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Cinéma 3D : Duran Duboi, le spécialiste français des films en relief

Thibaut De Jaegher

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Cinéma 3D : Duran Duboi, le spécialiste français des films en relief

© DR

Alors que le film Avatar, diffusé en 3D dans certaines salles de cinéma, débarque sur les écrans, nous avons rencontré Duran Duboi, une entreprise française qui essaye de percer sur le marché des films en relief 3D. Entretien avec son directeur Jacquemin Piel.

Jacquemin Piel rêvait de devenir archéologue. Mais le destin en a voulu autrement. C’est comme monteur de film que Jacquemin Piel fera ses premiers pas professionnels chez Duran Duboi. Aujourd’hui, il en est devenu le directeur de ce studio français d’effets spéciaux basé à Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine). A son actif, la participation aux effets spéciaux de film comme Amélie Poulain de Jean-Pierre Jeunet, ou encore Immortel de Enki Bilal. Alors que les écrans français voient déferler la superproduction américaine Avatar, ce passionné nous livre sa vision et de l’avenir du cinéma 3D en relief.


Le cinéma de demain sera-t-il entièrement en 3D ?

Le cinéma est en train de vivre une véritable révolution. C’est un changement radical qui peut se comparer au passage du muet au sonore ou du noir et blanc à la couleur. Les habitudes de travail sont complètement bouleversées. L’industrie du cinéma doit revoir complètement son modèle économique. Il est difficile aujourd’hui de savoir vraiment où l’on va. Le cinéma en relief existe déjà depuis les années 50. 100 films en reliefs visibles avec les fameuses lunettes vertes et rouges sont sortis à cette époque. A part un Dracula, aucun n’a vraiment percé au box-office. Mais aujourd’hui, les technologies permettent un rendu tellement réaliste que ces films attirent de plus en plus l’attention.


L’accueil du public est donc meilleur pour ces films ?

Le dessin animé Là-Haut 3D, L’âge de Glace 3, Destination finale… Les films en relief marchent vraiment bien. Généralement, ils attirent entre deux et trois fois plus de spectateurs que les films classiques.  Depuis 2 ans, de plus en plus de salles s’équipent de projecteurs numériques permettant leur diffusion. Mais cette conversion est assez lente. Aujourd’hui, seulement 50 % des salles sont équipées.  Et, elles affichent des prix de billets plus élevés pour rentabiliser leurs investissements.


Sur quels projets êtes-vous en ce moment ?

Avec le développement récent du cinéma 3D, nous avons décidé d’investir, l’année dernière, dans les équipements informatiques nécessaires à la création de films en 3D. Depuis, nous avons travaillé sur les titres et  sous-titres en relief pour trois films. Nous nous sommes rôdés sur My Bloody Valentine (Meurtre à la Saint valentin) dirigé par Patrick Dassier. Pour ce long métrage, nous avons réalisé les sous-titres en 3D dans 35 langues différentes. Nous avons également travaillé pour un autre film d’horreur américain Scar 3D sorti dans les salles en mars. Dans un autre registre, Duran Dubois a réalisé la titraille pour Garfield 3D. Nous concevons  actuellement notre premier film d’animation en 3D dont je ne peux divulguer encore le titre…


Y a-t-il d’autres applications de technologie d’image 3D ?

Technologiquement parlant, il n’y a pas de freins à l’utilisation d’un film 3D à d’autres fins que cinématographiques. L’industrie automobile s’y intéresse pour ses films publicitaires. Personnellement, je crois tout particulièrement  à la retransmission de sport et de spectacles vivants. Visionner en 3D un match de basket de la NBA, ou assister à un concert d’opéra procure une impression absolument fantastique.


Et à la télévision… ?

Il s’agit plutôt d’une supercherie marketing que d’une réalité. Il y a actuellement des guerres de standards entre les différents constructeurs de télévision. Les fabricants travaillent dans leur coin et ne sont pas d’accord sur les standards de diffusion.  De plus, il faut du contenu. Et, les chaînes de télévision ou les sociétés de production ne sont pas prêtes à fournir de la matière en 3D. Elles vivent une période de crise et les budgets sont regardés au millimètre. Je n’ai pas encore entendu parler de série ou de programme en 3D. Cependant, il y a cinq ans, personne ne croyait à la télévision accessible sur les téléphones portables. Et aujourd’hui, c’est chose courante.  Comme dans tout changement majeur, il faut laisser le temps aux acteurs de l’audiovisuel de s’adapter à ces nouvelles pratiques.


Les moyens technologiques sont-ils au point ?

En ce qui concerne la diffusion, les techniques ne datent pas d’hier. La vision 3D repose sur le principe de stéréoscopie qui consiste à montrer à l’œil droit et à l’œil gauche, deux images différentes. Le cerveau reconstitue ensuite l’objet qui est perçu en relief par le spectateur. Mais pour cela, les salles doivent s’équiper d’un projecteur numérique, d’un polariseur ou d’un boîtier émetteur et de lunettes spéciales (voir encadré). Grosso modo, l’ensemble complet avoisine les 80 000 euros. Pour la production proprement dite, les choses se compliquent.


C’est nettement plus coûteux…

Oui. Il faut des logiciels adaptés aux effets spéciaux 3D. Nous maîtrisons parfaitement les techniques d’effets spéciaux sur le 2D. Mais en 3D, nous avons encore beaucoup de progrès à faire. Il faut apprendre à détourer des personnages pour masquer certains détails. Il faut maîtriser le mouvement en 3D. C’est tout l’espace que l’on doit appréhender. Et, il n’existe pas encore d’outils clefs en main sur le marché. Nos ingénieurs ont dû développer des systèmes maison adaptés à nos besoins. De plus, les ordinateurs doivent supporter des calculs très lourds et très longs. La réalisation d’un effet peut demander parfois des jours en temps de calcul.


Quelles sont les contraintes dans la réalisation des films en 3D ?

La manière de concevoir un film est totalement changée. C’est dès l’écriture du storyboard (dessins représentant les plans à tourner) qu’il faut se décider à se lancer. Le 3D relief requiert deux storyboard différents : un pour l’œil droit et l’autre pour l’œil gauche. Il faut également concevoir tout le film dans des angles différents. Le Full animation (mélange d’acteurs réel et de personnage 3D virtuel) demeure très compliqué à réaliser. Il faut utiliser plusieurs caméras qui filment la même scène sous des angles différents. Depuis deux ans, on voit apparaître sur le marché professionnel des ''doubles caméras''. Il s’agit d’un système qui permet de filmer simultanément l’œil droit et l’œil gauche. Et bien évidemment, tout cela à un coût non négligeable. Il faut compter 30 % de budget supplémentaire.


La France semble en retard par rapport aux Etats-Unis ? Pourquoi ?

En France, un film d’animation coûte 20 millions d’euros. Et il est très difficile de convaincre les producteurs de rallonger la facture de quelques millions.  Les producteurs américains n’ont pas de problème de budget.  Ils n’hésitent pas à mettre 150 millions d’euros sur la table pour des projets audacieux. Avec la seule diffusion sur le territoire, ils arriveront à rentrer dans leur frais. Cependant, je suis confiant dans le talent français. Nous avons de formidables compétences graphiques et de très bonnes écoles. Nous arrivons à travailler avec les américains qui reconnaissent notre savoir-faire. Mais pour réaliser nos rêves, nous devons être efficaces tout en ayant des prix compétitifs.

Propos recueilli par Jessy Picard


 

 

 

 

 

 

 

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