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Branchez vos produits sur internet : des internautes par milliards

Voici la troisième vague d'Internet. Elle promet des milliards d'internautes. Qui sont-ils ? Ce ne sont plus des individus mais des machines qui n'ont rien à voir avec les technologies de l'information. Elles profitent de la capacité de communication offe

Avouez que lorsque vous entendez parler d'un four à micro-ondes ou d'une machine à laver connectés à Internet vous ne pouvez pas vous empêcher de sourire. " Et pourquoi pas Internet sur ma friteuse ? " pensez-vous. Ce scepticisme est de bon aloi. Ces applications ont effectivement à faire la preuve de leur intérêt.

Cela dit, ces exemples lourdement médiatisés sont malgré tout significatifs de la nouvelle révolution (une de plus...) que provoque Internet : celle de la connexion généralisée au Net de tous types d'équipements et de machines. Celle de l'Internet "embarqué" dans les produits. Elle a déjà bien commencé et promet pour demain des milliards d'"internautes". Les frigidaires et autres fours à micro-ondes n'en représenteront qu'une infime partie...

Révolution ? Stella Yoon, PDG de cStar Technologies, une jeune société canadienne spécialisée dans la connexion d'équipements industriels au Net, préfère parler de "troisième vague Internet". Pour elle, " la connexion des micro-ordinateurs a constitué la première vague. La deuxième est celle dont on parle le plus aujourd'hui. Elle concerne les téléphones mobiles Wap, les assistants personnels numériques communicants, la télévision interactive, etc. La troisième vague qui arrive maintenant est créée par des équipements qui n'ont plus rien à voir avec les technologies de l'information : compteurs, alarmes, distributeurs automatiques, automatismes... C'est l'Internet industriel.

" Les appareils industriels constitueront, à n'en pas douter, un fort contingent d'appareils propres à alimenter cette troisième vague. Ils ne seront pas les seuls. Loin de là. La liste des candidats à "l'internetisation" est immense. Sans parler des téléphones et assistants personnels, outils "informatiques" pour lesquels cette connexion est "naturelle" ; pensez aux appareils photos numériques, aux climatiseurs, aux télécopieurs. Aux appareils ménagers, parcmètres, systèmes de péage, machines de bureau (copieurs, imprimantes, machines d'affranchissement automatique...). Aux baladeurs, terminaux points de vente, distributeurs de billets de banques, alarmes de sécurité...

Tous - et bien d'autres encore - ont peu ou prou un profit à tirer de leur branchement sur le réseau. Un profit, quel profit ? Celui d'exploiter la capacité de communication que donne la connexion au Web. Ce n'est qu'une affaire d'imagination de découvrir de quelle façon tel ou tel produit, a priori totalement étranger à un destin d'internaute, pourrait bénéficier d'une telle aptitude au dialogue. Car du point de vue technique, toutes les solutions existent et, souvent, à un faible coût. Que la connexion soit filaire ou sans fil.

Beaucoup ont déjà engagé cette réflexion. Selon Marc-Lionel Gatto, fondateur de MLG Consulting, cabinet d'intégration de nouvelles technologies, tous les grands groupes industriels (Thomson, Schlumberger, Philips, Whirpool...) sont en train de définir leurs stratégies dans ce domaine. Chez Sony par exemple, on prête particulièrement attention à Internet et aux réseaux à large bande, comme le futur téléphone mobile UMTS. " Deux phénomènes qui vont influencer la conception des produits de demain ", affirme Philippe Poels, directeur général de Sony France qui précise qu'à terme, " tous les produits du groupe offriront une plate-forme d'accès à ces réseaux ".

Télérelevé, maintenance, télécommande

cStar Technologies se focalise, lui, sur les distributeurs automatiques, particulièrement développés en Amérique du Nord. Ils offrent, selon la start-up canadienne, le premier débouché de masse. Deux fabricants américains, Dixienarco et Royal, intègrent déjà sa technologie dans leurs distributeurs de boissons.

