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Comment concevoir pour recycler

HUGO LEROUX hleroux@industrie-technologies.com

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Pour répondre aux nouvelles exigences de la directive relative aux déchets des équipements électriques et électroniques, dite DEEE, les professionnels du recyclage doivent innover. Quant aux producteurs d'appareils électriques, ils ont intérêt à miser sur l'écoconception.

Il est temps de prendre le problème des DEEE à bras-le-corps. Avec 1,3 million de tonnes par an, ils représentent 5 % des déchets ménagers produits en France. Les objectifs de la directive européenne DEEE, qui imposait dès 2003 la responsabilité de la gestion de ces flux de déchets en forte croissance (2 à 3 % par an) aux producteurs, vont se durcir. Entérinée prochainement en seconde lecture au Parlement européen, la nouvelle version du texte sera transposée en droit français dans les 18 mois. Les taux de collecte, actuellement fixés à 30 %, devront se hisser à 45 % en 2016 puis 65 % en 2019. Financés par les producteurs, les éco-organismes sont chargés d'organiser la filière pour répondre à ces objectifs. Jusque-là cantonnés aux déchets ménagers, ils se chargeront désormais de collecter les DEEE professionnels à la place des producteurs. Au-delà du défi organisationnel, cette évolution implique une mise à jour des procédés industriels. Les taux de recyclage et de valorisation, actuellement établis par familles d'équipement entre 50 et 75 %, seront augmentés de 5 % six ans après l'entrée en vigueur de la nouvelle directive. Pas la mer à boire, certes : « La France est plutôt en avance sur ces performances », admet Christian Brabant, président de l'éco-organisme Ecosystems. « Reste que des défis en termes de R&D subsistent pour mieux traiter les différents flux de déchets. »

Les industriels du démantèlement et du recyclage doivent donc moderniser leurs procédés. Quant aux producteurs, ils peuvent jouer l'écoconception pour ne pas se contenter de payer leur contribution aux éco-organismes.

1. Comprenez les défis des éco-organismes

Pour mieux appréhender les problématiques des éco-organismes, donc mieux concevoir, il est possible de contacter leurs experts techniques, ou de demander à visiter les sites de démantèlement et de recyclage. La directive DEEE définit quatre types de flux : gros électroménager froid, gros électroménager hors froid, écrans, petits appareils en mélange... Hétéroclites, ils réunissent un grand nombre de matières pas toujours faciles à séparer. « Les petits appareils électroménagers constituent une catégorie un peu fourre-tout où l'on retrouve des plastiques de natures très diverses », note ainsi Sabine Zariatti, directrice technique chez Sita DEEE, la filiale de Suez Environnement dédiée au recyclage.

Le triage des plastiques constitue un problème majeur. Séparer les plastiques dits techniques, comportant des additifs fonctionnels comme des retardateurs de flamme bromés, s'avère difficile. Ils finissent sous forme de déchets dangereux. Ce qui limite la valorisation. Quant aux plastiques sombres, ils sont difficiles à discriminer par les méthodes de tri optiques actuelles. Pour y remédier, les fabricants de machines de tri développent des technologies innovantes. Celles-ci misent sur l'infrarouge proche, doublé de caméras optiques pour distinguer plus finement les couleurs et de rayons X pour repérer les additifs halogénés... Les recycleurs se livrent à une véritable course pour établir le juste enchaînement de ces briques technologiques et convaincre les éco-organismes de leur confier leurs déchets. « Jusqu'à quel niveau de pureté doit-on aller ? Trouver le procédé optimal résulte d'un fin calcul », souligne Sabine Zariatti de Sita DEEE. Pour calibrer son procédé, la société est en discussion avec d'importants fabricants susceptibles d'utiliser le plastique recyclé, dont SEB et Schneider. De son côté, Veolia DEEE teste sur son site d'Angers une unité capable à terme de traiter 15 000 à 17 000 tonnes de plastiques par an.

Les plastiques ne sont pas les seuls à donner du fil à retordre aux recycleurs. Les solutions de fixation (colle ou vis, par exemple) non uniformisées de certains appareils démantelés à la main ralentissent leur traitement. Quant aux lampes au mercure des écrans plats ou les fluides frigorigènes des équipements de froid, leur toxicité les rend difficiles à dépolluer. Autant d'« obstacles de fin de vie » sur lesquels vous renseigneront les éco-organismes.

2. Pensez à l'écocontribution

La résolution de ces problèmes n'est pas l'apanage des professionnels du recyclage. Les producteurs peuvent apporter leur pierre à l'édifice en optant pour l'écoconception, qui élimine ces obstacles en amont. Alors que le texte original de la directive n'inclut qu'un encouragement à cette pratique, sa transposition en droit français est plus incitative. L'écocontribution qu'elle instaure, appliquée depuis juillet 2010, s'établit en fonction de critères liés à la fin de vie des appareils. Composants bromés, fluides frigorigènes, lampes au mercure, chargeurs universels... les composants inadaptés au recyclage se retrouvent ainsi épinglés d'une surtaxe sur l'étiquette du consommateur. Un critère qui incite les industriels à se positionner sur un créneau « vert ».

