Nous suivre Industrie Techno

La semaine de Jean-François Prevéraud

Carrur allie tradition et modernité

Industrie et  Technologies
Ce sous-traitant mixe astucieusement artisanat de luxe et chaîne de développement numérique pour satisfaire au mieux les exigences de la clientèle de la haute joaillerie. Il en profite aussi pour faire évoluer ses salariés vers plus d'autonomie et de resp


Le monde de la haute joaillerie est très discret, surtout lorsqu'il s'agit d'entrer dans ses coulisses et plus encore s'il s'agit de sous-traitants. Aussi ma visite à Stéphane Marescaux fût-elle exceptionnelle, d'autant plus que la société Carrur et les hommes qui la dirige sortent vraiment des sentiers battus.

Carrur est un prestataire de services d'une douzaine de personnes travaillant pour tous les grands noms de la bijouterie, de la joaillerie, de l'horlogerie et du flaconnage de luxe. Il intervient dans les processus de création, de développement, de prototypage, voire de fabrication en très petites séries, sur des pièces uniques ou pour la mise au point de nouvelles collections.



« Notre milieu est, lui aussi, confronté à une montée de la concurrence asiatique dans le bas et le milieu de gamme. Au début cela à été pour la fabrication, aujourd'hui ils conçoivent aussi les bijoux qu'ils réalisent. Heureusement le savoir-faire, le savoir-vivre et la culture française restent la référence dans les domaines du haut et du très haut de gamme. Mais ce n'est pas une raison pour nous endormir sur nos lauriers. Nous devons en permanence innover pour conserver notre avance. C'est ce que j'ai voulu faire en créant Carrur avec Joachim Garcia, voici cinq ans ».

Les deux compères après avoir passé une quinzaine d'années dans les plus grands ateliers de la Place Vendôme ont décidé de se lancer à leur propre compte, l'un apportant son savoir-faire de bijoutier-joaillier, l'autre celui de sertisseur. Et ils ont misé tout de suite sur les outils numériques pour les aider dans leur démarche, alors que l'ensemble de la profession était encore dubitative sur les apports d'une telle technologie.

D'Amapi à SolidWorks

« J'ai approché la CAO il y a une dizaine d'années avec le logiciel Amapi de Yonowat. Un véritable outil de créateur, mais qui avait beaucoup de mal à dialoguer avec les autres outils numériques. Aussi, bien que ce fut un véritable crève-cÅ“ur que de l'abandonner, je me suis mis à la recherche d'un outil "plus industriel", lorsque nous avons créé Carrur ».




Après avoir évalué plusieurs solutions, dont TopSolid de Missler Software et Rhino de McNeel, Stéphane Marescaux a porté son choix sur SolidWorks. « C'est le logiciel qui m'a semblé le plus intuitif à utiliser, sans passer par une formation lourde. De plus, j'ai compris tout de suite l'avantage que je pouvais tirer de l'outil de communication e-Drawing pour échanger et partager des projets avec mes donneurs d'ordres, qui n'étaient encore très ouverts à la CAO à cette époque. Enfin, le revendeur, Cadware, a su faire preuve d'une réelle écoute de nos besoins et s'est passionné pour notre métier ».

Carrur utilise aujourd'hui cinq licences de SolidWorks, une Premium et quatre Pro, ainsi que le logiciel Magics de Materialise Software pour s'assurer de la qualité du raccordement des surfaces avant le prototypage des modèles.

La joaillerie fait appel à une foultitude de métiers depuis le designer qui réalise les dessins gouachés à l'origine du projet jusqu'au sertisseur qui monte les pierres précieuses. « Et chacune des étapes, si elle est réalisée traditionnellement, peut laisser place à l'interprétation. L'utilisation d'une chaîne numérique évite ces interprétations, source d'erreurs et de perte de temps. Le 3D est un langage universel qui permet de créer, de transmettre et d'usiner des projets sans concessions ».

Stéphane Marescaux est aussi affirmatif sur les performances des outils numériques pour la création des projets : « la CAO fait aussi bien que la gouache au niveau des esquisses et apporte de la crédibilité à nos projets vis-à-vis de nos clients. Ils savent que ce que, nous leur proposons est réalisable et que nous ferons "bon du premier coup". De plus, le module PhotoWorks nous permet de leur présenter des images hyperréalistes de nos projets, ce qui est toujours important pour les décideurs. La CAO ne développe pas le produit à la place du créateur, mais permet de le faire progresser plus vite ».

Grâce à la CAO, Carrur peut vérifier dès les phases amont de la création d'un bijou qu'il sera réalisable. Il s'agit par exemple de valider l'assemblage des différents sous-ensembles le composant, de garantir la possibilité de soudure laser de certains éléments délicats ou de s'assurer des possibilités de sertissage des pierres sur la monture.

