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BONFIGLIOLI CHANGE DE VITESSE

Thomas Blosseville

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BONFIGLIOLI CHANGE DE VITESSE

variateurs de vitesse - L'Allemagne possède la seule usine du groupe. Avec son acquisition en 2001, le groupe a réalisé ses premiers pas dans l'électronique.

© D.R.

Le fabricant italien de motoréducteurs dope son outil industriel pour investir dans l'électronique. Il veut désormais offrir des solutions électromécaniques complètes.

Parmi les boutiques de souvenirs de l'aéroport de Bologne, trônent des modèles de la scuderia Ferrari et des motos Ducati... Mais y figurent aussi en bonne place, des vitrines de motoréducteurs ! Ceux de Bonfiglioli. Cette surprenante proximité d'exposition témoigne de l'implantation ancestrale de l'industriel transalpin dans le berceau historique de la mécanique italienne. C'est là qu'il amorce sa grande métamorphose. Le mécanicien réputé veut s'imposer dans la mécatronique et élargir son catalogue à l'électronique. Une profonde évolution qui passe par la mise en place de nouveaux moyens de production et de recherche.

L'industriel italien est pragmatique. Pour investir dans un nouveau métier, des moyens financiers lui sont nécessaires. Sa priorité reste donc d'augmenter la productivité de son activité traditionnelle, la fabrication de motoréducteurs, ce qui se traduit par une automatisation tous azimuts. D'autant que la demande pour ces produits est en forte augmentation.

La capacité de production a doublé

Le modèle suivi pour cette montée en puissance est celui de l'usine historique située à Bologne même. Elle monte chaque jour 5 000 réducteurs à roues et vis, via ses quatorze lignes semi-automatisées et même une ligne entièrement automatisée (avec une pièce toutes les quarante secondes !) Le site n'a conservé qu'une seule ligne manuelle pour les produits personnalisés.

Dernier investissement en date, l'usine de Vignola. À quelques kilomètres de Bologne, elle produit des motoréducteurs pendulaires, orthogonaux et hélicoïdaux. Elle a doublé sa capacité de production en un an. Dans ses ateliers, la lumière qui pénètre par les baies vitrées du plafond révèle sept magasins de stockage verticaux. Ils possèdent une journée et demi d'autonomie. Sept nouvelles cellules de montage sont aujourd'hui juxtaposées. Des masses orangées en mouvement et un discret ronronnement livrent le secret de ce gain de productivité : pour alimenter cette ligne, neuf bras robotisés ABB (huit à six axes et un à sept axes) ont remplacé les presses et les ponts roulants. Depuis un an, ils exécutent leur partition avec, en guise de chefs d'orchestre, seulement deux opérateurs programmeurs. En fin de ligne, huit postes de travail finalisent et contrôlent le montage. Au total donc, dix opérateurs, contre vingt auparavant, pour une production doublée grâce aux robots, à mille unités par jour. Les dix autres salariés ont été réaffectés vers des lignes de montage manuel (seulement 200 unités par jour), comme celles des réducteurs pour éoliennes ou bétonnières. Le montage suit la voie de l'automatisation. Celle de l'usinage est déjà bien avancée. C'est sur le site de fabrication de composants de Calderara que ça se passe. Cette troisième usine bolognaise de Bonfiglioli est spécialisée dans les couronnes, les pignons, les carters... Elle utilise des robots, mais depuis trois ans la nouvelle génération est installée. Et chaque année, Bonfiglioli y investit dans de nouveaux équipements. À l'intérieur d'un bâtiment installé en pleine campagne, la production tourne à plein régime. Le bruit sourd des 130 machines-outils se mêle aux senteurs d'usinage des aluminium, fonte, et autre bronze... La quantité d'huile de coupe est si importante - 34 000 litres dans le circuit ! -, qu'elle va être réutilisée après un passage en centrale de filtration. Près de 90 % des machines-outils y sont déjà automatisées, sans personnel, avec notamment une quarantaine de robots antropomorphes. L'usine travaille 24 heures sur 24 et produit quelque 4,5 millions de composants par an.

