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Editorial

Comment Google veut changer le monde

Muriel de Véricourt

Mis à jour le 17/04/2015 à 10h09

Comment Google veut changer le monde

© T. Gogny/IT

Après la Commission européenne, qui a transmis mercredi 15 avril à Google une "communication de griefs", c'est-à-dire la liste de ce qu'elle estime être des atteintes à la libre concurrence, en concentrant ses attaques sur les résultats, jugés biaisés, du moteur Google shopping, le Sénat français a voté jeudi 16 avril à l'unanimité un amendement obligeant un exploitant de moteur de recherche à proposer sur sa page d'accueil un moyen de consulter au moins trois autres moteurs de recherche sans lien juridique avec lui. Une offensive qui, officiellement ou non, trouve aussi sa source dans l'inquiétude liée à l'omniprésence de Google, qui fait preuve d'une véritable boulimie technologique le conduisant à investir allégrement les territoires les plus variés, de la cartographie à la téléphonie mobile en passant par la santé, la robotique, les batteries ou les nanotechnologies, et en affichant des objectifs pas toujours faciles à décrypter.

Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée, mais c’est moins vrai pour les êtres. A bien écouter ceux qui semblent le plus extravertis, il arrive de s'apercevoir que certains d'entre eux restent particulièrement discrets sur leur propre compte. Prenez Sergey Brin. Longtemps, le cofondateur de Google et ses collaborateurs ont mis en avant un certain goût pour la transparence et une certaine éthique. « Don’t be evil » -transposé en français par l’interdiction de vendre son âme au diable-, devise du géant du web, figurait sur le document remis aux futurs actionnaires au moment de l’entrée en bourse de Google. Loin de moi l’idée de moquer l’idéalisme. Sauf à considérer que notre monde est parfait en l’état, tourner en ridicule l’ambition de le changer serait pour le moins inconséquent, et peut-être même irresponsable. Et les entrepreneurs sont plutôt bien placés pour relever le défi. Mais mieux vaut manier l'angélisme avec prudence, au risque que les bonnes intentions affichées un jour ne se retournent le lendemain contre ceux qui les ont professées. Qui fait l'ange, fait la bête...Reste par ailleurs à savoir quel type de changement envisagent ceux qui s'attellent à "faire une différence". Aux débuts de l’épopée Google, vendre son âme au diable était compris, à Mountain View, comme : chercher le profit immédiat au détriment des intérêts de l’utilisateur. Par la suite, sa petite entreprise continuant à faire son chemin au rythme que l’on sait, Sergey Brin s’est judicieusement gardé de donner des traits trop nets à ce "diable", allant jusqu’à éviter de trop en dire sur son propre système de valeurs puisqu’il était largement admis au sein de la société que « ce qui est mal, c’est ce que Sergey juge être mal ». Or – le diable est dans les "détails" – cette discrétion a autorisé une inflexion progressive des valeurs de la société. Hier du côté de l’utilisateur, par principe, Google a notamment déçu en transigeant sur la pertinence des résultats offerts aux internautes chinois, en biaisant par hygiénisme, par puritanisme ou par intérêt commercial les résultats de requêtes d’utilisateurs occidentaux, en collectant toute sorte d'informations, voire en remettant en question le concept même de vie privée, comme l'a faitVint Cerf. Tout en se disant adepte de l'ouverture et de la transparence absolue, Google cultive donc une certaine opacité non seulement sur ses algorithmes, mais aussi, dans une certaine mesure, sur la mission qu’il poursuit. Il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée... mais c'est moins vrai pour les sociétés.

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