à reconnaissance vocale. Manoeuvre validée oralement Le chariot autoguidé se déplace grâce à un système de pilotage laser "orienté" par des bandes réfléchissantes, sans câble au sol. L'opérateur et sa machine reçoivent en temps réel les ordres issus du logiciel de gestion de l'entrepôt : le chariot transporte une palette vide le long de l'allée de préparation de commande. Il s'arrête automatiquement à "l'adresse" exacte de la saisie. Les fourches du chariot se lèvent d'elles-mêmes à hauteur d'homme. L'opérateur finit le travail à la main et confirme oralement les prélèvements qu'il vient de réaliser. Il valide ainsi la manoeuvre au logiciel. Lorsque l'opérateur a fini de préparer sa palette, le chariot se dirige automatiquement vers la gare de palettisation, pendant qu'un autre chariot rejoint l'opérateur pour la préparation suivante.

L'ESSENTIEL

- Les solutions ergonomiques diffusent vers les plus petits modèles - Les motorisations asynchrones gagnent en performances - Les liaisons Can bus permettent un suivi en temps réel

MÊME LES CHARIOTS SONT ÉCOLOS !

Plusieurs produits présentés cette année montrent la voie d'une manutention plus écologique.

- Précurseur dans le secteur automobile, Toyota Material Handling Europe a exposé en mai au salon allemand CeMAT le prototype "Toyota Hybrid Concept Forklift", un concept de chariot faisant appel à une technologie inspirée de la Prius. Le chariot élévateur à fourche combine un moteur à combustion interne, une génératrice électrique et une batterie. Il commute automatiquement entre la propulsion électrique et thermique. « Ce véhicule a été conçu de manière à réduire les émissions de CO2 et la consommation de carburant tout en conservant les performances des chariots élévateurs à moteur thermique classiques », avance le constructeur japonais. - Même principe pour le RX70 Hybride de Still, lancé sur le marché quelques semaines plus tôt. En plus de son réservoir de gazole, il intègre un système de récupération et de stockage de l'énergie électrique. « Les condensateurs stockent et restituent l'énergie rapidement, et assurent donc de puissantes accélérations en mode boost », assure le fournisseur. Ainsi l'engin dispose de deux sources d'énergie mobilisables en même temps. Il transfère jusqu'à 30 % de l'énergie d'accélération dans les condensateurs. Autre avantage : la restitution de l'énergie s'effectue sans mouvement mécanique ni combustion chimique.

LES BATTERIES DURENT VRAIMENT LONGTEMPS

- Prototype présenté en mai dernier, le "Concept'08" de Jungheinrich est un transpalette électrique porté. Il est équipé de batteries au lithium-ion, couplées à une transmission directe « pour un rendement énergétique supérieur à celui obtenu avec l'actuel moteur triphasé à technologie asynchrone », affirme-t-on chez Jungheinrich. Comparées aux batteries au plomb conventionnelles, celles au lithium-ion durent deux fois plus longtemps et ne nécessitent aucune maintenance. Un rechargement complet ne prend qu'une heure. En outre, elles sont beaucoup plus compactes et légères, avec environ un tiers du volume et un quart du poids d'une batterie classique. Le « concept chariot » est ainsi plus court d'environ 630 mm qu'un transpalette électrique porté analogue. Sa longueur totale est de 1 765 mm (avec une longueur de fourche de 1 150 mm).

AMENER LE PRODUIT VERS L'HOMME

- En logistique, la tendance est d'amener le produit vers l'opérateur pour réduire les déplacements, améliorer l'ergonomie des postes de travail et fiabiliser les prélèvements d'articles. Spécialisé sur ce créneau, Knapp a conçu l'OSR (Order Storage & Retrieval), un système de stockage et de prélèvement de produits de petite taille à haute cadence. Celui-ci est particulièrement adapté à l'industrie pharmaceutique. Il peut effectuer jusqu'à 1 000 lignes de commande par heure et par personne. Pour compléter sa gamme, Knapp vient de sortir un équipement hybride entre un transtockeur de petite charge et l'OSR : le Speeder, qui dispose d'un mât unique guidé sur rails, sert au stockage et au destockage automatiques de marchandises dans des rayonnages en hauteur avec un maximum de quatre modules superposés. La hauteur maximale de chaque module est de 6 mètres.

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