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C’est pas nouveau, quoique !

Borgward revient sur le devant de la scène

Borgward revient sur le devant de la scène

Le petit-fil veut se montrer digne du passé d'innovateur de Carl Borgward.

© DR

54 ans après sa disparition, le constructeur automobile allemand renaît de ses cendres. Le petit-fils entend s’inspirer de l’ADN d’innovation de son grand-père pour, rien que moins, réinventer l'écosystème social automobile.

A l’opposé du modernisme à tout crin qui se démode très vite, l’une des astuces des responsables marketing est de surfer sur la vague de nostalgie de la seconde moitié du XXe siècle en proposant des produits «premium», positionnés comme de véritables icones.

C’est ainsi que l’on a vu resurgir au Salon international de l’automobile de Genève 2015 la marque Borgward. Même s’il faudra attendre la Salon de Francfort en septembre pour voir un premier véhicule, Christian Borgward, petit-fils de Carl Friedrich Wilhelm Borgward, fondateur de la marque mise en sommeil en 1961, nous annonce son intention de lancer au moins deux nouveaux modèles de véhicules haut de gamme par an sous cette marque.

Un petit retour historique sur cette marque oubliée s’impose.

A la fin de la Première guerre mondiale, le fabricant de radiateur automobile Bremer Kühlerfabrik Borgward se lança dans la fabrication d’un petit véhicule utilitaire urbain économique à trois roues, le Blitzkarren. Ce fut un succès tel que Carl Borgward filialisa l’activité en 1928 sous le nom Goliath-Werke Borgward & Co, une entreprise qui continua à fabriquer des utilitaires à trois roues jusqu’en 1961.

Pour occuper le segment du marché d’entrée de gamme, Carl Borgward fit l’acquisition en 1929 de la marque Hansa-Lloyd Werk née en 1908 pour fabriquer des véhicules utilitaires et particuliers électriques, puis à pétrole.

Place à l’innovation

Après la Seconde guerre mondiale, Carl Borgward, ingénieur passionné par l’automobile, décida de relancer ses activités avec la construction de voitures haut de gamme et de camions, non plus sur les bases des véhicules d’avant-guerre, mais avec des idées innovantes. C’est ainsi qu’il lança sous la marque Borgward, la Hansa 1500 en 1949, qui fut le premier véhicule en Europe à adopter la ligne «ponton» née aux Etats-Unis. Il compléta en 1952 son offre avec la Goliath GP 700E, une berline deux portes à moteur deux temps, qui fut la première voiture équipée de l’injection directe développée par Bosch. Une innovation qui permettait de réduire de 30 % la consommation du gourmant moteur deux temps. Dès 1953, il proposa la Hansa 2400, une voiture à boîte de vitesses automatique, équipement popularisé aux Etats-Unis dès 1939 par General Motors avec l’Hydro Matic Drive. Cette boîte de vitesses à trois rapports équipée d’un convertisseur de couple était un développement propre à Borgward.


               L'Isabella, la voiture qui séduisit 200 000 clients

En 1954, Borgward lança l’Isabella, dont les performances à la limite de celles des voitures sportives de l’époque, ainsi que le design fonctionnel, sobre et cossu séduisirent plus de 200 000 clients, avec un engouement particulier pour les lignes du coupé et du cabriolet. Puis en 1959, alors qu’il était le troisième constructeur automobile allemand, Borgward sortit la P100, une berline de luxe dotée d’un moteur 6 cylindres de 2,3 litres et d’une suspension pneumatique, une première en Europe, qui venait concurrencer la Mercedes 220 SE et l'Opel Kapitän.

Aux côtés de Porsche, Ferrari et Jaguar

Parallèlement à cette aventure automobile, Borgward sortit de nombreux véhicules utilitaires, du léger tricycle urbain aux camions allant jusqu’à 4 T de charge utile. Il s’intéressa même au sport automobile en lançant des barquettes de compétition RS sur la base de la Hansa 1500 dont la puissance du moteur avait été doublée pour être supérieure à celle d’un Spyder Porsche, ce qui lui permit de gagner sa classe lors des 1 000 km du Nürburgring en 1953, pas très loin des Ferrari et autres Jaguar.


                                  La Hansa RS sur le cicuit berlinois de l'Avus en 1953

Les mêmes barquettes, dotées du moteur diesel de la Hansa 1800, atteignirent les 155 km/h et la vitesse moyenne de 140,72 km/h sur une distance de 2 000 km, records du monde de l’époque pour ce type de véhicules. Parallèlement, Borgward participait à la Panamericana et aux 24 Heures du Mans, avec des moteurs 1,5 litre à 4 soupapes par cylindre avec injection directe et double allumage tournant à 8 000 tr/min. Des moteurs qui furent montés en 1959 sur des Formule 2 Cooper emmenées à la victoire par Stirling Moss.

47 ans d’oubli

Malgré ces performances et cette constante volonté d’innovation, après avoir produit plus d’un million de véhicules et employé plus de 20 000 salariés, le groupe Borgward fut acculé à la faillite en 1961 et cessa toute production. Il passa peu à peu dans les oubliettes de l’histoire automobile.

Pourtant en mai 2008, le petit-fils de Carl Borgward, Christian Borgward, associé à Karlheinz Knöss, passé par Saab, General Motors et Daimler, a fondé à Lucerne (Suisse) la société Borgward AG pour le développement, la production et la commercialisation d’automobiles, de navires et d’aéronefs sous la marque Borgward. Ils sont aidés pour cela par le designer norvégien Einar Hareide, passé par Saab et Mercedes-Benz, avant de créer son propre studio.

L’idée de Borgward est de s’appuyer sur l’ADN historique de la marque en termes d’innovation et de performances, afin de le transposer dans les valeurs et les technologies d’aujourd’hui. « Le progrès n’est pas seulement axé sur la technologie, il est profondément humain, et les utilisateurs sont le point focal de toutes les solutions techniques », explique Christian Borgward. Pour cela, Borgward a essayé depuis 7 ans d’analyser les réelles attentes des consommateurs sur l’ensemble de la planète dans une société en pleine mutation où le concept de mobilité même change radicalement. L’objectif étant de proposer des véhicules ‘‘différents’’ à chaque client pour lui conserver le plaisir de «conduire».

L’Isabella du XXIe siècle !

Borgward affirme ainsi ne chercher rien de moins qu'à réinventer l'écosystème social automobile. Il ne veut plus d’une communication à sens unique avec le consommateur. Il veut l’intégrer dans le process de R&D. Il ne veut plus fournir une voiture, mais un objet accessible à tous, qui est un assistant personnel, un compagnon, un amuseur, un fournisseur d’informations, un surveillant de la santé, etc. et qui permet aussi de se déplacer. En un mot l’Isabella du XXIe siècle !

Et ça, c’est nouveau !

Jean-François Prevéraud

Pour en savoir plus : http://www.borgward.com

Découvrez l'histoire et le retour de Borgward en cliquant ici.

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