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Comment Lapeyre rend le bois hydrophobe

Nadège Aumond

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Comment Lapeyre rend le bois hydrophobe

3. Le traitement ne modifiant en rien les propriétés mécaniques, le bois ainsi traité est usiné et assemblé sur les lignes de production traditionnelles du site. Seule exception, les opérations de collage nécessitent une colle spécifiquement développée pour faire face au caractère hydrophobe...

© D.R.

- Le traitement mis au point par Lapeyre fait du bois le plus banal un équivalent des variétés exotiques pour usage en extérieur.

«Ce traitement rend le sapin aussi solide que le teck », s'exclame Roger Deloison, directeur industriel et logistique de Lapeyre. Bel exploit puisque, jusqu'ici, les essences peu durables ont toutes les peines du monde à rivaliser avec leurs cousins exotiques dans les applications en extérieur malgré les couches de verni. « Face aux problèmes de durabilité, tout le monde s'accorde à dire que, si le bois n'est pas stabilisé dimensionnellement, il n'y a pas de solution à travers la formulation seule des finitions », explique Roger Deloison. Mais comment stabiliser le bois de manière pérenne afin d'augmenter sa durée de vie en extérieur ? Depuis 2000, le spécialiste de la menuiserie en a fait un objectif prioritaire et a concentré tous ses moyens de R&D sur la mise au point d'un procédé rendant le bois hydrophobe.

Pour cela, l'entreprise s'est associée au Laboratoire de chimie agro-industrielle (unité mixte Inra/université de Toulouse) de l'Ensiacet. Les recherches sont parties des travaux réalisés par Carlos Vaca autour du greffage chimique d'agromolécules. L'idée : faire réagir la cellulose avec un corps gras pour obtenir un matériau plastique. La transformation est connue, mais difficile. « Il fallait l'adapter au bois afin d'obtenir un matériau hautement hydrophobe », explique Silham El Kasmi directrice du pôle R&D bois de Lapeyre.

Une stabilité proche de 100%

Au final, après six années de recherche et 5 millions d'euros d'investissement, l'équipe a trouvé la solution : faire réagir un acide gras, dérivé de l'huile de colza et de tournesol, avec un anhydride acétique issu de la fermentation du vinaigre. Cela produit un anhydride mixte (substance jamais synthétisée jusqu'alors) qui réagit aux niveau des groupements hydroxyles (liaisons OH) des différents compososés du bois.

En plus d'être entièrement vert - le produit secondaire, un acide acétique, est réutilisable pour reformer de l'anhydride acétique -, les résultats sont là : une stabilité qui avoisine les 100 % et une finition qui dure au-delà de dix ans. Et cela sans altérer les propriétés mécaniques ni produire de gonflement, tout en rendant le bois parfaitement imputrescible. Tous les tests normalisés ou non le prouvent.

Seul problème, la colle et les finitions traditionnelles (peintures, lasures...) qui ne fonctionnement plus. Lapeyre a donc dû créer, avec l'aide de ses fournisseurs, des solutions spécifiques. Le groupe ne souhaite pas en dire plus hormis « qu'elles seront disponibles en même temps que les premiers produits commercialisés. » L'ensemble des substances en jeu (anhydride mixte, colle et finitions) ainsi que le procédé de traitement sont couverts par les brevets.

Pas d'altération des propriétés mécaniques

Le procédé s'effectue sur du bois séché classiquement. Le traitement à coeur se déroule en deux étapes par charge de 2 à 3 m3. L'imprégnation en autoclave est suivie d'une phase de greffage réalisée sous confinement en raison des risques d'inflammation. Le bain de trempage est en effet chauffé au-delà de 100 °C. « Il faut compter de 8 à 9 heures pour un cycle complet, y compris le temps d'égouttage et d'essuyage, commente Marc Sigrist, chargé de l'industrialisation du procédé. En supprimant la première étape, le bois est juste traité en surface (3 à 6 mm profondeur). »

L'absence d'altération des propriétés mécaniques permet de conserver les mêmes process d'usinage et d'assemblage.

Le site de Poreaux, qui abrite l'équipe de recherche responsable de cette innovation, accueille aussi la première ligne de traitement. D'une capacité de 8 000 m3 par an, elle a nécessité un investissement de 1,5 million d'euros. Actuellement en phase de rodage, elle entrera en service en juillet afin que les premiers produits estampillés "Wood Protect" soient disponibles à la rentrée.

Il s'agira de volets battants en sapin. « C'est le produit type de la problématique d'entretien et donc de celui qui présente le plus important bénéfice consommateur », explique Didier Richer, directeur marketing du groupe Lapeyre. Suivront, en 2007, les portails, les portes d'entrée et les fenêtres. Les produits de classe 3 et 4 seront garantis trente ans et la finition dix ans. Côté coûts, le prix sera le même que celui des volets en bois exotique. Le traitement devrait être étendu aux parquets et bois d'intérieur voire aux produits marins. Lapeyre n'exclut pas non plus de concéder des licences.

Voilà en tout cas de quoi donner un sérieux coup de pousse aux menuiseries qui, malgré leur esthétique reconnue, s'étaient effacées au profit de leurs concurrents en PVC plus aisés d'entretien. Et de redonner le sourire aux propriétaires las de passer leurs congés à repeindre leurs volets !

L'USINE EN CHIFFRES

Le site de Poreaux à Châlons-en-Champagne (Marne) - 233 employés - 206 000 fenêtres et 166 000 vantaux de volets en bois fabriqués en 2005 - Abritera la première ligne de traitement Wood Protect. - 8 000 m3 de capacité par an - 1,5 million d'euros d'investissement - Entrera en service en juillet prochain.

vous lisez un article d'Industries & Technologies N°0879

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