Il existe deux grandes façons d'exploiter la connectivité à Internet. Certains produits s'inspirent de l'ordinateur. Doté d'un navigateur (un browser), ils offrent sur un écran LCD un accès au contenu sur le Web. C'est évidemment le cas pour les assistants personnels numériques, les téléphones mobiles ou les Webphones. C'est vrai aussi pour des appareils ménagers comme le réfrigérateur Screenfridge de e2Home (société commune à Electrolux et Ericsson) ou le four micro-ondes multimédia de NCR. Sur les trois nouvelles machines à café de Lavazza destinées à être installées dans les entreprises, deux sont munies d'un grand écran.

Cela dit, la plupart des produits se contenteront d'un Internet embarqué "léger". Une approche probablement plus prometteuse (voir encadré), plus simple à mettre en oeuvre et, en tout cas, qui donnera naissance à la plus vaste population de ces nouveaux internautes. Ici, ni écran, ni navigateur. Internet est une ressource invisible, utilisée pour des fonctions telles que le télérelevé, la maintenance, la télécommande et la communication.

Appareils autonomes

Ainsi, sur les distributeurs automatiques, comme l'une des trois machines à café de Lavazza, lnternet sert essentiellement à la maintenance. En cas de panne, le service de maintenance est prévenu en temps réel. Grâce à cette information, la machine peut être remise très vite en marche. En minimisant le temps d'indisponibilité, les exploitants de ces appareils pensent réaliser de substantielles économies.

Autre approche pour les terminaux de poche comme les baladeurs audios ou les livres électroniques. Ils dépendent du réseau mondial pour leur alimentation en contenu. Internet les rend autonomes. Ils téléchargent de la musique ou des livres directement, n'importe où et n'importe quand, sans qu'il soit besoin de la médiation d'un micro-ordinateur.

Les appareils photos numériques bénéficieront d'un avantage similaire. Aussitôt saisie, la photo peut être transmise, en s'affranchissant du recours à un PC. Pour les équipements industriels, l'intégration d'Internet obéit le plus souvent à des besoins de télécommande ou de maintenance. Via Internet, les onduleurs de Socomec par exemple, peuvent être gérés de façon centrale depuis la console d'administration du système d'information de l'entreprise.

D'autres idées ? À vrai dire dès qu'un produit incorpore un tant soit peu d'électronique, il serait dommage de ne pas penser à la façon dont il pourrait bénéficier de la toute nouvelle capacité à communiquer que lui offre Internet. Rappelez-vous, les années quatre-vingt avaient vu naître le mot d'ordre "mettez de l'électronique dans vos produits". Un programme du ministère de l'Industrie (le programme "Puce") avait même été lancé à cette fin pour aider les entreprises à sauter le pas. Vu le rythme auquel les produits internetisés arrivent, on peut croire (en tout cas espérer) qu'il ne sera pas besoin d'une autre initiative gouvernementale pour inciter les entreprises à passer à l'étape suivante : mettre Internet dans les produits qu'elles ont, hier, "électronisés". F. B. ET R. L.

" COMME L'ÉLECTRICITÉ, INTERNET SERA PARTOUT "
Marc Berrebi est PDG et cofondateur de eDevice, une start-up entièrement dédiée à l'Internet embarqué. Il ne croit pas trop à des produits internetisés avec écran et navigateur tel que le réfrigérateur Screenfridge de e2Home. " Cela revient à intégrer un véritable PC, ce qui augmente le prix de l'appareil de plusieurs centaines de dollars. Autant acheter un micro-ordinateur... "
Ce spécialiste de l'industrie des logiciels, qui a auparavant co-fondé Com6, une société spécialisée dans les centres d'appels Web, penche plutôt pour l'Internet embarqué léger qui ne coûte que quelques dizaines de dollars. " Dans ce cas, Internet constitue une simple ressource utilisée, d'une façon transparente pour l'utilisateur, à des fins de diagnostic, de commande ou de mise à jour. "
Il sera enfoui et invisible
" A l'image de l'électricité, inventée pour l'éclairage mais aujourd'hui présente dans tous les produits ou presque, il s'incrustera dans tous les appareils de notre univers sans que l'on n'y prête attention. Parce qu'il sera invisible, on continuera peut-être à assimiler Internet avec le PC, comme on assimile encore l'électricité à la lumière, mais il sera partout. " Selon Marc Berribi, les premiers produits à enfouir Internet, seront les compteurs, les automates industriels, les machines de bureau, les distributeurs automatiques, les postes de péage et les parcmètres. Viendront ensuite des produits grand public comme les appareils photo numériques, les baladeurs MP3 ou les caméscopes. R. L.

