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« Co-localiser l'électrolyse et la production d’énergie solaire est le seul modèle d'hydrogène vert possible en Europe », proclame Thierry Lepercq de HyDeal

Aline Nippert

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2 commentaires

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- 24/02/2021 15h:10

Belles promesses mais cela sera concrètement opérationnel quand ? Le groupe Air Liquide est il partenaire directement ou par filiale ?

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- 25/02/2021 05h:16

Très intéressant ! Si mon message peut être transmis à Monsieur Thierry Lepercq, je vous en serais reconnaissant. La société FLODIM basée à Manosque dispose de capacités d'intervention uniques pour rendre possible un développement de cavités salines, plus rapide, moins cher et plus respectueux de l'environnement. Il est bien exact, qu'en plus du soleil et du vent, que le Portugal et l'Espagne disposent de formations salines souterraines particulièrement aptes au stockage massif d'hydrogène. Jean-Paul Crabeil, gérant de FLODIM

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« Co-localiser l'électrolyse et la production d’énergie solaire est le seul modèle d'hydrogène vert possible en Europe », proclame Thierry Lepercq de HyDeal

Une quarantaine d’industriels de l’énergie ont lancé, le 11 février, HyDeal Ambition. Ce projet industriel vise à produire de l’hydrogène vert issu de l’électrolyse de l’eau à partir de l’énergie solaire au tarif du marché. Thierry Lepercq, porte-parole de l’initiative, détaille les ambitions du collectif pour Industrie & Technologies.

Hydeal vise à proposer le kilo d'hydrogène à 1,50 € dès 2022, alors qu’en moyenne l’hydrogène vert tourne autour des 5 € le kilo. N'est-ce pas là un objectif ambitieux ?

Notre démarche consiste à viser la compétitivité, et non pas à attendre les opportunités de subventions ! Partant du marché, nous avons commencé par identifier nos clients potentiels : il y a les industriels qui utilisent de l’hydrogène gris, dans les raffineries par exemple, ceux qui ont besoin de gaz naturel pour produire de l’électricité ou de la chaleur et les acteurs qui recourent au charbon, comme les sidérurgistes.

Tous ces prospects, sans exception, ont un prix limite, qui est 1,50 € du kilo. Ce tarif est rationalisé de manière assez simple : c’est un euro le kilo du gaz naturel livré (soit entre 20 et 25 € le MWh), auquel il faut ajouter une valeur carbone, actuellement estimée par les industriels à 50 € la tonne.

Comment atteindre de tels tarifs ?

Avec le Sud de la Méditerranée, l’Espagne et le Portugal sont les seuls à pouvoir accueillir nos futurs sites de production, qui requiert du soleil et de l’espace (500 Ha en moyenne). Car le seul modèle  – j’insiste ! – d'hydrogène vert qui puisse fonctionner est celui qui co-localise l'électrolyse de l’hydrogène et la production d’énergie renouvelable, en l’occurrence du solaire.

La raison est simple : pour fournir de l’hydrogène à 1,50 € le kilo (incluant transport, stockage, taxe carbone), il faut la produire à 1,20 €, ce qui correspond plus ou moins à 30 € du MWh. Sachant que les électrolyseurs ont un certain coût et que leur rendement se situe autour de 70 %, il n’est pas possible de payer l’électricité tout compris (transport, stockage, taxe) à plus de 15 € du MWh. Par définition, ce prix-là exclut l’électricité venant du réseau électrique qui, en France, se situe autour de 40 ou 50 € le MWh, en Allemagne autour de 30-40 €.

En Europe, il existe une seule possibilité pour atteindre un prix en-dessous de 15 € du MWh : l’énergie solaire en Espagne et au Portugal. Le choix du solaire, ce n’est pas de l’idéologie, mais de l’arithmétique.

Quels industriels se sont associés à votre projet ?

