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Biologie + sciences de l'ingénieur : le duo gagnant

Propos recueillis par Franck Barnu
- Icône français de la recherche sous contrat, Bertin renaît de ses cendres en 1999 sous le nom de Bertin Technologies. Philippe Demigné, son président - et artisan du redressement -, explique le nouveau positionnement de la société de recherche sous contrat et, surtout, en quoi le secteur de la biologie et de la santé lui apparaît aujourd'hui comme stratégique.

Industrie et Technologies : Comment s'explique l'évolution de Bertin Technologies vers le conseil et la fabrication de produits ?

Philippe Demigné : Bertin était une pure société de recherche. Depuis son nouveau départ, en 1999, Bertin Technologies s'appuie sur trois activités : son métier traditionnel de recherche sous contrat, le conseil et la fourniture de petites séries de produits. La raison de cette évolution est très simple : une entreprise ne peut pas gagner sa vie en réalisant des moutons à cinq pattes ! Les problèmes qu'a connus l'ex-Bertin sont là pour le prouver. Nous avons donc choisi de conserver notre positionnement dans le domaine de l'innovation technologique, mais en intervenant à tous les niveaux de la chaîne de l'innovation, depuis l'analyse marketing jusqu'à l'industrialisation et la réalisation de nouveaux produits ou process.

I. T. : Quels sont, en France, les grands "consommateurs" de R&D ?

Ph. D. : Notre activité est répartie à parts à peu près égales entre la Défense, l'industrie et la santé. La Défense, malgré des budgets en dents de scie, reste un grand consommateur de R&D externe. Malheureusement pour nous, il n'en va pas de même pour l'industrie. En ce qui concerne la recherche sous contrat, l'industrie est, en France, d'une très grande timidité. Alors que les industriels anglo-saxons n'hésitent pas à acheter des développements technologiques clés en main, les français, à quelques exceptions près, sont très réticents à le faire. Il y a très peu de R&D externalisée - de l'ordre de 10 % - et le syndrome NIH [not invented here] reste très fort. Il y a également très peu de transactions autour des brevets. Il est ainsi très difficile de vendre de la R&D au juste prix à l'industrie, ce qui explique d'ailleurs les difficultés des entreprises hexagonales qui effectuent exclusivement de la recherche sous contrat...

En revanche, le secteur de la santé est beaucoup plus porteur. Les "big pharma" savent parfaitement ce qu'est l'externalisation de la R&D. Elles connaissent parfaitement la valeur de brevets. C'est un domaine très international et, surtout, il faut reconnaître qu'ici, le différentiel que peut apporter l'innovation technologique est souvent beaucoup plus important que dans l'industrie.

I. T. : C'est pourquoi vous vous êtes positionné sur ce secteur en 1999...

Ph. D. : Bien entendu. Mais il y a également une autre raison très forte qui nous a poussés à nous engager dans le secteur de la biologie et de la pharmacie. Nous pensons en effet que les grandes innovations de rupture à venir se trouveront à la convergence des sciences de la vie et des sciences de l'ingénieur.

I. T. : Comment gérez-vous l'innovation dans ce domaine ?

Ph. D. : Nous faisons travailler des équipes projet pluridisciplinaires. Sur quelque 300 ingénieurs et techniciens, les quatre cinquièmes viennent des écoles d'ingénieurs (UTC, Insa, Arts et Métiers...) et un cinquième est constitué de pharmaciens, biologistes... Leurs compétences sont très complémentaires. En gros, les pharmaciens et biologistes maîtrisent les applications, tandis que les ingénieurs apportent la compréhension des phénomènes physiques et la rigueur dans la méthodologie de développement. En d'autres termes, les biologistes spécifient les besoins en "service médical ou biologique rendu" et les ingénieurs conçoivent les solutions techniques s'y rapportant.

I. T. : Quels sont les exemples de telles convergences ?

Ph. D. : Nous en avons déjà plusieurs à notre actif. Par exemple, le broyeur d'échantillons biologiques développé pour Bio-Rad, destiné à la détection des maladies à prions. Il fait d'ailleurs l'objet de deux brevets. L'innovation se situe au niveau de la conception mécanique avec l'utilisation de billes céramiques pour le broyage des échantillons. De même, nous avons développé un collecteur de micro-organismes dans l'air.

Autre exemple de "convergence" : un projet d'utilisation de la microfluidique pour des applications de détection biologique. Ou encore, dans notre filiale Ellipse Pharmaceuticals, l'utilisation des hautes pressions pour la stérilisation des médicaments. On peut également mentionner les travaux de recherche que nous effectuons pour utiliser le marquage laser sur les médicaments afin de lutter contre la contrefaçon.

I. T. : Vous êtes multisectoriel et multitechnologie. Le transfert de technologies est-il une réalité dans votre entreprise ?

Ph. D. : Oui. Il y a de réels transferts du militaire au civil. Ainsi le collecteur de micro-organismes était, à l'origine, un projet à vocation militaire. Il a trouvé des applications civiles (légionelles, pollens...). De même pour le minidrone que nous avons développé pour la Défense. Il est également des technologies qui trouvent des emplois multiples. C'est le cas notamment pour le traitement d'images. Nos algorithmes servent aussi bien à régénérer les signaux utiles pour détecter une bactérie. Mais ils ont également servi à la détection de gaz par infrarouge pour les applications militaires, système qui a lui-même trouvé des applications civiles pour la détection à distance de fuites (sites pétrochimiques).

LES CHIFFRES CLÉS

LA R&D CHEZ BERTIN TECHNOLOGIES - 300 ingénieurs et techniciens - 37 millions d'euros de chiffre d'affaires dont 70 % en travaux de R&D (2003) - 3 millions d'euros de R&D sur fonds propres - Plus de 100 brevets actifs.

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