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C'est l'usage qui détermine l'innovation

Propos recueillis par Franck Barnu
- Au sein de Minatec, le vaste pôle d'excellence grenoblois en micro- et nanotechnologies, un tout petit laboratoire : le Minatec Ideas Laboratory. Petit, mais unique en son genre, du moins en France. Il récuse l'innovation « poussée par la technologie » et fait de l'usage le point de départ de sa réflexion en matière de R&D. Son directeur général, Michel Ida, explique la motivation et la pratique de cette « conception orientée usage ».

Industrie et Technologies : L'originalité de votre laboratoire est de faire travailler, à parts à peu près égales, des technologues et des spécialistes des sciences humaines. Quelles sont les raisons de ce choix ?

Michel Ida : L'Ideas Laboratory est né officiellement en 2004. L'idée clé est que les nouvelles technologies - micro-, nano-, biotechnologies et technologies de l'information - induisent des ruptures importantes. Pour les produits qui nous intéressent - les objets intégrant des logiciels embarqués qui communiquent entre eux et interagissent avec l'environnement -, les possibilités d'innovation sont quasi illimitées. On est en territoire inconnu.

Pour innover en ayant une chance de rencontrer un marché, il faut donc anticiper les besoins, c'est-à-dire partir des utilisateurs, de leurs attentes, regarder la façon dont ils réagissent pour tenter d'inventer le produit ou le service qui leur conviendra. Sauf exception, dans ces domaines, partir de la technologie pour créer une innovation est souvent voué à l'échec.

Il va de soi que nous avons besoin d'ingénieurs. Étant partie prenante du pôle Minatec, nous avons accès à un formidable réservoir de technologies. Mais c'est grâce à l'apport des sociologues, des ergonomes, des spécialistes de la créativité et des sciences humaines que nous sommes capables de mieux comprendre et, on l'espère, d'anticiper les attentes des utilisateurs.

L'objectif est de définir un produit qui ait du sens pour l'utilisateur. Cela tout en prenant en compte les énormes réticences que suscitent aujourd'hui ces technologies.

I. T. : Vous êtes une toute petite structure. Comment travaillez-vous ?

M. I. : Le laboratoire en lui-même est limité à sa plus simple expression. Il compte huit partenaires permanents, industriels [CEA, France Télécom, STMicroelectronics, Essilor, Rossignol, Teamlog] et académiques [université Pierre-Mendès-France et université Stendhal] qui définissent avec nous les projets. Des comités mensuels décident des grandes orientations, passent en revue les projets et l'état de leur avancement. Nos partenaires détachent l'équivalent de quinze personnes par an sur notre plateau. Nous avons ainsi environ 60 personnes présentes à temps partiel.

I. T. : Comment s'articule le travail des "technologues" et des "sociologues" ?

M. I. : Le Laboratoire est organisé autour de trois activités. L'activité "créativité" est pilotée par des physiciens et sociologues. Ici, les utilisateurs sont impliqués dans la production d'idées d'innovation. L'activité "maquette" est naturellement sous la houlette des ingénieurs. Enfin, l'activité "usage" est du ressort des sociologues. On y estime la valeur de l'innovation à partir de tests : sociologie, économie, ergonomie...

I. T. : Jusqu'où menez-vous un projet ?

M. I. : Nous travaillons actuellement sur une quarantaine de projets, tous avec un horizon de moins de cinq ans. Notre objectif est de parvenir à un prototype ou une maquette que nos partenaires industriels transformeront en produit.

À ce propos, une remarque importante : nous sommes très attentifs à arrêter un projet dès qu'il ne répond pas aux attentes. Ce n'est pas sans poser des sérieux problèmes de management car, pour les équipes, c'est extrêmement frustrant. Mais c'est fondamental.

I. T. : Et le financement ?

M. I. : Nos huit partenaires cotisent chacun entre 50 000 à 150 000 euros par an. Lorsqu'un projet a atteint le stade de la maquette, il est alors possible de recourir à un financement externe - réseaux nationaux, Europe, région, etc. - pour aller plus loin.

I. T. : Typiquement, comment se déroule un projet ?

M. I. : Prenons l'exemple du stylo qui reconnaît l'écriture. Une enquête auprès d'utilisateurs nous a montré que les produits existants qui utilisent la technologie d'Anoto [reconnaissance d'une trame de points sur le papier via une caméra intégrée au stylo] ne séduisent pas. Trop gros. Trop encombrants. Et, surtout, nécessitant un papier spécial.

Partant de là, des réunions de créativité nous ont permis d'imaginer un autre concept de stylo. Toutes les études quantitatives et qualitatives auprès d'utilisateurs permettent d'affiner encore l'idée.

C'est ainsi que nous sommes arrivés à un prototype de stylo qui exploite notre savoir-faire technologique en matière de capture de mouvement. De taille normale, ce stylo doté de micro-accéléromètres permet, aujourd'hui, la reconnaissance automatique de signature.

I. T. : Votre laboratoire est très jeune. Comment envisagez-vous son avenir ?

M. I. : Une des vocations de ce plateau d'innovation est de fournir une porte d'entrée aux technologies développées au sein de Minatec. Je pense ainsi que nos partenaires n'ont pas vocation à rester à vie en relation avec nous. Le labo devrait connaître une rotation régulière d'industriels, sur des projets de l'ordre de trois à cinq ans.

Cela dit, je ne pense pas qu'à un instant donné, on puisse aller au-delà de vingt partenaires, sous peine de bloquer le mécanisme.

LES CHIFFRES CLÉSLe laboratoire en bref

- Vocation : imaginer des objets et services communicants intégrant logiciel, micro-, nano- ou biotechnologies - Effectif : En moyenne sur l'année 60 personnes à temps partiel - Budget : chacun des partenaires apporte "entre 50 000 et 150 000 euros"

vous lisez un article d'Industries & Technologies N°0873

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