À Calderara, les investissements se poursuivent sans relâche. Par exemple, l'an passé, une machine-outil Mazak FH 6800 (à 180 outils), pour usiner les carters, en a rejoint deux autres (à 240 outils). Celles-ci avaient été achetées en 2001 autour d'un magasin commun à 38 palettes. Dans l'usine, de l'espace a déjà été libéré pour l'arrivée prochaine de nouveaux robots.

« Nous sous-traitons de plus en plus l'usinage ordinaire pour ne garder que des opérations délicates, comme le travail des dentures de couronnes ou d'arbres pignons », précise Fausto Carboni. Il est responsable d'un quatrième site de production, à Forli, toujours dans les environs de Bologne. Cette usine produit des réducteurs planétaires. Même si ses débouchés dans les machines BTP montrent de sérieux signes de ralentissement, ceux dans l'éolien restent très dynamiques. La capacité de production n'était pas suffisante. « De plus en plus grandes, les éoliennes réclament davantage de réducteurs. Par exemple, pour une puissance de 5 MW, trois sont nécessaires pour faire fonctionner l'hélice et huit autres pour son orientation », indique Fausto Carboni.

Dans ces ateliers, par exemple, une machine-outil Varinelli munie d'une broche de 1,5 tonne, usine la denture des couronnes de réducteurs. Elle dispose d'un bras de chargement ABB. Au total, le site est équipé d'une centaine de machines-outils et de 45 robots. Quant au montage, là où une heure est nécessaire en manuel pour les petites séries, il ne faut plus que trois minutes sur les lignes automatiques. Et les robots ne se contentent pas de monter les composants. Grâce à des caméras, ils contrôlent aussi le nombre de dents, la position des joints...

Ce n'est pas tout. Cette usine vient d'investir sept millions d'euros pour construire un bâtiment de stockage (lire page 67). Autrefois, le rangement se faisait ici et là, dans les allées. « On ne pouvait pas circuler ! », se souvient Sandro Tonnicchi, responsable pour le marché français. Grâce à l'espace libéré par le nouveau bâtiment, il est déjà envisagé d'installer d'autres lignes d'assemblage.

Intégrer l'électronique à la mécanique

En automatisant sa production, Bonfiglioli entend conserver sa fabrication de réducteurs dans son berceau historique. C'est à Bologne que le fondateur Clementino Bonfiglioli s'est lancé en 1956 dans les engrenages, une activité alors stimulée par la fabrication locale de motos. C'est également là qu'il s'est rapidement tourné vers les réducteurs à roues et vis pour les industries de la céramique et des machines à bois. Aujourd'hui, la région regroupe encore six des neuf usines du groupe. Si en 2007, la fabrication de réducteurs pour toupies bétonnières a été déplacée en Slovaquie, c'est par manque de place dans les usines nationales et pour qu'elles se concentrent sur les débouchés porteurs du moment, l'éolien en tête.

Le mécanicien italien voit désormais plus loin. Est-ce la façade de la cathédrale de Bologne - associant marbre et briques rouges - qui l'a inspiré ? Bonfiglioli veut désormais marier les savoir-faire. « Notre défi est d'intégrer l'électronique à la mécanique », confirme Sonia Bonfiglioli, fille du fondateur et directrice générale de la société. Le fabricant italien veut proposer des solutions électromécaniques complètes, associant ses réducteurs à des moteurs et des variateurs de vitesse. La croissance de son activité mécanique lui offre les moyens d'investir pour étoffer sa gamme.

Plus que jamais, l'innovation est donc une priorité. La R & D représente déjà 8 % du chiffre d'affaires, mais l'entreprise compte encore embaucher une dizaine d'ingénieurs par an. Toutefois, si la mécanique restera italienne, l'électronique passe par l'étranger. En 2009, Bonfiglioli ouvrira un site de recherche en Allemagne. « L'objectif sera d'étudier toutes les idées, des plus simples aux plus extravagantes, même si au final seuls 10 % des travaux débouchent sur des projets concrets », annonce Sonia Bonfiglioli. D'abord tourné vers l'électronique, ce centre complétera les cinq existants, l'un déjà situé outre-Rhin (pour les variateurs de vitesse), les autres à Bologne (pour les réducteurs), en Inde et en Chine (pour les réducteurs et moteurs électriques).

