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BRUXELLES SOUTIENT DIX PROJETS VISIONNAIRES

Michel Le Toullec et Thierry Mahé

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La Commission européenne vient d'annoncer les dix premiers projets retenus dans le cadre du volet Nest sur les "sciences et technologies émergentes" du 6e PCRD. Ces ambitieux projets concernent essentiellement les biotechnologies, la chimie et la microscopie.

Le programme européen IST (technologies de l'information) et celui consacré aux nanosciences comportaient déjà des aspects visionnaires. Mais Nest « est le premier programme, financé par l'Europe, entièrement dédié aux technologies émergentes », se félicite Paul Jamet, chargé de mission aux affaires européennes au ministère de la Recherche. Qui plus est : sujet libre ! Les thèmes sont en effet identifiés par les chercheurs eux-mêmes. Dans le cadre de Nest (doté d'un budget de 215 millions d'euros pour 2003-2006 dans le cadre du 6e PCRD, la Commission européenne a reçu 182 propositions succinctes. Elle en a d'abord sélectionné vingt-huit et en a retenu seulement dix.

La France en bonne place

Seuls critères de sélection : l'aspect fondamentalement novateur et ambitieux des sujets, mais aussi la prise en compte de l'impact, c'est-à-dire des retombées les plus larges possibles, ainsi que du risque de non-faisabilité, des alternatives technologiques à prévoir... « Un projet peut fort bien se conclure par le constat que c'était une impasse... Contrairement à un projet classique, Nest n'est pas tenu d'accomplir ses promesses, ni de déboucher sur un prototype », souligne Paul Jamet.

Nest se structure en trois volets : Adventure, Insight et Pathfinder (pour ce dernier, voir encadré).

Adventure constitue le coeur du programme. Comme son nom le suggère, il s'agit d'explorer de nouveaux territoires de la connaissance humaine. Insight, quant à lui, met l'accent sur le risque que peut induire l'émergence d'une technologie, d'une science, d'un phénomène. « Le SRAS aurait très bien pu faire l'objet d'un projet Insight. Tout comme une technologie révolutionnaire, mais susceptible de supprimer des milliers d'emplois », précise Paul Jamet.

Bonne nouvelle, la France tient bien son rang. Sur les dix premiers projets retenus pour un financement en 2004, six comptent des partenaires français.

Même si un seul de ces projets est coordonné depuis l'Hexagone : EA-Biofilms, mené par le CNRS à Toulouse (auquel participe aussi le CEA). Ce projet vise à exploiter des micro-organismes électro-actifs susceptibles de former des membranes et de se "brancher" sur des surfaces conductrices pour en extraire l'énergie électrique. Ces micro-organismes pourraient catalyser et contrôler des réactions chimiques et déboucher sur de nouveaux biocapteurs.

L'université de Bretagne occidentale (Brest) est, quant à elle, partenaire du Bioplasma. L'objectif est de mettre au point des technologies plasma à basse température pour la création de surfaces biocompatibles ou bioactives pour implants médicaux. L'université Louis-Pasteur (Strasbourg) est partenaire du projet Elcat visant à produire des substances chimiques à partir de CO2 et d'hydrogène dans des conditions de réactions douces. Ce projet exploitera les propriétés de sélectivité de taille de membranes nanoporeuses et les fonctions catalytiques de métaux nobles. Thales participe au projet Atom 3D dont l'objectif est de manipuler des atomes avec des lasers. Le but est de mettre au point des techniques du type "pinces optiques" pour pouvoir localiser, déplacer ou piéger des entités allant de l'atome au virus en passant par la séquence d'ADN. Saint-Gobain est partenaire du projet Ina qui a pour ambition de multiplier par cinquante la résolution des microscopes atomiques à hélium (passant de 1 à 0,02 micron).

Tous ces projets à participation française font partie du volet Adventure. La France est présente dans un seul projet du volet Insight : l'Institut pour la recherche et le développement (IRD) participe ainsi au projet Porgrow. Il s'agira de produire une nouvelle forme d'information "sociotechnique systématique" sur l'obésité, reposant sur une cartographie de ce problème de santé publique.

Le premier programme de "Biodéfense"

Quatre des dix projets retenus ne présentent pas de participation française. Le programme Biodéfense (du volet Adventure) vise à induire une immunité en cas d'attaque biologique. Le principe est de créer des anticorps à partir de lactobacilles (modifiés génétiquement) vivant dans le tractus gastro-intestinal. Ingérer de tels micro-organismes permettra alors à la muqueuse intestinale de produire ces anticorps. Quant au projet Adventure "The Optical Nose" porte, lui, sur la détection de gaz à l'état de trace pour le médical. Il s'agira d'élaborer un système d'analyse utilisant le laser pour la détection rapide de marqueurs spécifiques de maladies dans l'haleine.

Les deux autres projets font partie du volet Insight. Chiraltem a pour ambition de concevoir la prochaine génération de microscopes électroniques. Les partenaires vont établir une méthode de mesure du dichroïsme chiral (absorption de photons polarisés circulaires) applicable à l'analyse des propriétés magnétiques sous une surface ou de couches multiples d'un matériau. Enfin, Perforce vise à créer des moyens d'évaluer la prévalence et l'incidence possible des hydrocarbures perfluorés sur la santé humaine.

Bref, comme le souligne Philippe Busquin, commissaire européen chargé de la recherche, avec Nest, « la science-fiction d'hier est devenue la science d'aujourd'hui ».

l'impact

Le programme européen Nest (New and emerging sciences and technologies) impulse les technologies futuristes au coeur de la recherche européenne jusque-là en retrait par rapport aux États-Unis, riches de "laboratoires vitrines" comme le MIT ou le Caltech. - Il crée les conditions d'une (nécessaire) multidisciplinarité entre sciences dures, sciences du vivant et sciences humaines. - Il introduit un aspect prévisionniste dans son volet Insight, consacré au risque. Risque au sens le plus large, technologique, mais aussi, humain et social.

UN MOIS POUR RÉPONDRE AU DERNIER APPEL D'OFFRES !

- Après les projets Adventure et Insight, la Commission européenne a créé un troisième volet : les initiatives Pathfinder pour lesquelles l'appel à propositions se clôt le 14 avril 2004. Il s'agit d'actions ciblées à plus large échelle dont le financement sera particulièrement généreux. - Un budget de 35 millions d'euros sera alloué à environ six projets au total dans trois catégories : - La biologie synthétique - La signification de l'humain - La résolution de la complexité en science. (Renseignements : www.cordis.lu/nest/pathfinder.htm)

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