ILS INTÈGRENT DÉJÀ INTERNET !
Du secteur grand public à celui des équipements industriels, des produits ou matériels ayant adopté des outils de communication Internet, sont déjà disponibles. Avec toutes sortes de fonctions de services...

GRAND PUBLIC
Le réfrigérateur d'Electrolux
Avec le Screenfridge, le multimédia entre dans la cuisine. Le concept est développé par e2Home, une société mixte créée pour l'occasion par le constructeur suédois d'électroménager Electrolux et son compatriote dans les télécoms Ericsson.
Sur une ligne à 2 Mbit/s
Il intègre dans sa porte un véritable micro-ordinateur, avec un grand écran LCD tactile en couleurs et un navigateur Web spécifique. Les membres de la famille peuvent se laisser des messages vocaux, électroniques ou vidéo. Pendant que l'on prépare son repas, on peut se distraire en écoutant la radio, en regardant la télévision ou en consultant les prévisions météo. Faire les courses en ligne, dénicher des recettes de cuisine ou gérer les provisions sont autant d'autres possibilités offertes. L'appareil effectue lui-même les courses en ligne et en avertit l'utilisateur sur un PC ou un téléphone mobile. Depuis septembre 2000, le Screenfridge est en test auprès de 50 foyers danois à Ballerup par l'opérateur TeleDanemark. Il est connecté par une ligne à 2 Mbit/s en technologie ADSL. R. L.
Autres exemples
Margherita.com de Merloni, le four à micro-ondes de NCR, la chaîne hi-fi de Sharp, l'appareil photo numérique de Ricoh, le vélo électrique de EV Global Motors...

DISTRIBUTEURS AUTOMATIQUES
La machine à café de Lavazza
Elle réclame de l'eau et avertit le service de maintenance quand elle tombe en panne. La nouvelle machine à café Espresso Point de Lavazza utilise Internet pour envoyer un message sur un PC ou un téléphone mobile. Installée dans les entreprises, les hôtels ou les centres d'expositions, elle fonctionne comme un distributeur automatique. Les capsules de café qu'elle consomme constituent le vrai produit de Lavazza.
Or une panne d'une journée représente un manque à gagner d'environ 5 000 francs pour la société italienne. Internet permet donc de remettre rapidement la machine en état de marche.
Un écran pour offrir des services en plus
C'est aussi l'opportunité, grâce aux différents messages reçus, de cerner les habitudes et les besoins des utilisateurs. Le projet d'intégration a été confié au cabinet MLG Consulting à Paris. Le choix s'est porté sur la technologie SmartStack d'eDevice consolidée sur une puce DSP. Mais comme la machine ne comportait pas d'électronique, on a créé un circuit imprimé plus petit qu'une carte de crédit. La machine existe en trois versions : G1 sans écran, G2 et G3 avec écran. Elle remplacera progressivement les 600 000 machines installées actuellement dans le monde. R. L.
Autres exemples
La borne photographique Digital Portals for Photos de Kis.
Les distributeurs de boissons de Dixienarco et Royal...

