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Cellules souches : le vivant à portée de main

DIANA SEMASKA redaction@industrie-technologies.com

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Cellules souches : le vivant à portée de main

PHILIPPE MENASCHÉCHIRURGIEN AU CENTREHOSPITALIERGEORGES POMPIDOU

© BSIP ; D.R.

Avec les cellules souches, les biotechnologies suscitent de grands espoirs pour les industriels de la pharmacie, des cosmétiques et de la chimie. Mais jusqu'où doit-on laisser les laboratoires exploiter des cellules humaines vivantes ? La révision, ce mois-ci, de la loi de bioéthique française doit revoir certaines limites à ne pas dépasser. Il s'agit de maîtriser les risques de dérives... sans fermer la porte à d'indéniables promesses. Éléments d'explication sur les enjeux de cette loi.

Peut-on autoriser les industriels à utiliser des cellules humaines, de surcroît gratuites, pour leur business ? Pour faire quoi exactement ? Peut-on se priver du potentiel des cellules souches dans l'industrie et au nom de quoi ? La révision ce mois-ci de la loi de bioéthique doit répondre à ces questions centrales et redonner les limites à l'utilisation des cellules souches. Très convoitées par les industriels de la pharmacie, de la cosmétique, voire de la chimie, les cellules souches, peu ou pas différenciées, donnent déjà naissance, in vitro, à de la peau, des cellules cardiaques ou rétiniennes. Avec l'espoir, un jour, de pouvoir réparer des organes ou tester l'effet, sur le corps humain, de toute nouvelle molécule. Sauf qu'aucune cellule souche n'a encore offert tous les gages de sécurité. Et de surcroît leur utilisation soulève des problèmes éthiques.

TESTER LE VIVANT À VOLONTÉ

Imaginez chaque molécule, destinée à la pharmacie, à la cosmétique ou à la chimie, testée à volonté sur des cellules humaines, avant d'être mise sur le marché. C'est l'un des objectifs des recherches sur les cellules souches. « Les cellules humaines sont des modèles bien plus précis que les animaux vivants, sur lesquels les tests sont très longs et coûteux », rappelle Isabelle Diaz, directrice de recherche en biotechnologies chez Les entreprises du médicament (LEEM), organisation professionnelle regroupant les industriels de la pharmacie en France.

Le laboratoire Roche, notamment, semble avoir compris l'intérêt de ces cellules miracles pour créer de nouvelles molécules médicamenteuses et réaliser des tests in vitro à haut débit . « Ses chercheurs apprennent à différencier des cellules souches embryonnaires en d'autres plus spécialisées », assure Sébastien Duprat, responsable des partenariats du laboratoire de l'Institut des cellules souches pour le traitement et l'étude des maladies monogéniques (I-Stem).

À terme, les cellules souches issues d'embryons humains pourraient, en laboratoire, être transformées en cellules du coeur, du foie, du cerveau... Il suffirait de leur insérer des gènes anormaux pour produire des lignées de cellules malades. Produites en masse, elles serviraient de cobayes aux industriels de la pharmacie pour mettre au point les médicaments de demain.

Les promesses des cellules souches semblent infinies. Elles pourraient permettre de vérifier l'innocuité des produits cosmétiques. Des réserves de molécules pourraient aussi être constituées, telles que l'insuline, . « Cette molécule soignant le diabète serait alors disponible à plus grande échelle », explique Serge Braun, directeur de l'Association française contre les myopathies (AFM). Autre exemple, l'équipe du chirurgien Philippe Menasché, du centre hospitalier Georges Pompidou, a créé des cellules précurseurs du coeur avec l'espoir de créer des thérapies contre l'insuffisance cardiaque.

DES CRAINTES DE DÉRIVES

Mais toutes ces promesses cachent des failles. Pour les applications médicales, les greffes à base de cellules souches seront accompagnées de thérapies immunosuppressives pour éviter les rejets, « ce qui fragilisera les patients », pointe Philippe Menasché. Surtout, les cellules embryonnaires ont tendance à former des tumeurs... que l'on ne sait pas contrôler.

