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Comment la Nasa mise sur l'open innovation... et pourquoi vous devriez vous aussi y penser

Comment la Nasa mise sur l'open innovation... et pourquoi vous devriez vous aussi y penser

© NASA - W. Hrybyk

De plus en plus répandues, les stratégies dites d'Open Innovation séduisent des secteurs variés. Dans ce billet paru sur le site de Bluenove, sa société de conseil qui a notamment travaillé pour Airbus, Pernod Ricard, Essilor, Orange, SNCF, Société Générale, ou Michelin, entre autres, Martin Duval détaille la stratégie d'Open Innovation mise en place par la Nasa et les bénéfices que l'agence en a tirés, un thème déjà développé dans l'ouvrage qu'il a signé avec Klaus Speidel chez Dunod. Nous vous proposons de découvrir cette analyse.

Depuis 2008, la Nasa multiplie les démarches d’Open Innovation. Elle envoie ainsi de facto un signal fort que l’Open Innovation -un concept apparu en 2003 suite à des développements concrets dans la manière dont les entreprises gèrent l'innovation- concerne aujourd’hui tout type d’organisation. Tout d’abord, l'agence spatiale américaine organise bien sûr des Grands Prix très visibles, avec des primes d’un million de dollars. Mais ce n’est pas l’élément central de sa stratégie. Elle fait également du problem-solving à raison d’un problème lancé toutes les deux à trois semaines en interne et auprès de ses partenaires. Elle s’appuie sur des intermédiaires pour organiser des concours de résolution de problèmes, avec des primes allant de 10 000 à 25 000 dollars. Enfin, elle s’engage dans une recherche structurée de brevets, notamment à l’aide de Yet2.com.

Ce succès semble lié, entre autres, au ... contexte économique défavorable, qui n’a pas épargné la Nasa. Celle-ci s’est en effet lancée dans la démarche en 2008, lorsqu’elle a subi une coupure de 40 % de son budget de R&D. Aux vues du grand succès de la Nasa, le gouvernement américain l’a chargée en 2011 de créer un Centre d’excellence de l’innovation collaborative (Coeci) pour accompagner le déploiement de l’Open Innovation dans les autres agences de l’état américain. Une expérience qui prouve que l’Open Innovation, que l’on aurait pu estimer à ses débuts comme le prétexte à de nouvelles offres de consulting ou un mode de management éphémère, se révèle bien désormais comme un concept pérenne. Et ce au moins pour trois raisons.

Le contexte économique de crise

Le contexte de crise actuel, en France notamment, fait que la pression budgétaire s’opère aussi sur les investissements dédiés à l’innovation, à la R&D, au même titre que les réductions budgétaires qui affectent les fonctions communication, marketing, formation, etc. Les entreprises ont donc pour la plupart moins de moyens financiers pour innover qu’auparavant. Or les démarches ouvertes permettent de distribuer ou de mutualiser le risque. Elles permettent aussi de réduire les dépenses de R&D. Celles-ci sont ainsi alors partagées avec d’autres acteurs. Par ailleurs, il est souvent moins coûteux d’acheter les droits (d’utilisation) d’une solution existante que de chercher à en développer soi-même. Un tel achat rend enfin les coûts maîtrisables, alors qu’il est souvent difficile de prévoir les coûts d’un projet de recherche ou de développement. En interne, ce contexte de crise oblige les équipes en charge de l’innovation à développer de nouveaux savoir-faire et à mettre en œuvre des dispositifs manquants afin de mobiliser tout le potentiel inexploité, sous-exploité ou mal exploité de l’ensemble des collaborateurs : on pourrait presque parler de « chasse au gaspi de créativité ».

Quand la définition du "cœur de métier" devient de plus en plus floue

L’innovation est par ailleurs devenue plus complexe à gérer. Les cycles technologiques s’accélèrent, les domaines technologiques deviennent de plus en plus poreux et la maîtrise des compétences et expertises associées devient particulièrement complexe à anticiper et à gérer : un véritable casse-tête pour la gestion des talents. La possibilité de faire appel à des experts externes permet alors de combler les lacunes de ses propres ressources humaines.

Ainsi l’un des premiers clients de la plate-forme de résolution de problèmes Hypios a proposé un sujet qui concernait la trajectoire des satellites dont la résolution demandait des compétences en relativité générale, science où peu d’ingénieurs ont des connaissances avancées. Dans la mesure où il s’agissait de calculer une force – le Frame Dragging Effect – en fonction de différentes variables, l’entreprise recherchait une présentation claire qui permettrait dorénavant à ses ingénieurs de calculer cette force étant donné le contexte pratique de l’entreprise. Finalement, c’est un physicien italien qui a répondu à la question en rédigeant un cours de relativité générale appliqué particulièrement précis et pédagogique.

L’impact de la transformation digitale

L’accélération du développement d’outils et de solutions logicielles pour favoriser la détection de compétences, la mise en évidence de centres d’intérêts communs, la mise en relation d’individus et la collaboration pour échanger et gérer des idées est fulgurante. L’impact en termes d’opportunités, de découverte de compétences et d’expertises ignorées (voire insoupçonnées) est réel, autant en interne au sein d’organisations de grands groupes avec leurs milliers de collaborateurs, souvent localisés à différents endroits, qu’en externe pour détecter des expertises à l’autre bout du monde.

On pense, bien sûr, aux réseaux professionnels comme LinkedIn, Viadeo ou Xing pour découvrir des expertises et des compétences en lien avec nos centres d’intérêts ou nos activités, ou à Twitter pour repérer les "veilleurs" et autres détecteurs de signaux faibles les plus actifs. On parle aussi de "réseaux sociaux d’entreprises" internes, qui permettent parfois les regroupements autour de centres d’intérêt techniques, de plates-formes collaboratives, d’Idea Management, de "Web Sémantique"…  On parle aussi d’APIs, ces Application Programming Interfaces qui permettent à des centaines de développeurs d’intégrer par exemple Google Map ou des fonctionnalités de Twitter dans de nouvelles applications qui viennent s’ajouter aux milliers déjà disponibles pour le grand public et les professionnels dans les Stores et les Markets des fabricants d’Operating Systems comme Apple (iOS), Google (Android) ou Microsoft (Windows). De nombreuses marques comprennent désormais l’intérêt de mobiliser des groupes de développeurs autour de leurs plates-formes pour démultiplier leurs capacités créatives et proposer des applications toujours plus innovantes qui toucheront une audience toujours plus large de clients.

On parle, bien sûr aussi, de Big Data et surtout d’Open Data : ce mouvement issu des administrations et des services publics qui commence à intéresser les entreprises qui se disent qu’elles sont peut-être assises sur des trésors de données qu’il vaudrait la peine d’ouvrir aux partenaires de leur écosystème ou à des développeurs tiers. Les nouveaux savoir-faire, manières de travailler et usages associés à la mise en œuvre de ces projets, bousculent les organisations, la gestion des talents et la compétitivité des entreprises de toutes tailles. Celles les plus à même de maîtriser et d’utiliser plus vite et mieux que leurs concurrents ces outils numériques au service de démarches d’open innovation seront indiscutablement les champions de demain.

Retrouvez ce billet et toutes les analyses de Martin Duval sur le site de Bluenove, spécialiste du conseil et des services en Open Innovation et des solutions d'Intelligence Collective.

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