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Comment Schneider Electric aide Air Liquide à produire 10 000 respirateurs pour la mi-mai

Comment Schneider Electric aide Air Liquide à produire 10 000 respirateurs pour la mi-mai

Centre de distribution de Schneider Electric à Évreux.

© Schneider Electric

La constitution d’un consortium piloté par Air Liquide et composé de PSA, Schneider Electric et Valeo, a été annoncée en grande pompe la semaine dernière, d’abord par le président Emmanuel Macron, puis par PSA devant une centaine de journalistes. Pourtant, on en sait encore très peu sur le rôle des deux autres membres du groupement, Schneider Electric et Valeo. Jean-Marc Brion, directeur du déploiement industriel chez Schneider Electric et responsable de la collaboration avec Air Liquide, précise pour Industrie & Technologies, comment plus d’une trentaine d’experts de son groupe ont permis au fabricant français de respirateurs d’augmenter sa production.

[Mise-à-jour : après avoir rencontré des difficultés avec un fournisseur de circuits patient, partie du respirateur reliant la machine au patient intubé et qu'Air Liquide recevait habituellement déjà assemblée, le groupement industriel a décidé, vendredi 3 avril, de produire et d'assembler lui-même cet élément. Les opérations seront assurées par une dizaine d'employés de Schneider Electric, dans son usine de Chasseneuil-du-Poitou, près de Poitiers.]

Emmanuel Macron l’a annoncé mardi 31 mars : l’Etat a demandé à trois industriels français, PSA, Schneider Electric et Valeo, d’aider l’unique fabricant français de respirateurs artificiels, Air Liquide, à augmenter sa production habituelle, de 200 appareils par an, afin d’en livrer 10 000 d’ici mi-mai. L’allocution du président de la République a été suivie par une conférence de presse organisée par PSA, qui a détaillé son rôle dans le consortium.

L’apport de Schneider Electric, lui, s’est fait plus discret dans les médias. Pourtant, le spécialiste français des automatismes a été impliqué dès le début du groupement industriel ad hoc. Il y a deux semaines, Jean-Marc Brion, directeur du déploiement industriel chez Schneider Electric, a visité le site de production de respirateurs d’Air Liquide, à Antony, dans les Hauts-de-Seine, avec les équipes de PSA et de Valeo. « Dès le lendemain, Schneider a engagé une équipe d’experts en lean manufacturing [une méthode gestion allégée de la production, ndlr] pour diagnostiquer les capacités d’augmentation de la performance, indique-t-il. Il s’agissait d’identifier les goulots d’étranglement et d’essayer de les régler. » L’un des enjeux, par exemple, était de séparer la production des parties du respirateur rapides à fabriquer, car constituées de peu de pièces, et celle des parties plus complexes, car composées de multiples petites pièces.

Trois fois plus de respirateurs haut-de-gamme et 70 fois plus de respirateurs simples

« Cette analyse nous a permis de voir qu'à un certain moment, il ne servait à rien d'accroître la capacité d'une ligne mais qu'il fallait plutôt augmenter le nombre de lignes », poursuit Jean-Marc Brion. Il a donc été choisi de transformer la ligne de production du respirateur haut-de-gamme T60 en ligne à cadencement rapide – comme l’expliquait Valeo à Industrie & Technologies le 3 avril – et de confier une partie de l’assemblage à l’usine PSA de Poissy, dans les Yvelines, afin de tripler la production et de multiplier par 70 celle du modèle Osiris, un respirateur moins complet que le T60, en ajoutant deux lignes de production à celle existante, à Antony. « Air Liquide fabriquait entre 50 et 100 respirateurs Osiris par mois en moyenne et nous en produirons 8 500 en un mois », s’enthousiasme le directeur de Schneider Electric. « De toute façon, nous ne voulions pas que la production soit dans un seul atelier pour minimiser les risques de propagation du coronavirus dans l'un des ateliers », précise-t-il.