Sur le plan éthique, la question sensible du statut de l'embryon n'est pas tranchée. Un point reste en suspens : à partir de quand considérer qu'un embryon est un individu à part entière, ne pouvant être exploité ? Pour l'Église catholique, dès la fécondation entre un ovule et un spermatozoïde, il y a individu. « Beaucoup d'États choisissent le quatorzième jour après la fécondation, lorsque la formation de jumeaux est devenue impossible », répond Sébastien Duprat.

En France, la loi de bioéthique interdit pour l'instant leur utilisation, à l'exception de quelques laboratoires. Ces rares élus peuvent les utiliser à trois conditions : que les embryons soient issus de procréations assistées, qu'ils n'entrent plus dans aucun projet parental et... qu'ils soient importés. Cette dernière condition laisse de côté « quelque 2 500 embryons surnuméraires conçus chaque année en France », estime Claude Burlet, professeur au Comité consultatif national d'éthique (CCNE).

Autre crainte de dérive : « les sociétés privées peinent à comprendre qu'on ne peut pas faire de bénéfices sur des embryons donnés gratuitement par les parents », note Claude Burlet. Sans parler du danger réel, commun à tout type de commerce, d'apparition d'un marché noir de cellules souches embryonnaires.

L'AVENIR AU GÉNÉTIQUEMENT MODIFIÉ ?

Une solution se dessine depuis peu, mais sans totalement convaincre. C'est la cellule souche pluripotente induite (SPI). Le principe : on force une cellule adulte à revenir au stade embryonnaire, en lui transférant des gènes de virus. Actuellement, on arrive « à reprogrammer une cellule sur 100 000 », estime Sébastien Duprat. Bon point : pour les nouvelles thérapies, « le risque de rejet du greffon est quasi-nul, puisqu'il s'agit d'une des propres cellules du patient », se réjouit David Sassoon, directeur du projet européen de recherche sur les cellules souches Endostem. Mais elles ne résolvent pas entièrement le casse-tête éthique. D'abord, il existe un risque de clonage dans la mesure où, à partir des cellules d'un individu, on peut créer un génome identique. Mais, en plus, les cellules IPS sont censées éviter le recours à l'embryon. Or, pour comprendre leur fonctionnement, les chercheurs réclament le droit d'étudier les cellules embryonnaires. Le serpent se mord la queue. C'est à la loi qu'il reviendra de le maîtriser.

cL'ENJEU

La loi de bioéthique française date de 2004 Elle interdit toute recherche menée sur l'embryon, sauf sous certains critères, tels que la finalité thérapeutique ou l'absence d'autre voie de recherche menant à des fins équivalentes. Les dérogations, valables durant cinq ans, doivent être renouvelées pour que les recherches puissent se poursuivre. D'après la synthèse d'une mission d'information parlementaire, réalisée en 2009, la future loi, dont la révision est prévue pour juin 2010, devrait assouplir les conditions d'autorisation des recherches sur l'embryon. Leur finalité ne se limiterait plus à des perspectives thérapeutiques, mais plus généralement « médicales ». Les dérogations ne seraient également plus à renouveler tous les cinq ans.

De quoi parle-t-on ?

L'intérêt majeur des cellules souches est leur capacité à se transformer en cellules spécialisées. Les premières utilisées ont été les cellules souches adultes. On les trouve dans un nombre limité d'organes (foie, sang, moelle osseuse...), qu'elles régénèrent partiellement après un dommage. Mais leur nombre et leur capacité à se transformer sont limités. Les espoirs reposent désormais sur les cellules souches embryonnaires, trouvées jusqu'à 8 jours après la fécondation, multipliables à l'infini et différenciables en tout type de cellules. Les pluripotentes induites (SPI), créées à partir d'une cellule adulte déprogrammée en lui insérant des gènes viraux, paraissent semblables aux cellules souches embryonnaires.

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