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Biostase : début des essais humains

Julien Bergounhoux

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Biostase : début des essais humains

Exemple d'une chambre de biostase dans le film Aliens.

La cryogénisation, enfin une réalité ? Pas vraiment. Mais des médecins s'apprêtent à lancer des essais de préservation du corps par le froid qui devrait permettre à des patients dans un état critique de survivre quelques heures supplémentaires, le temps de soigner leurs blessures et de les sauver.

Des essais pour placer des victimes de blessures par balle ou par arme blanche dans un état de stase vont bientôt commencer au centre de médecine de l'Université de Pittsburgh. Cette technique novatrice va permettre de donner plus de temps aux chirurgiens pour réparer les dégâts subis dans des cas où les blessures s'avèreraient mortelles.

Cette méthode n'est pas sans rappeler la cryogénisation, une technologie de préservation du corps surtout présente dans les œuvres de science-fiction, mais les chirurgiens au cœur de cette avancée préfèrent éviter le rapprochement et ont baptisé leur technique EPR-CAT (Emergency Preservation and Resuscitation for Cardiac Arrest from Trauma), qui signifie "préservation et réanimation d'urgence pour les arrêts cardiaques liés à un trauma."

Le procédé employé implique de remplacer le sang du patient par une solution saline froide qui fait rapidement baisser la température du corps et arrête pratiquement toute activité cellulaire. Il ne peut pas être effectué sur une personne morte depuis trop longtemps, mais si un patient est en train de décéder, il peut être placé dans un état de stase de cette manière, le temps d'opérer sur les blessures qui le nécessitent.

DES MÉCANISMES CONNUS

L'intéret de refroidir le corps est connu depuis longtemps. Lorsqu'il est en hypothermie, le corps humain consomme beaucoup moins d'oxygène car les réactions chimiques au niveau cellulaire ralentissent, ce qui permet aux tissus de ne pas se dégrader, même en l'absence de circulation sanguine (et donc d'oxygénation). Ainsi le patient peut survivre longtemps même si son cœur a cessé de battre, tandis qu'à une température normale de 37 °C le cerveau ne survit que 5 minutes sans être irrigué.

Des techniques existent d'ailleurs déjà pour refroidir le corps des patients avant certaines opérations du cœur ou du cerveau, à l'aide de pains de glace et en faisant passer le sang dans une machine qui le refroidit. Cela permet d'obtenir une période de 45 minutes pour opérer sans circulation sanguine, mais ce procédé est long et complexe. Il n'est pas applicable dans des cas d'urgence avec de fortes pertes de sang ou quand le cœur a déjà cessé de battre.

Cette nouvelle technique a d'abord été testée sur des porcs en 2000 par le Dr. Peter Rhee et ses collègues, et ces travaux ont donné lieu à plusieurs publications (voir ici et ). Le taux de survie des porcs traités de manière optimale (refroidis puis réchauffés progressivement, ni trop vite, ni trop lentement) fut de 90 %.

UNE BIOSTASE DE QUELQUES HEURES

Dans le cadre des essais humains, le patient devra avoir subi un arrêt cardiaque après un traumatisme, et les efforts pour faire redémarrer son cœur n'auront pas eu de résultat. Si ces conditions sont réunies, les membres de l'équipe de Samuel Tisherman seront appelés pour intervenir. Dans ce type de scénario, le patient aura probablement déjà perdu la moitié de son sang et aura la poitrine ouverte, un cas de figure pour lequel les chances de survie sont de moins de 10 %.

La première étape est d'injecter à l'aide d'un cathéter la solution saline par le cœur jusqu'au cerveau, couvrant ainsi les deux zones les plus vulnérables au manque d'oxygène. La température corporelle descend alors jusqu'à 10 °C en 15 min environ. A ce stade, le patient n'a plus de sang dans le corps, ne respire plus, et n'a plus d'activité cérébrale. Dans cet état, il n'y a quasiment plus de réactions métaboliques dans le corps et les cellules peuvent survivre sans oxygène. Le patient est débranché des machines et transporté vers une salle d'opération dans laquelle les chirurgiens ont environ 2 heures pour réparer les dégâts. Puis la solution saline est remplacée par du sang frais. Le cœur repart ensuite normalement tout seul, et le nouveau sang réchauffe lentement le corps du patient, évitant d'endommager les tissus par reperfusion myocardique.

La technique sera testée sur 10 personnes et comparée à un groupe de contrôle de 10 cas similaires qui n'auront pas été traités parce que l'équipe n'était pas disponible. Le procédé sera ensuite affiné et testé sur 10 autres cas, jusqu'à ce que les médecins aient assez de résultats pour pouvoir analyser les données. Il est peu probable que ce système permette une stase de plus longue durée à l'avenir, mais les quelques heures gagnées par son utilisation dans les urgences pourraient contribuer à sauver de nombreuses vies.

Ci-dessous une vidéo de Samuel Tisherman présentant la technique à l'aide d'un mannequin :

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