Pourquoi donc l'Allemagne devient-elle le poumon électronique de Bonfiglioli ? Depuis l'acquisition en 2001 de la société Vectron, l'entreprise y réalise l'essentiel de son activité électronique, un métier dans lequel elle veut désormais s'imposer. Et en matière d'innovation, elle entend s'associer avec les universités locales, davantage tournées vers la recherche que celles d'Italie.

Pour se diversifier, Bonfiglioli passe également sa production à l'international, mais uniquement l'électrique pour l'instant. L'an prochain, il démarrera ainsi une usine de moteurs au Vietnam. « Les terrains y sont meilleur marché qu'en Chine. Et surtout, les droits de douane y sont plus favorables pour le transfert de machines depuis d'autres usines du groupe », justifie Sonia Bonfiglioli. Six millions d'euros ont donc été investis pour l'acquisition d'un site de 15 000 mètres carrés. Bonfiglioli n'a pas traîné. En neuf mois, le projet a été bouclé, et les premiers tests de production débutent ce mois-ci. L'unité vietnamienne ne compte pour l'instant que cinquante personnes, mais elle a vocation à recruter à mesure que l'entreprise augmentera ses ventes de moteurs électriques.

Jouer la diversification de l'offre

Avec ces investissements, Bonfiglioli affirme sa stratégie de diversification. Bien sûr, l'industriel met toujours l'accent sur sa gamme de réducteurs, en particulier vers les fortes capacités (jusqu'à 74 000 Nm aujourd'hui, pour un objectif de 165 000 Nm). « Mais l'avenir est clairement dans la recherche de solutions globales », assure Emmanuel Volet, le responsable des ventes en France. Pour percer dans les automatismes, Bonfiglioli compte étoffer son offre de moteurs asynchrones et se lance même depuis un an dans les moteurs brushless. Il s'intéresse à leurs faibles dimensions et à leur inertie. Progressivement, il adapte les brides de ses réducteurs pour les rendre compatibles. C'est chose faite depuis septembre avec les versions à couple conique. Les coaxiaux devraient suivre d'ici au début de 2009.

Bonfiglioli mise beaucoup sur les variateurs de vitesse. « Nous avons augmenté les puissances, avec quatre nouvelles versions de 75 à 132 kW », rapporte Paolo Tondelli, responsable du groupe pour l'électronique. Le nouveau variateur Active Cube, disponible depuis le début de l'année, est capable de piloter aussi bien les moteurs asynchrones que les brushless, pour les opérations de positionnement (emballage, découpe rapide, machines spéciales...).

Déjà, Bonfiglioli lorgne sur de nouveaux produits. « Nous surveillons de très près les énergies renouvelables », révèle Sonia Bonfiglioli. L'éolien, évidemment, pour les réducteurs. Mais aussi le solaire, avec un convertisseur de puissance photovoltaïque récemment mis sur le marché. Si Bonfiglioli doit encore confirmer sa diversification, celle-ci incontestablement s'accélère. En attendant, non loin du circuit de Formule 1 d'Imola, ses usines italiennes de réducteurs tournent à plein régime. Pour le reste, Bonfiglioli est entré dans la course.

L'ENTREPRISE

Fabricant de réducteurs, moteurs électriques et variateurs de vitesse

- 9 usines, 5 centres de R & D - 610,8 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2007 (+ 22,5 % par rapport à 2006), principalement en Italie (27 %) et dans le reste de l'Europe (44 %) - 2 500 personnes, dont 100 en R & D - Des débouchés très diversifiés Textile, emballage, chimie, agroalimentaire, portuaire, énergie, BTP, céramique...

TROIS PRIORITÉS

1. Une production tous azimuts 2. Une R&D renforcée 3. Une gamme de produits élargie

UN IMPÉRATIF DE RANGEMENT

Face à l'explosion de la demande en motoréducteurs, Bonfiglioli a dû investir à Forli dans un nouveau bâtiment de stockage des composants. Ouvert depuis six mois, il contient pour l'instant 9 000 cellules de près de un mètre cube chacune. La configuration finale, attendue pour l'été prochain, en comprendra pas moins de 3 000 supplémentaires. L'ensemble est géré par le logiciel SAP et par quatre transtockeurs ; cinq à terme.

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