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Cap sur l'intégration et la prévention

Sophy Caulier

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- En matière de détection d'intrusion, la tendance est clairement à l'intégration des dispositifs dans des systèmes intelligents afin de déclencher des actions le plus vite possible.

Dans le secteur, on parle d'intrusion ou de détection d'intrusion - ne dites surtout pas anti-intrusion, les acteurs du secteur luttent contre la confusion ! La détection d'intrusion consiste à surveiller un périmètre ou un volume et à y détecter l'entrée ou la présence d'un individu. L'information perçue par un capteur ou par un détecteur est ensuite transmise à une centrale qui déclenche une alarme sonore ou lumineuse. « Attention, détecter n'est pas protéger, précise d'emblée Thierry Cadoret, directeur général de GE Security. Un système de détection repère le passage d'une personne, une grille l'empêche de passer. La détection prévient, la protection retarde. »

Les principales familles de produits sont les détecteurs volumétriques et périmétriques, c'est-à-dire les capteurs infrarouges ou hyperfréquences, les centrales d'alarme, les transmetteurs, les alarmes sonores ou lumineuses. Ces technologies existent depuis déjà pas mal d'années. Elles ont bénéficié de l'apport de l'électronique qui a contribué à améliorer la qualité et la fiabilité des produits. Grâce à la transmission radio, ces produits se sont également progressivement affranchis du fil qui les reliait entre eux ou à la centrale d'alarme. Plus de la moitié des installations de systèmes s'effectuent actuellement en technologie sans fil.

La détection se fait de façon soit périmétrique - on détecte tout ce qui entre dans un périmètre donné - soit volumétrique - on détecte les mouvements dans un volume. Dans le premier cas, les capteurs sont en technologie infrarouge ou hyperfréquence ; dans le second cas, les systèmes combinent ces deux technologies.

Faire communiquer les systèmes entre eux

Ils sont de plus en plus souvent associés aux systèmes de contrôle d'accès. Quand le personnel est présent dans l'entreprise ou dans l'entrepôt, par exemple, le système identifie qui pénètre à l'intérieur des zones surveillées. La nuit ou durant le week-end, il détecte les intrusions dans certaines zones ou dans l'ensemble des bâtiments.

Bien entendu, les systèmes de détection d'intrusion sont différents selon que le site à surveiller est une plate-forme pétrolière, une agence bancaire, un terrain militaire ou un laboratoire de recherche. Sur les sites à très haut risque, il n'est pas rare de voir coexister plusieurs systèmes. Chacun connaît ainsi la partie qui le concerne, mais quelques personnes seulement connaissent l'ensemble des systèmes du site.

En ce qui concerne les technologies, la tendance est clairement à l'intégration des systèmes en un tout cohérent et efficace. « Les technologies sont aujourd'hui à un stade de fiabilité remarquable, constate Jean-Jacques Lepastourel, responsable des produits intrusion chez Siemens Security Systems. L'évolution actuelle consiste plutôt à faire communiquer tout ce qui existe. »

Il s'agit non seulement de faire circuler les données entre les systèmes de contrôle d'accès, de vidéosurveillance et de détection d'intrusion, mais également entre les nouveaux systèmes et ceux installés précédemment. « L'intégration des systèmes doit aussi en simplifier l'utilisation, ajoute Thierry Cadoret. Le fait d'utiliser le réseau TCP/IP de l'entreprise change beaucoup de choses. » L'exploitation des fonctionnalités d'Internet permet des applications plus simples. Il est, par exemple, possible d'établir un badge pour un nouvel employé et de le valider pour l'ensemble des sites de l'entreprise. De même, la numérisation des échanges et le déploiement des accès à haut débit sur les marchés tant des entreprises que des particuliers accélèrent l'adoption des systèmes.