HyDeal est un projet industriel, qui regroupe une quarantaine d’acteurs européen de l’ensemble de la filière. Il y a des industriels en amont de la filière, comme les développeurs solaires, parmi lesquels l’espagnol Dhamma Energy. Des acteurs de l’électrolyse comme le français McPhy ou le belge John Cockerill et des entreprises d’ingénierie, par exemple Vinci, le portugais Efacec ou encore TechNip (partenaire de McPhy) sont également dans le projet.

Puis il y a les opérateurs de transport et de stockage de gaz, qui sont des parties prenantes essentielles du projet. Car sans les tuyaux dédiés et sans les droits de passage, pas de transport et de stockage d’hydrogène à grande échelle. Les Espagnols Enagás nous ont rejoints, de même que les français GRTgaz et Teréga, Snam en Italie et OGE en Allemagne.

Des acteurs financiers nous ont également rejoints. Il y a des banques bien sûr (la Deutsche Bank, le Crédit Agricole), la Banque européenne d’Investissement et des fonds d’infrastructure, dont certains gèrent des projets de 100 milliard d’euros.

Quels sont les premiers projets en route ?

Nous visons une production de 67 GW d’électrolyseurs à horizon 2030… il faut donc bien les produire ! D’ici 2025, nous allons construire une gigafactory d’électrolyseurs en Espagne. Le français McPhy et le gestionnaire espagnol Enagás sont notamment parties prenantes du projet.

En parallèle, nous avons mené le projet Lacq Hydrogène : nous allons construire une centrale CCGT (hydrogène issu de Power-to-Gas) de 800 MW. Porté par Gazel Energie (filiale du groupe français EPH, qui opère des centrales à charbon et à gaz), l’opérateur du gaz du Sud-Ouest Teréga et des turbiniers (General Electric, Ansaldo, Mitsubishi), la production d’hydrogène est prévue pour 2026.

HyDeal Ambition est née de ces deux projets. Lancés fin 2019, les études de faisabilité ont été rendues en juillet dernier.

Vos prospects – en majorité des consommateurs de gaz naturel – sont-ils prêts à transformer leurs installations pour utiliser de l’hydrogène pur ?

Cela se fera par étape. Nous comptons commencer à vendre notre production d’hydrogène en septembre 2022, notamment par le biais d’un site dans la province d’Aragon (Espagne). À cette date, les tuyaux spécifiquement dédiés au passage des molécules hydrogène ne seront pas prêts, puisqu’il faut compter entre 3 et 5 ans pour les mettre en place.

Nous allons donc commencer par injecter dans le réseau gaz quelques pourcentages de notre production, très limitées – autour de 2 % pour l’instant qui pourraient monter jusqu’à 10 % en Espagne. Dans un premier temps, notre modèle économique s’appuie sur le principe de « garantie d’origine », comme le biogaz. Mais avec un point très important : dès l’origine, nous serons à 1,50 € du kilo.

En pratique, nos clients potentiels brûleront un combustible qui sera à plus de 90 % (voire près de 99 %) du gaz naturel… sur le plan technique, ils n’auront donc pas à changer leurs chaudières. En revanche, lorsqu’on arrivera avec de très gros volumes d’hydrogène pur, des investissements seront nécessaires. Les horizons de temps coïncident bien : la centrale Lacq Hydrogène de 800 MW ne sera pas prête avec 2026.

Quelle est la prochaine grande étape pour HyDeal ?

Les années 2025-2026 sont une étape importante, elles représentent l’arrivée concomitante des électrolyseurs en gigafactory et des pipelines à grandes quantités. À partir de cette date, nous allons faire un saut en termes de volumes : alors que nous serons autour de 20 000 tonnes en 2023, nous visons les 500 000 tonnes en 2025.

L’ambition de fournir 3,6 millions de tonnes d’hydrogène par an ne concerne que la partie espagnole. Nous sommes en train de développer toute la branche Méditerranée, Afrique du Nord, avec des volumes potentiellement beaucoup plus importants. À terme, avec des molécules à 1,50 € le kilo, nous avons estimé le marché potentiel en Europe à 280 millions de tonnes d’hydrogène… du jour au lendemain !

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