« En tant que frein à l'achat, la pénalité économique est limitée », concède Florence Monnier, responsable environnement à la Fédération des industries électriques, électroniques et de communication (Fieec). « En revanche, l'écocontribution joue sur la sensibilité du consommateur. Elle peut se transformer en facteur différenciant ». Une possible écocontribution au niveau européen est d'ailleurs en discussion à Bruxelles. Elle pourrait incarner une incitation autrement ambitieuse aux efforts d'écoconception.

3. Misez sur l'expertise

En attendant cette écocontribution élargie, les professionnels ont tout intérêt à apprivoiser les réflexes de l'écoconception, grâce à des échanges réguliers avec les éco-organismes. « Leurs experts techniques ont une bonne vue d'ensemble de la filière », remarque Odile Thoré, responsable de l'environnement et des produits chez Fagor Brandt. L'entreprise a édité un guide d'écoconception en faisant dialoguer de façon étroite ses concepteurs produits et les professionnels du recyclage (voir page 41). Forts des préconisations de ce guide, les nouveaux produits de l'industriel recourent à un nombre de plastiques limité et évitent l'utilisation de fluides frigorigènes.

Les plus volontaristes s'appuieront enfin sur un cabinet spécialisé en écoconception pour soigner la fin de vie des appareils. « La tendance est à la convergence des réglementations, comme RoHS, DEEE, mais aussi la directive ERP, initialement dédiée à efficacité énergétique et qui s'élargit à ensemble du cycle de vie » note Marie Gaborit, du cabinet d'écoconception Evea. Pour alléger le cycle de vie de sa nouvelle pointeuse électronique, l'horloger Bodet s'est appuyé sur l'expertise du cabinet. Prévue pour 2014, elle offrira des fonctionnalités élargies pour un impact global équivalent.

Schneider Electric a également pris acte de la convergence des réglementations. Alors que seuls 10 % de ses produits sont directement concernés par la directive, le groupe français met notamment à disposition de ses clients des instructions de fin de vie à travers son offre Green premium. Ces recommandations permettent d'identifier et de localiser les sous-ensembles ou composants afin de les recycler par des processus adéquats et respectueux de l'environnement.

Fagor facilite la vie des recycleurs

Le guide d'écoconception de Fagor pourrait soulager un peu la vie des recycleurs. « Nous avons décidé de mettre en relation étroite les ingénieurs chargés de concevoir chaque produit avec les industriels du démantèlement et du recyclage », explique Odile Thoré, responsable environnement produit chez Fagor Brandt. Pour intégrer la notion de la fin de vie dans sa « culture » R&D, le groupe a produit un guide. Ses recommandations sont passées en revue lors de la conception d'un produit. Leur application reste basée sur le volontariat, mais certaines s'imposent presque systématiquement. « Sur la plupart de nos produits, nous avons par exemple réduit le nombre de familles de plastique utilisées, un point problématique du recyclage des matières », assure ainsi Odile Thoré.

RAPPELDEEE, c'est quoi ?

La directive européenne 2002/96/CE du 27 janvier 2003, relative aux déchets d'équipements électriques et électroniques, confie la responsabilité de la collecte et de la gestion de fin de vie de ces déchets aux producteurs. Un texte remanié est actuellement en seconde lecture au Parlement européen. Sa transposition en droit national interviendra 18 mois après son adoption. Elle imposera notamment des objectifs de collecte très ambitieux, ainsi qu'une amélioration des taux de recyclage et de valorisation deS matières collectées.

DÉJÀ PARU

EN AVRIL 1. Règlement Reach : Les industriels inventent des molécules plus sûres EN MAI 2. Directive ERP : Créer des produits plus sobres en énergie EN JUIN 3. Directive machines : Mieux sécuriser les équipements

L'aiguille des métaux précieux dans la botte de foin des déchets

La directive DEEE ne l'exige pas encore. Mais le recyclage des métaux rares devient de plus en plus intéressant économiquement, dans un contexte géopolitique incertain. Dans le Pas-de-Calais, l'affineur Terra Nova recycle ainsi les cartes électroniques. Il vaporise leur partie plastique pour isoler un concentré des métaux rares, notamment l'or, l'argent, le cuivre et le platine. Son objectif : traiter 30 000 tonnes d'ici fin 2013. Un autre pionnier français, Coved, s'attaque à l'indium des écrans plats, menacé de pénurie mondiale à l'horizon 2017. L'industriel a développé un procédé de puissance pulsée capable de détacher l'indium du verre. Il va installer sur son site de Riom (Puy-de-Dôme) une unité de traitement préindustrielle des dalles LCD de 2 000 tonnes/an.

Deux champions du recyclage

La badgeuse numérique de Bodet et les ordinateurs « tout alu » de Méta IT ont été conçus avec le souci de la durabilité.

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