Nous suivre Industrie Techno

Comment gérer la fin de vie des composites ?

MURIEL DE VÉRICOURT redaction@industrie-technologies.com

Sujets relatifs :

,
De plus en plus performants, les composites se positionnent en alternative crédible à d'autres matériaux pour un nombre croissant d'applications. Ce qui pose la question de leur devenir en fin de vie, car séparer leurs composants s'avère malaisé et les filières de recyclage n'existent pas toujours. Conseils de quatre experts pour une substitution réussie des métaux par des composites.

SAMUEL MAYER

DIRECTEUR DU PÔLE ÉCOCONCEPTION

« Attention à ne pas déplacer le problème »

Attention à bien prendre en compte toute la durée de vie d'un produit et... à faire preuve de bon sens ! Un écueil courant est celui de la substitution d'une pollution par une autre. Par exemple, si un métal requiert un traitement de surface très polluant, la substitution par un composite peut-être une bonne idée. À condition toutefois de vérifier qu'il existe une solution de prise en charge du matériau en fin de vie ou que sa production ne génère pas une pollution supérieure. En plus de l'expert chargé de l'arbitrage technique dans le choix des matériaux, il est donc conseillé de s'entourer d'un expert environnemental qui évitera de tels transferts.

NIZAR HAOUES

DOCTEUR INGÉNIEUR ÉCOCONCEPTION ET RECYCLAGE

« Intégrez les contraintes du recycleur »

Lorsque l'on réfléchit à une substitution par un composite, il faut solliciter un retour d'expériences des filières de recyclage. Il s'agit d'abord de vérifier qu'une filière existe pour la matière que l'on s'apprête à utiliser. Beaucoup d'efforts sont faits actuellement en R&D sur le sujet et des filières pilotes émergent. Il convient de vérifier leur pérennité. Il faut ensuite intégrer les contraintes du recycleur et celles de l'utilisateur final de pièces recyclées. Un exemple : les inserts métalliques peuvent compliquer le broyage. Avant de concevoir la pièce, mieux vaut donc vérifier si la filière envisagée accepte les inserts. Si le recyclage n'est pas encore possible, je conseille de chercher à évaluer la probabilité de création d'une filière, en identifiant les gisements de matière qui seront disponibles d'ici à la fin de vie du produit. Enfin, pour éviter aux industriels d'avoir à refaire le même travail, je suggère de créer un outil de capitalisation de connaissances en formalisant les décisions prises lors d'un projet afin que les développeurs de produits puissent s'appuyer sur les connaissances acquises dans leur choix de matière. On peut même se baser sur des outils existants dans d'autres secteurs d'activité plus mûrs, comme les tables de compatibilité entre matériaux polymères.

DOMINIQUE APPERT

INGÉNIEUR PLASTURGISTE, CENTRE DE FORMATION DE LA PLASTURGIE

(CFP)

« Évaluez l'impact relatif de la recyclabilité »

La substitution ne doit pas se résumer au remplacement d'une matière par une autre. Il faut revoir toute la conception du produit et sa mise en oeuvre pour optimiser ses performances. Il s'agit en fait de concevoir un nouveau produit en ne gardant, du produit existant, que le cahier des charges. Se tourner vers un bureau d'études spécialisé permet d'être accompagné dans cette démarche, au cours de laquelle la fin de vie fait partie des questions à se poser. Mais elle représente en général moins de 1 % de l'impact environnemental global du matériau. Il faut donc opter pour une analyse portant sur l'ensemble du cycle de vie. Alors que dans l'emballage, par exemple, la fin de vie est très importante, c'est moins vrai pour certaines pièces techniques ou à longue durée de vie. Ainsi, l'impact environnemental de pièces conçues pour alléger significativement un véhicule, donc de consommer moins de carburant pendant toute sa durée de vie, est surtout lié à l'utilisation, même si le recyclage n'est pas aisé.

MICHEL LOUBRY

DIRECTEUR EUROPE DE L'OUEST CHEZ PLASTICSEUROPE

« Apprenez à connaître les filières »

Dans tous les cas de figure, la valorisation énergétique est envisageable, même si elle n'est pas considérée comme du recyclage en Europe et est payante en France. Outre la biodégradabilité, il existe d'autres pistes, plus ou moins embryonnaires en fonction des matériaux et des secteurs, qui sont en train d'être étudiées par la filière composite. C'est le cas du broyage en vue d'une réutilisation comme charge dans une matrice polymère, pour refaire de nouveaux composites. Mais l'utilisation de ces pièces est limitée par des problèmes de résistance et d'aspect. On peut aussi s'orienter vers la fabrication de combustibles solides de récupération utilisés dans les cimenteries. Le minéral vient alors alimenter en matière première la production de ciment, ce qui distingue cette voie de la valorisation énergétique. Enfin, on peut utiliser les pièces en fin de vie en emplacement d'adjuvants dans la fabrication du béton.

vous lisez un article d'Industries & Technologies N°0931

Découvrir les articles de ce numéro Consultez les archives 2011 d'Industries & Technologies

Bienvenue !

Vous êtes désormais inscrits. Vous recevrez prochainement notre newsletter hebdomadaire Industrie & Technologies

Nous vous recommandons

PFW Aerospace allège l'A 350 XWB

PFW Aerospace allège l'A 350 XWB

Pour réduire la consommation des avions, il faut limiter leur poids. La substitution de certaines pièces métalliques par des polymères aussi[…]

Faites de l'or avec les données

Faites de l'or avec les données

ISO 50 001 : pilotez vos performances énergétiques

ISO 50 001 : pilotez vos performances énergétiques

Virbac passe à la désinfection aérienne

Virbac passe à la désinfection aérienne

Plus d'articles