Une fois l’organisation de la production validée par tous les acteurs, des équipes d’ingénieurs de chez Schneider Electric se sont consacrées à créer les postes additionnels dont ces futures lignes auront besoin. « Pour aller très vite, nous avons utilisé du matériel que nous avions déjà en stock et nous avons sollicité nos équipes internes plutôt que de passer par des gens à l'extérieur », témoigne Jean-Marc Brion. Plus de 200 employés volontaires, issus des équipes situées à Grenoble et en Normandie, ont répondu à l’appel de la direction de Schneider Electric pour ce projet, et sont attelés à la préparation des postes. Cette étape a été finalisée jeudi 2 avril et les postes ont été installés à Antony dans le weekend qui a suivi.

Lignes de production installées et certifiées

Chaque respirateur sera testé « pendant plusieurs heures à chaque fois, grâce à des systèmes de poumons artificiels qui reproduisent ceux d'un patient », assure l’industriel, et chaque ligne a déjà été certifiée « de façon à ce que la formation puisse se faire en moins d'une journée ». Une étape qui remplira une bonne partie de la semaine du 6 avril pour les volontaires issus des trois partenaires industriels – dont 55 travailleront dans l’atelier de Poissy et 185 sur le site d’Air Liquide à Antony, 24h/24, 7j/7.

Cette nuit, du dimanche 5 au lundi 6 avril, « nous venons de terminer la mise en place de règles de gestion du personnel au sein de l'ensemble des sites du groupement, comme les mesures de désinfection des équipements et de nettoyage de postes entre les équipes ou encore le fait que les équipes du matin ne croisent pas celles de l'après-midi », confie Jean-Marc Brion.

Sécuriser la chaîne d’approvisionnement, le rôle clé de Schneider Electric

Enfin, la dernière contribution de Schneider Electric dans le groupement concerne la « fiabilisation des approvisionnements ». « Bien qu’il soit moins visible, c’est le point le plus complexe, insiste Jean-Marc Brion. Quand on produit en petit volume, comme c’est le cas d’Air Liquide Medical Systems à Antony, c’est également le cas de nos fournisseurs... Pour les pièces simples, disponible en masse dans les catalogues, cela ne pose pas de souci mais pour des éléments plus spécifiques (certaines cartes électroniques, certains composants particuliers...), cela devient plus compliqué. Pour sécuriser l’approvisionnement dans un tel cas, il ne suffit donc pas de passer une commande. Il faut savoir si le fournisseur est en capacité de répondre à la commande et pour quand. Si la réponse est négative, il faut comprendre pourquoi, de voir s'il a besoin d'aide, d'où vient son problème. Il peut venir de fournisseurs de rangs inférieurs, par exemple. » Dans le cas des respirateurs d’Air Liquide, les équipes de Schneider Electric ont dû s’assurer que les fournisseurs de rangs 2,3 et 4 seraient capables de suivre la montée en puissance de la production. « Nos acheteurs en Chine ont même contacté des fournisseurs que l'on ne connaissait pas avant, précise le spécialiste de la chaîne d'approvisionnement. Mais le travail dans ce domaine n'est pas encore terminé… »

Justement, « depuis vendredi 3 avril, nous avons rencontré un problème avec un fournisseur d'une partie que l'on appelle le circuit patient [l'ensemble du dispositif qui fait le lien entre le patient et le respirateur, ndlr] donc nous avons décidé de mettre en place une ligne de production, d'assemblage, de contrôle et de test de ces pièces sur le site de Schneider Electric à Chasseneuil-du-Poitou, dans la Vienne, ajoute Jean-Marc Brion. Habituellement Air Liquide recevait cette partie du respirateur entière, déjà assemblée. » Une dizaine d'employés de Schneider Electric y travailleront.

Si Air Liquide a déjà commencé, de son côté, à accroître sa production de respirateurs dès la semaine du 30 mars, la totalité des lignes de production prévues par le groupement industriel, elles, devraient démarrer « entre le 6 et le 10 avril », conclut Jean-Marc Brion.

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