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Cancer : révolution thérapeutique, urgence éthique

Cancer : révolution thérapeutique, urgence éthique

© National Cancer Institute

Pierre Tambourin, directeur général du Génopole et membre de l'Académie des Technologies, a livré en exclusivité à Industrie & Technologies son analyse sur les enjeux de la révolution thérapeutique en cours dans le traitement du cancer. Les progrès de la biologie moléculaire et de la génétique permettent en effet d'envisager une ère de traitement à l'échelle de la cellule voire de ses constituants plutôt qu'à l'échelle de l'organe. Pour que les soignants puissent intégrer les bénéfices de ces travaux, encore faut-il se saisir rapidement des enjeux éthiques associés, plaide Pierre Tambourin.

Une véritable révolution se profile dans l'approche thérapeutique des cancers. La médecine moléculaire et génétique progresse, détrônant progressivement, pour partie, la médecine d'organe. Cette perspective implique que les questions éthiques associées soient rapidement tranchées.

Dans sa définition la plus classique, un cancer résulte toujours de la multiplication anormale de cellules de l’organisme qui se développent en des sites et dans des conditions où  les cellules normales ne le feraient pas. Selon la nature de la cellule cancéreuse (cellules du sein, intestinales, du sang, etc…) on classe les cancers et on les traite selon leur caractère histologique et morphologique, c’est-à-dire selon l’apparence de la tumeur observée au microscope. Cette caractérisation morphologique et le degré d’extension de la tumeur conditionnent la décision thérapeutique.

Ce comportement anormal des cellules cancéreuses est dû à l’accumulation d’anomalies génétiques (mutations) qui surviennent dans les cellules de l’organisme au contact d’agents mutagènes chimiques, (tabac), physiques (rayonnement, UV) ou à des erreurs commises par la machinerie cellulaire stimulées par des hormones ou d’autres agents physiologiques ou externes. Ce phénomène nécessaire d’accumulation d’anomalies génétiques dans le temps explique pourquoi le cancer peut n’apparaître qu’après de longues années de développement silencieux, peu perceptible, et que le nombre de ces cancers augmente rapidement avec l’âge.

Depuis la découverte, à la fin des années 70, de ces gènes impliqués dans l’apparition des cancers (oncogènes), les recherches se sont orientées massivement vers la caractérisation moléculaire des tumeurs humaines et la fonction de ces gènes à l’état normal. Plusieurs centaines d’entres eux ont été ainsi caractérisés, dont certains sont très fréquemment impliqués soit dans un type tumoral, soit dans plusieurs types tumoraux. En parallèle, industriels et chercheurs académiques ont essayé de définir de nouvelles approches thérapeutiques spécifiques de chacun de ces gènes, et parfois spécifiques de l’anomalie moléculaire trouvée dans ce gène. Aujourd’hui, plusieurs dizaines de médicaments sont soit déjà utilisés chez l’homme, soit en cours de validation, avec l’espoir d’une meilleure pertinence (ils ne seront utilisés que si le gène cible est altéré), d’une meilleure efficacité, d’une moindre toxicité et aussi d’un moindre coût puisque ne seront utilisés que les médicaments pertinents.

Ces progrès augurent d'une généralisation de la possibilité de mettre en place une prise en charge à l'échelle non plus de l’organe mais fdes constituants de la cellule. Ceci suppose, cela va de soi, que l’on puisse obtenir aisément, et à un prix acceptable, la séquence du génome du malade concerné et celle (ou celles) de la tumeur. Cette échéance est désormais prévisible à moins de trois ans. Encore faudra-t-il que nos hôpitaux se transforment rapidement pour intégrer ces nouvelles technologies dans leur pratique quotidienne et que les questions éthiques soient posées en amont...c’est-à-dire immédiatement.

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