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COMMENT INNOVER EN MATIÈRE DE POLITIQUES D'INNOVATION

L'INNOVATEUR EST UN REBELLE. Comment le politique habitué aux processus démocratiques et focalisé sur le court terme peut-il favoriser l'éclosion de milliers de rébellions ? Serge Galant propose trois pistes...

L'innovation est un processus qui transforme un corpus de connaissances plus ou moins floues (technologiques, commerciales, sociales...) en une idée de marché, puis en une ou des activités rentables.

Les règles de fonctionnement de ce processus restent un mystère pour ceux qui n'ont pas les talents d'un entrepreneur. Quant aux entrepreneurs, c'est leur charisme, leur volonté intangible d'aboutir commercialement pour "être le premier" à prendre des commandes qui feront la différence.

L'innovation en soi n'est donc pas un processus démocratique : l'innovateur recherche avant tout les points faibles d'un système existant, ceci pour imposer un nouveau produit ou un nouveau service qui rendra ce système plus performant. L'innovation se cale rarement sur le consensus du plus grand nombre, les acteurs installés dans un marché construisant des barrières que l'innovateur cherche à faire sauter, fort de son équipe et de ses réseaux. L'innovateur est un rebelle.

À la lumière de ce constat, on comprend mieux pourquoi le politique, habitué fort heureusement aux pratiques démocratiques, a beaucoup de mal à définir et mettre en oeuvre des politiques d'innovation. En théorie, il doit favoriser l'éclosion de milliers de rébellions, pour un bénéfice mal cerné à long terme. En pratique, il propose des systèmes où la règle majoritaire de sélection peut tuer beaucoup de rébellions porteuses d'une forte valeur ajoutée.

Pourquoi ce comportement ? Le politique est mal à l'aise avec le long terme. Le cycle électoral restant court, il préfère des systèmes de promotion d'innovation à courte vue - par exemple le crédit impôt recherche - dont il peut changer les règles tous les ans... et ainsi mieux préparer les prochaines élections.

Que suggérer au politique pour demain ? Trois lignes directrices :

- Soutenir le financement d'une recherche publique technologique qui vise l'excellence européenne : les priorités vont alors aux équipes qui s'engagent dans le transfert des connaissances vers les acteurs du marché, l'évaluation des projets étant confiée à des rebelles professionnels qui, comme Steve Jobs ou Michael Dell, ont d'abord lutté pour imposer de nouveaux concepts : le micro-ordinateur et sa façon de le fabriquer et de le vendre.

- Soutenir le financement des plans de développement qui proposent des visions nouvelles de marché, à une échelle au minimum européenne. En choisissant ouvertement le talent d'équipes rebelles, le politique produit alors de l'information nouvelle pour les investisseurs, comblant ainsi le déficit chronique d'information qui freine beaucoup d'entre eux dans leurs décisions de financement de projets innovants.

- Soutenir en priorité les rebelles dans les PME à l'aide de subventions, et non pas de prêts, ceci afin de garder la souplesse indispensable pour faire face à des retournements de cycle économique. Les entreprises de taille mondiale savent se prémunir de ces risques. Les PME sont souvent les premières à payer les décisions des grands groupes qui les ont anticipées.

Ces propositions ne créent pas de distorsion de marché. Elles pallient les défaillances chroniques du système européen de financement des entreprises, défaillances qui iront s'amplifiant sous la houlette de "Bâle II" : les banques vont changer, à l'échelle mondiale, les règles de gestion de leurs risques internes. Les premières à en pâtir seront les PME, estimées plus "risquées" que les grands groupes.

Et puis, soyons pragmatiques : un système voisin existe, depuis le début des années 80, aux USA, temple du capitalisme. Après plus de vingt ans de fonctionnement, il a montré son efficience macroéconomique, grâce au soutien intangible d'administrations démocrates et républicaines.

SOUTENIR LES PME À L'AIDE DE SUBVENTIONS, ET NON PAS DE PRÊTS.

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