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CALCUL INTENSIF LA FRANCE SE RÉVEILLE

Franck Barnu

Le pôle mis en place par Teratec a pour objectif de remettre la France au meilleur niveau en matière de simulation numérique. Une affaire de compétitivité pour les entreprises.

L'encre est à peine sèche. Teratec a démarré officiellement le 16 août dernier. En fait le projet, avait été initié, il y a quelque temps déjà, par le CEA avant d'être relancé par Christian Saguez, président de l'association Teratec et éminent spécialiste du calcul intensif. Son objectif : « Donner à la France un rayonnement mondial en simulation numérique hautes performances. » Autour de Bruyères-le-Châtel (Essonne), ce technopôle de calcul intensif est aujourd'hui devenu une réalité.

Au coeur de ce pôle, un imposant centre de calcul : les machines installées offrent déjà quelque 8 téraflops (soit une capacité de traitement de 8.1012 opérations en virgule flottante par seconde). Cela le place dans le "Top 500" des supercalculateurs (le classement des 500 installations les plus puissantes dans le monde). Et il vise les 100 TFlops à brève échéance ! Une puissance colossale mise à la disposition de l'industrie.

Outil stratégique pour l'industrie

Surtout, comme le souligne Christian Saguez, ce qui distingue Teratec des grands centres de calcul mondiaux est qu'il n'est pas seulement... un centre de calcul : « Il s'agit en fait de développer, en Ile-de-France, un technopôle regroupant industries, recherche et entreprises autour de la simulation numérique. »

Pourquoi cette initiative ? Elle part d'un constat : depuis quelques années, la puissance de calcul installée en France stagne. En Europe, la Grande-Bretagne, l'Allemagne - et même l'Espagne -, nous dépassent largement. Il y a d'autant moins de quoi pavoiser que l'Europe est elle-même à la traîne : si l'on prend comme référence le fameux Top 500, les États-Unis s'en arrogent 40 %, contre 20 % seulement pour l'Europe.

Ne pas disposer des plus puissants calculateurs du monde, est-ce bien grave ? Oui répond sans hésitation l'Académie des technologies dans un récent rapport* : « Le classement du Top 500 n'est pas un objectif, mais un indicateur. Et le décalage qu'il indique est suffisamment marqué pour que cet indicateur ne soit pas récusé. »

En réalité, ce que révèle par ricochet cet indicateur est le problème de la simulation numérique. Elle est devenue un outil stratégique pour l'industrie. Elle est au coeur des développements des industries de pointe - aéronautique, microélectronique, automobile, biotechnologies..., sans parler naturellement du nucléaire civil ou militaire - et elle diffuse dans le tissu industriel. Les équipementiers de l'automobile ou de l'aéronautique, par exemple, sont de plus en plus appelés à en faire un outil de prédilection.

Or, selon certains, dont l'Académie des technologies, l'avenir tout entier de la simulation numérique dépend de la capacité à effectuer aujourd'hui les simulations les plus avancées : « Les modèles, qui seront d'usage courant 2010, seront fondés, pour une large part, sur ceux que l'on expérimente aujourd'hui », explique le rapport de l'Académie. Moralité, pour que l'équipementier français lambda dispose demain d'outils ad hoc, il faut développer maintenant les outils les plus puissants qui soient. D'où la création de Teratec. C.Q.F.D.

On mesure d'ailleurs dès aujourd'hui le différentiel de compétitivité qui peut résulter d'un retard en matière de calcul intensif : IBM indique, par exemple, avoir loué à "un industriel" la puissance de son supercalculateur de Rochester : 50 TFlops utilisés à plein pour un calcul de simulation qui a duré cinq semaines ! Qui, en Europe, peut s'offrir cela ?

Qui dit simulation numérique de pointe dit, bien sûr, supercalculateurs hyperpuissants, mais également logiciels de très haut niveau et... services aux entreprises désireuses d'exploiter les uns et les autres.

Bruyères-le-Châtel mise sur tous les tableaux avec une double ambition : offrir dès maintenant aux entreprises (y compris les PME) des outils et des services performants et développer ceux du futur.

Cette initiative, s'inscrit dans le pôle de compétitivité mondial de l'Ile-de-France (Systematic sur les systèmes complexes) et a déjà lancé deux projets dans ce cadre. Le premier Fame2 est mené par un "revenant" qui revient d'ailleurs très fort dans le calcul scientifique : Bull (il développe notamment le maxi supercalculateur du CEA pour la simulation nucléaire). Fame2 vise à mettre au point un "noeud" de calcul de 2 TFlops pour les clusters de grande puissance dans le cadre d'une nouvelle génération de serveurs.

Le second projet, IOLS, est coordonné par un autre français, CS. Il développe les technologies de simulation des systèmes complexes, en intégrant des échelles de différents niveaux et le couplage de phénomènes physiques. Il s'appuie sur deux plates-formes, celle de Dassault Systèmes et d'Open Cascade.

Et l'Europe dans tout cela ? Il va sans dire que Teratec ne l'oublie pas et ambitionne de devenir un pôle européen pour le calcul intensif (délaissé du 6e PCRD). C'est tout le mal qu'on lui souhaite.

(*) Enquête sur les frontières de la simulation numérique, mai 2005. Disponible à : www.irisa.fr/orap/Publications /AcaTec-resume_Simulation.pdf

LES MEMBRES DE TERATEC

Reprenant une idée de CEA, Teratec, association loi de 1901, a été créée en avril dernier. Ses membres sont : - Bull, HP, Communication et Systèmes (CS), Distene, Dassault Aviation, Snecma, EDF, CEA, IFP ; - L'École centrale de Paris, l'Université de Versailles - Saint-Quentin, l'Institut national des télécommunications d'Evry, l'ENS Cachan ; - Les communes de Bruyères et d'Ollainville et la communauté de communes de l'Arpajonnais, dans l'Essonne.

l'impact

L'initiative de Teratec devrait avoir un impact sur : - L'industrie informatique française, en relançant son activité dans les domaines matériels, logiciels et services en calcul intensif ; - L'industrie, côté utilisateurs de la simulation, en fournissant, y compris aux PME, les moyens de calcul et les logiciels qui lui font défaut pour assurer sa compétitivité.

UN PÔLE POUR LA SIMULATION HAUTES PERFORMANCES

Teratec ambitionne de développer, autour de Bruyères-le-Châtel (Essonne) en Ile-de-France, un vaste technopôle regroupant industries, recherche et entreprises autour de la simulation numérique. Intégré au pôle de compétitivité "Systematic",

il vise en particulier à : 1. Développer un centre de calcul hyperpuissant ouvert aux industriels Il est déjà équipé : - D'une machine Bull de 2 TFlops ; - D'une machine HP de 1 TFlop ; - De machines du CCRT (CEA) offrant 5 TFlops. L'objectif est d'offrir 40 à 50 TFlops à la fin 2006 et d'atteindre rapidement les 100 TFlops ! 2. Favoriser la recherche en matière de calcul intensif - L'École centrale de Paris, l'Université de Versailles - Saint-Quentin, l'Institut national des télécommunications d'Evry, et l'ENS Cachan effectuent des recherches. - Deux grands projets sont lancés : Fame2, sur une machine très haute performance (chef de file Bull), et IOLS sur les outils pour la simulation multiphysique et multiéchelle (CS). 3. Favoriser le développement de services et de produits par les entreprises Deux entreprises partenaires sont déjà installées - CS qui fournit de la prestation de services autour du calcul intensif. - Distene, qui développe des pré- et post-traitements.

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