Anticipation et prévention

Deux mots expliquent les changements en cours dans le domaine de la détection d'intrusion : anticipation et prévention. « Les systèmes de détection ont une limite importante, quand ils détectent une présence, la personne est déjà dans les lieux, explique Kéo Douang, président-directeur général de Securitas Systèmes. C'est comme pour la santé, guérir c'est bien, prévenir c'est mieux ! Et prévenir, dans le domaine de l'intrusion, c'est aller vers l'extérieur, détecter ce qui approche pour pouvoir anticiper une action. »

Ce mouvement vers l'extérieur des bâtiments à surveiller n'est pas sans poser des problèmes nouveaux. En effet, les systèmes actuels sont relativement simples : un capteur infrarouge ou hyperfréquence détecte un passage et transmet l'information à la centrale d'alarme. Là, un opérateur peut visualiser à l'aide d'une caméra ce qui a déclenché l'alarme et décider comment agir. À l'extérieur, il en va tout autrement. L'environnement est infiniment plus complexe. Les capteurs actuels ont été conçus pour fonctionner dans les conditions de température et d'humidité qui sont celles de l'intérieur des bâtiments. Pour placer des capteurs en extérieur sur des sites où la température chute, ou pour qu'ils fonctionnent normalement sous la pluie, il a fallu les reconcevoir et adapter leurs caractéristiques techniques (voir encadré ci-dessus).

L'extérieur pose surtout un problème de levée d'ambiguïté. Autrement dit, comment trier les vraies alarmes parmi tous les mouvements détectés. Un capteur placé près d'une fenêtre pour détecter les tentatives d'intrusion doit faire la différence entre une branche qui vient taper contre la vitre à cause d'un coup de vent, les rafales de pluie et le voleur qui tente de pénétrer dans les locaux. « L'environnement est très difficile à maîtriser, constate Kéo Douang. Ainsi, pour un capteur, une personne à 5 mètres est l'équivalent d'un chat à 1 mètre ou d'un oiseau à 30 centimètres... » Securitas a donc travaillé avec le laboratoire de recherche du fabricant japonais Optex pour mettre au point un capteur spécialement adapté à l'environnement extérieur.

L'adaptation du capteur ne suffit pas. La véritable solution consiste à combiner les technologies et à rendre le système "intelligent" grâce à du logiciel. Le capteur détecte un mouvement qui pourrait être une tentative d'intrusion. Il transmet l'information à la centrale qui active la caméra la plus proche. Celle-ci se positionne et capte l'image de ce qui a déclenché l'alarme. Un logiciel d'analyse d'images reconnaît s'il s'agit d'un chat qui a sauté sur la barrière ou d'une personne. « Cette combinaison, que nous appelons la cybersurveillance, permet d'évacuer automatiquement les fausses alarmes, poursuit Kéo Douang. L'opérateur n'est ainsi alerté que pour les vraies alarmes. »

Cette approche fait aussi évoluer les métiers. Il ne suffit plus de poser un capteur dans une pièce et de le relier à une centrale d'alarme. Des sociétés comme Diffus'Est se développent sur ce créneau. Cette jeune société a été créée par Joël Gestalder en 1993 à Saint-Dié (Vosges). D'abord alarmiste classique, Diffus'Est installe des systèmes d'alarme, essentiellement dans des entreprises, des boutiques ou des locaux commerciaux. « Le problème est que l'alarme est un système passif, explique Joël Gestalder. Une alarme ne retient pas le voleur, au mieux elle réduit les effets du sinistre, mais les secours arrivent toujours trop tard. »

Fort de ce constat, il s'est lancé dans le développement de produits innovants voilà maintenant trois ans. Avec le soutien de l'Anvar, il a mis au point des systèmes qui ne se contentent pas uniquement de détecter, mais qui repoussent ceux qui tentent d'entrer par effraction dans un lieu. Son principal produit crée un champ de force électrique dans une grille. Celui qui touche la grille ne ressent rien, mais s'il tente de la forcer ou de scier un barreau, il reçoit une décharge de 10 000 volts. Haute tension, mais faible intensité, ce courant ne tue pas, mais suffit à éloigner les malveillants. Diffus'Est travaille à l'adaptation de ce procédé à l'extérieur des volets.

Un marché en pleine croissance

La société a également mis au point un système de détection d'intrusion qui repousse les intrus en éjectant 500 m3 de gaz en 5 secondes. Ce gaz, à base d'huiles essentielles de piment et de poivre, s'élimine en une heure sans dépôt ni traces.