BUREAUTIQUE
Les télécopieurs de Sagem
Tous les télécopieurs de Sagem, y compris les appareils à usage personnel, intègrent Internet. Ils profitent de ce média bon marché pour la transmission économique de fax à l'international. Ainsi, pour le prix d'une simple communication locale, on peut envoyer des télécopies à l'autre bout du monde.
Avec message vocal
Au lieu de transiter par le réseau téléphonique, le document est transmis via le Net. Il est reçu sur un autre télécopieur PhoneFax de Sagem ou directement sur le micro-ordinateur du destinataire comme fichier attaché à un message électronique. Pas besoin d'un PC pour recevoir un mél. Le télécopieur l'imprime comme une télécopie. On peut y répondre soit par fax, soit par message vocal qui sera écouté par le destinataire sur son micro-ordinateur multimédia. Le message vocal transite comme un mél par Internet. R. L.
Autres exemples
Les imprimantes chez HP (pour la commande automatique de cartouches), des copieurs numériques chez Canon ou le vidéoprojecteur EasyMP.net chez Epson.

INSTRUMENTATION
Les analyseurs de Fisher-Rosemount
Outre leur faculté de réaliser des mesures en ligne sur les installations de production, l'analyseur Raman et le chromatographe en phase gazeuse de Fisher-Rosemount révolutionnent la gestion des informations. Si leur fonction première est bien l'analyse industrielle, ils peuvent aussi fonctionner comme un serveur. Ce dernier fournit des diagnostics instantanés, des alarmes et des informations sur le procédé, quel que soit le lieu où l'on se situe, pour peu qu'il soit accessible à Internet avec la facilité d'utilisation d'une page Web. L'analyseur se connecte à un réseau local par un port Ethernet.
Autres exemples
Les oscilloscopes TDS 7000 de Tektronix et Ultima 500 de Gould. En connectant l'instrument au réseau Ethernet, l'opérateur peut rechercher des informations sur Web ou envoyer un message.

AUTOMATISMES
L'automate de Schneider Electric
Imaginez que vous êtes à Paris, et que depuis n'importe quel ordinateur connecté à Internet vous puissiez consulter l'état d'une machine installée dans une usine à l'autre bout du monde.
Récupérer des données
Avec le Momentum M1E de Schneider Electric, c'est désormais possible. Intégrant une interface Ethernet standard, cet automate accède au réseau Internet via un serveur Web embarqué. Depuis un navigateur Internet, les utilisateurs peuvent obtenir des informations pertinentes concernant l'automate au travers d'une interface graphique conviviale. A partir de celle-ci, il est possible de récupérer les paramètres de configuration de l'automate, l'état des entrées/sorties et des registres, des valeurs statistiques de fonctionnement, des diagnostics et les configurations des entrées/sorties distribuées. Des mises à jour logicielles peuvent également être téléchargées à travers le réseau Internet. Y. B.
Autres exemples
Le variateur de vitesse Altivar de Schneider avec carte Ethernet intégrée, la passerelle D180 FipWeb d'Alstom avec micro serveur web embarqué pour la surveillance via Internet de capteurs et d'actionneurs connectés au bus de terrain WorldFip.

MACHINES OUTILS
La commande numérique d'Hurco
La commande numérique UltiMax Interactive conçue par Hurco se connecte à Internet grâce au système SmartNet pour échanger des fichiers de programmation et réaliser des diagnostics, la surveillance et le pilotage à distance des machines-outils. Disponible depuis septembre 2000, cette commande numérique intègre des logiciels de communication et de traitement de données propriétaires UltiNet et UltiOpen. Elle accède au réseau Internet grâce à un modem intégré et une carte réseau LAN/WAN. M. S.
Autres exemples
D'autres constructeurs proposent Internet sur leurs machines-outils (en option ou en configuration normale) : les centres d'usinage UGV Hypersonic 1400L de Mazak, UGV A55e de Makino et M-V70E-FM de Mitsubishi ainsi que la machine à mécanisme parallèle Cosmo Center PM 600 d'Okuma.

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