3D et prototypage rapide

D'ailleurs pour aller encore plus loin dans la matérialisation des projets et permettre à ses clients de faire des choix entre différentes options techniques, Carrur s'est aussi équipé de moyens de prototypage rapide. L'atelier dispose ainsi d'une machine de prototypage T66 de Solidscape, qui lui permet de réaliser des prototypes en résine pour évaluation, ainsi que par la suite les modèles en cire, qui serviront à la réalisation des pièces finales par moulage à la cire perdue. « Nous disposons aussi en Suisse, près de La Chaux-de-Fonds, d'un atelier de mécanique de très haute précision qui réalise des boîtes (ou carrur) de montres pour les plus grands horlogers helvètes. Il dispose de centres d'usinage 3 et 5 axes, ainsi que d'un tour à commande numérique et d'une machine de découpe à fil. Il peut aussi être amené à usiner tout ou partie des bijoux que nous créons ».






Du projet sous Photoworks à la monture finie
en passant par les différents sous-ensembles en prototypage rapide.




Chez Carrur, les développeurs et les bijoutiers-joailliers ne sont séparés que par une porte ... qui reste toujours ouverte. « Afin que tout le monde dans la société puisse bénéficier de l'apport de la chaîne numérique, tous nos projets sont systématiquement pris en charge par un binôme. Ainsi, le développeur propose des solutions techniques qui tiennent compte des capacités de production de l'atelier et qui sont immédiatement validées par ceux qui seront chargés de la fabrication. Cela nous permet d'avoir un développement harmonieux et cohérent, tant au niveau de la société, que des produits et des salariés ».

Cela apporte aussi un peu d'air frais dans un métier qui a été jusqu'à maintenant très hiérarchisé et cloisonné. « Grâce au numérique, chacun peut exprimer, valider et présenter ses idées, et devenir ainsi force de proposition, sans crainte des conséquences "d'un plantage" ». Et pour aller encore plus loin dans la responsabilisation de ses salariés, Stéphane Marescaux va présenter avec eux les projets aux clients.

S'étonner soi-même

Il y a de plus en plus de gens riches à travers le monde, qui demandent des bijoux sur mesure. Il est même courant qu'ils réutilisent les même pierres en changeant régulièrement leurs montures pour suivre l'évolution des goûts et de la mode. « L'argent n'est plus dans la fabrication mais dans la capacité à concevoir des bijoux novateurs toujours plus étonnants », constate Stéphane Marescaux.

C'est pourquoi Carrur envisage aussi de développer ses activités en travaillant pour d'autres secteurs du luxe. « Aujourd'hui les ténors de l'industrie du luxe veulent pouvoir proposer des gammes de produits complémentaires autour de leur activité principale. Un fabricant de stylos voudra aussi proposer des bijoux, un fabricant de bagages de luxe offrira du mobilier avec des pierres incrustées, etc. Nous pouvons, grâce à notre savoir-faire et à notre chaîne de développement numérique, les aider à aller dans cette voie. Comme nous sommes à l'écoute de leurs besoins actuels et les aidons à innover, nous pourrons les aider à développer ce qu'ils feront demain. Nos clients sont très ouverts et ne demandent qu'à être étonnés. Et le plus cadeau pour un créateur, n'est-ce pas de s'étonner soi-même ? ».

Bonnes vacances à toutes et à tous et rendez-vous à la rentrée

Pour en savoir plus : http://www.carrur.com

Jean-François Prevéraud, journaliste à Industrie & Technologies et l'Usine Nouvelle, suit depuis plus de 26 ans l'informatique industrielle et plus particulièrement les applications destinées au monde de la conception (CFAO, GDT, Calcul/Simulation, PLM...). Il a été à l'origine de la lettre bimensuelle Systèmes d'Informations Technologiques, qui a été intégrée à cette lettre Web hebdomadaire, dont il est maintenant le rédacteur en chef.




Bienvenue !

Vous êtes désormais inscrits. Vous recevrez prochainement notre newsletter hebdomadaire Industrie & Technologies

Nous vous recommandons

« Implant Files » : pourquoi les implants médicaux sont dans la tourmente

« Implant Files » : pourquoi les implants médicaux sont dans la tourmente

C'est un nouveau scandale sanitaire. Après l'affaire des implants mammaires « PIP », une enquête du[…]

IRT Saint-Exupéry : les nouvelles plateformes technologiques opérationnelles

IRT Saint-Exupéry : les nouvelles plateformes technologiques opérationnelles

Drone à hydrogène : le rêve de deux start-up françaises

Drone à hydrogène : le rêve de deux start-up françaises

[Photo Tech] L’impression 3D mobile de bâtiments

[Photo Tech] L’impression 3D mobile de bâtiments

Plus d'articles