Le marché de l'intrusion bénéficie de "l'effet sécurité" qui a fait suite aux attentats du 11 septembre, mais sa croissance est compensée par la baisse du prix des équipements. Constitué de fabricants de matériels et d'installateurs ou de systémiers, le marché est particulièrement atomisé. Depuis quelques années, des acteurs comme General Electric (GE) ou Siemens ont procédé à de nombreuses acquisitions afin de constituer des branches d'activités dans ce domaine. Les plus petits acteurs, et notamment les alarmistes qui ne font que des installations d'alarmes, risquent de disparaître progressivement. Déjà, les membres du Groupement des industries de matériels électroniques de sécurité (Gimes) spécialisés dans l'intrusion, treize sur trente-deux membres, représentent quelque 70 % du marché français du matériel.

« Ce marché a été de 132 millions d'euros en 2003, précise Éric Bertrand, délégué général du Gimes. Si l'on y ajoute le marché des installations, il triple ! Mais sa croissance reste de quelques pour-cent. » Le Gimes évalue à 2 millions le nombre de systèmes installés en France, pour moitié dans des entreprises, pour moitié chez des particuliers. Le nombre d'installations est de 160 000 par an.

Les coûts des systèmes varient de quelques milliers d'euros par an pour une simple télésurveillance à 100 000 euros par an pour un système complet de "cybersurveillance". « Mais quelle que soit la solution retenue, il s'agira toujours d'un complément à la sécurité physique », conclut Thierry Cadoret. En effet, un système ne remplacera jamais l'humain, il est là pour l'assister.

ATTENTION !

- Le voltage d'un dispositif de détection d'intrusion n'est pas limité, mais l'intensité l'est ! La limite est de 5 joules et la durée de l'impulsion ne doit pas dépasser 75/100e de seconde. - Un système n'est jamais relié à la gendarmerie ou à la police, mais toujours à une centrale de télésurveillance, au domicile ou au téléphone portable du propriétaire ou du patron...

DES PRODUITS ET DES SOCIÉTÉS CERTIFIÉS

Les produits de détection d'intrusion et les sociétés qui les installent font l'objet de certifications délivrées par le Centre national de prévention et de protection (CNPP). - Dans ce domaine, la certification relève d'une démarche volontaire, contrairement à d'autres domaines de la sécurité comme l'incendie, par exemple, où elle est obligatoire. - Les certifications sont différentes pour les produits (labels NF et A2P) et pour les sociétés installatrices (Apsad). Les candidats à la certification déposent un dossier auprès du CNPP, qui est doté d'un laboratoire d'essais. Le processus dure de six à neuf mois pour un produit, de trois à six mois pour une entreprise. - Le CNPP a délivré 480 certifications NF-A2P à des produits, dont 120 à des produits en technologie radio (sans fil), et 220 certifications Apsad à des entreprises.

NE SURTOUT PAS NÉGLIGER L'ÉTUDE PRÉALABLE

- Un dispositif de détection d'intrusion doit vivre avec le bâtiment ou le site surveillé. Pour cela, il faut procéder à une étude détaillée du site et des besoins, en tenant compte du contexte et surtout du temps qui passe. Souvent, en effet, l'étude se fait un peu à la hâte et de façon théorique. C'est ainsi que l'on découvre qu'au printemps, la porte d'entrée est masquée par les feuillages, ou que la porte du nouveau bâtiment déclenche le système d'alarme à chaque fois qu'on l'ouvre car elle coupe un faisceau qui avait été installé quelques années plus tôt. - De même, si des personnes sont autorisées à pénétrer la nuit dans un bâtiment pour une période donnée, le temps d'un projet par exemple, il faut actualiser le système à l'issue de cette période pour rétablir les contrôles.

DÉTECTER À L'EXTÉRIEUR IMPOSE DES ADAPTATIONS

- La tendance qui consiste à détecter des intrusions à l'extérieur des bâtiments surveillés, sur la totalité d'un site comme, par exemple, une raffinerie ou un parking de camions, pose quelques problèmes qu'il a fallu résoudre. Les capteurs fonctionnent en effet dans des conditions de température qui sont celles des locaux fermés. Pour l'extérieur, il a fallu améliorer leur résistance. Il existe aujourd'hui des capteurs supportant des températures de 50 °C. - Mais c'est surtout dans la qualification de l'événement détecté que des progrès ont été faits. Un système qui détecte un mouvement doit qualifier ce mouvement avant de déclencher le système d'alarme : s'agit-il d'un individu qui tente d'escalader un mur ou d'une branche qui tape contre une fenêtre pendant une tempête ?

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