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Biodiversité : Chantal Jouanno éclaircit l'accord de Nagoya

Biodiversité : Chantal Jouanno éclaircit l'accord de Nagoya

Optimiste, mais prudente

© DR

Ce matin, la secrétaire d'Etat à l'écologie est revenue sur l'accord de Nagoya sur la biodiversité. L'industrie est concernée, surtout dans la pharmacie, la chimie et les cosmétiques. En jeu, l'accès et le partage des bénéfices liés à l'exploitation des ressources des pays du Sud.

Nagoya est à la biodiversité ce que Copenhague était au climat. A un détail près : la conférence sur la biodiversité s'est conclue fin octobre sur un accord international jugé globalement positif. Ce matin, Chantal Jouanno, secrétaire d'Etat à l'écologie, a décrit les négociations, vues de l'intérieur. Et les industriels sont directement concernés. Notamment dans la pharmacie, les cosmétiques et la chimie.

Partager les bénéfices

Trois grandes décisions ont fait parler d'elles à Nagoya : les objectifs à l'horizon 2020 pour ralentir l'érosion de la biodiversité ; les efforts financiers des pays développés ; le protocole dit ABS (acces and benefit sharing). C'est ce dernier point qui concerne les industriels. Il porte sur l'accès et le partage des avantages tirés de l'exploitation de ressources génétiques prélevées à l'étranger. En particulier dans les pays du Sud. Concrètement : vous prélevez une plante pour produire un médicament. L'enjeu est de savoir comment partager les bénéfices avec le pays dont la plante est originaire. Idem pour la chimie ou les cosmétiques.

"C'était le point sur lequel il y avait le plus d'attentes", a témoigné Chantal Jouanno. "L'Afrique, par exemple, demandait que le protocole soit rétroactif. Des pays comme la Bolivie ou l'Inde souhaitaient qu'il couvre tous les produits dérivés". A en croire la ministre, chaque camp a fait un pas vers les autres. "Les produits dérivés seront pris en compte, à condition que l'on puisse faire un lien direct avec la ressource", illustre-t-elle.

Un optimisme prudent

Reste à concrétiser le protocole ABS. La ministre s'est montrée optimiste : "le processus de ratification sera ouvert en février. Cinquante pays doivent le ratifier pour qu'il devienne opposable". Traduction : pour qu'il puisse être juridiquement invoqué. "Pour atteindre ce seuil, les pays européens et africains devraient suffir. Le protocole peut être opposable dans les 3 ans"

Mais il faudra le décliner au niveau national. "Le protocole obtenu à Nagoya oblige certes l'industriel à négocier avec le pays dont est originaire la ressource. Mais les modalités doivent être définies par les politiques nationales", précise Raphaël Billé, directeur du programme biodiversité à l'Iddri (Institut du développement durable et des relations internationales). Sur ce point, Chantal Jouanno s'est montré beaucoup plus prudente : "Pour la France, le calendrier du Parlement est très chargé. Je ne peux pas m'avancer. Mais nous allons mettre en place un comité de suivi dans le cadre du plan biodiversité, qui sera signé en mai 2011".

Accord commercial

Ce protocole ABS est l'un des fruits des négociations de Nagoya. Il ne suffira pas à stopper l'érosion de la biodiversité mondiale. "C'est un accord commercial et politique pour rééquilibrer les rapports Nord/Sud dans les futures négociations", relativise Raphaël Billé, de l'Iddri. "Quand ils ont prélevé une molécule dans la nature, les industriels cherchent vite à la synthétiser pour s'affranchir de ces enjeux", ajoute-t-il. L'accord aura tout de même rapproché un peu plus les industriels des enjeux liés à la biodiversité.

Thomas Blosseville

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