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Claudie Haigneré : Je veux redonner la parole à la science

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Claudie Haigneré : Je veux redonner la parole à la science
La Cité de Sciences et de l'Industrie et le Palais de la Découverte viennent de fusionner. Nous avions rencontré en mai dernier leur présidente : Claudie Haigneré. Son ambition alors était de faire de ces deux établissements de vulgarisation scientifique une plate-forme pour redonner la parole aux sciences.

En ce début de mai, les murs du Palais de la Découverte sont encore tapissés de slogans revendicatifs. Les syndicats du vieil établissement, installé à deux pas du pont Alexandre III, derrière le Grand Palais à Paris, digèrent mal le projet de rapprochement avec la Cité des Sciences et de l'Industrie. Ils redoutent que leur institution soit écrasée par la puissance de frappe de l'institution basée à La Villette. Entre les deux, le rapport est de 1 à 10. La Cité emploie 1 000 personnes et génère 100 millions d'euros de chiffre d'affaires quand le Palais affiche 150 salariés et 15 millions d'euros de revenus. Mais le vrai point dur est ailleurs. Pour les salariés du Palais, un établissement public, le rapprochement avec la Cité signifie de passer à des contrats de droit privé.
Explication de texte avec Claudie Haigneré, nommée présidente de la Cité de sciences et de l'industrie et présidente du Palais de la Découverte début mars.


I&T : Votre projet de rapprochement de la Cité des sciences et du Palais de la découverte suscite beaucoup d'agitations et de craintes. Votre projet est-il aussi sulfureux que ça ?

CH : La mission, qui m'a été confiée le 24 mars dernier par le Conseil des Ministres, consiste à rapprocher ces deux établissements pour constituer un grand ensemble dédié à la culture scientifique. Ce que craignent les syndicats, c'est surtout une modification de leur statut. Le Palais de la découverte est un établissement public et ses salariés sont donc des fonctionnaires, alors que la Cité des Sciences et de l'Industrie est un EPIC (établissement public industriel et commercial) et fonctionne, à ce titre, avec des contrats de droit privé. Le futur établissement, qui devrait voir le jour en septembre prochain sera, lui aussi, un EPIC. Cette évolution impose de modifier le statut de certains salariés du Palais. Ils réclament donc un certain nombre de garanties quant à leurs avantages acquis.


I&T : Concrètement, quel est votre projet ? Voulez-vous fusionner Palais et Cité ?

CH : L'objectif n'est pas de réduire les budgets des deux établissements, mais de mutualiser les forces. Je souhaite notamment conserver la vocation de chacun. Au Palais, la découverte des briques fondamentales de la Science. A la Cité, le côté ludique, où l'on découvre comment la science peut être mise en musique, quelles innovations elle génère.

Une plate-forme de contenus

I&T : Quel plan de route vous êtes-vous fixé ?

CH : Je souhaite aboutir rapidement. Le décret créant le nouvel établissement, dont le nom reste à trouver, devrait être publié en septembre pour un lancement officiel en janvier 2010. D'ici là, nous définirons le projet scientifique et culturel de cet ensemble. Nous avons plusieurs pistes en cours d'études.


I&T : Pouvez-vous nous en dévoiler les grandes lignes ?

CH : La mission essentielle du Palais et de la Cité est de montrer que la science ce n'est pas que des risques ou des dangers, mais c'est aussi la passion, la sagesse, la créativité. Pour cela, nous souhaitons sortir de nos murs et jouer le rôle de plate-forme de ressources scientifiques. Nous envisageons de bâtir un portail, une sorte d'encyclopédie de la science en ligne, ouverte à une multitude de sources. Nous regardons aussi ce que nous pouvons faire pour développer des contenus en vidéo. Nous essaierons également de développer des éditions à vocation scientifique.

Une voix neutre dans le débat public

I&T : La science est beaucoup décriée dans la société. Avez-vous un rôle à jouer pour démystifier l'image de la science ?

CH : Transmettre les connaissances, notamment scientifiques, au plus grand nombre est une mission délicate. Notre établissement devra jouer un rôle central pour rendre audible le discours des scientifiques dans les controverses qui peuvent surgir. Nous pouvons être une voix neutre, dépassionnée, qui permet d'alimenter le débat public, sans parti pris.


I&T : Qu'attendez-vous des industriels ? Ont-ils un rôle à jouer auprès de vous ?

CH : Les grandes entreprises doivent nous épauler pour repositionner la science dans la société. Nous devons faire comprendre aux citoyens et aux politiques que le principe de précaution est dangereux, s'il n'est pas assorti d'un principe d'action. Dans une économie de la connaissance, la France prend le risque de se déclasser. Nous devons absolument faire comprendre que le risque n'est pas néfaste, qu'il recèle aussi des opportunités.

Propos recueillis par Thibaut De Jaegher

 

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