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Bio : n'en faites pas tout un plat !

ANNE-KATELL MOUSSET akmousset@industrie-technologies.com

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Aucun doute, le Bio -malgré des prix supérieurs - séduit les consommateurs. Naturel, bon pour l'environnement... Et pour 81 % (sondage CSA de 2009), les produits AB seraient également meilleurs pour la santé. Mais quand est-il réellement ? Pour les scientifiques, le consensus autour de la question n'est pas encore fait. Explications.

Dans l'esprit du consommateur qui se rue sur les logos AB et les emballages verts, la notion de « bon pour l'environnement » côtoie souvent celle de « sain » et « bénéfique pour la santé ». Nutrition, transformation, aspect sanitaire et toxicologique... Du champ au produit fini, les avis divergent sur l'impact pour la santé des produits AB. Les aliments bio, ce sont d'abord des matières premières : fruits, légumes et viandes certifiées biologiques répondent à un cahier des charges précis garantissant au consommateur la non-utilisation de pesticides chimiques par exemple. Comme le souligne Béatrice de Reynal, nutritionniste : « le bio, c'est une obligation de moyens, pas de résultats ». Entre une tomate bio et sa soeur dite « conventionnelle », le consommateur en tire-t-il un quelconque bénéfice pour sa santé ? Pas si sûr...

NUTRITION : LE BIO FAIT-IL MIEUX QUE LE CONVENTIONNEL ?

Matière sèche, lipide, sucres... les aliments bio sont-ils plus nourrissants que les conventionnels ? Selon un rapport de 2003 de l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa), des différences ont bien été notées : « oui, il existe des différences, mais pas pour tous les légumes ni pour toutes les vitamines par exemple », note Jean-Michel Lecerf, docteur en nutrition à l'Institut Pasteur. « De petites différences, pas toujours pertinentes sur la vitamine C, le magnésium ou les polyphénols, par exemple qui sont à pondérer avec les apports nutritionnels conseillés ». Un avis que partage Léon Guéguen de l'Inra : « On observe en effet des écarts de l'ordre de 15 à 20 % sur quelques aliments, mais si l'on raisonne en régime alimentaire global ces écarts sont nuls et insignifiants ». Par régime alimentaire global, le chercheur entend qu'une part importante des consommateurs mangeant du bio, ne s'alimente pas à 100 % de produits bio. « Quand on instaure dans les cantines scolaires « un repas bio par semaine », il ne faut pas oublier que les 20 autres ne le seront pas... de là à parler de bienfaits sur la santé ! », remarque Léon Guéguen.

LES PRODUITS TRANSFORMÉS SURFENT SUR LEUR IMAGE

Le succès du bio se joue aussi du côté des produits transformés. De plus en plus présents dans les rayons : confitures, sauces, biscuits, yaourt se parent de vert et affichent les lettres AB sur leurs emballages. Même le discount s'y est mis : Leader Price, ED ou les marques de distributeurs : Monoprix, Carrefour... proposent à leurs clients du bio au meilleur prix. Ce bio "Made in Industrie" est-il meilleur pour la santé que les autres produits transformés ? « En règle générale, les produits bio sont formulés avec plus de précautions par l'industriel. Céréales complètes, moins de sucres... », explique Béatrice de Reynal. « Pourtant il ne faut pas que le consommateur croie que parce que c'est bio, c'est forcément meilleur pour la santé ! Certains produits se refont une virginité sous l'appellation bio et les qualités nutritionnelles ne sont pas forcément au rendez-vous ! ». En clair, un biscuit au chocolat reste un produit très sucré, bio ou non.

L'INCIDENCE DE L'ABSENCE DE PRODUIT CHIMIQUE

Le bio - par essence - impose la non utilisation de pesticides chimiques. Dans une publication, Denis Lairon, chercheur à l'Inserm (et qui n'a pas souhaité s'exprimer dans ce débat) met en avant « la quasi absence de produits toxiques de traitement dans les aliments bio, alors que près de la moitié des aliments usuels en contiennent selon les derniers rapports de la DG Sanco de la commission européenne (2001 et 2005) ». À cela ces détracteurs, comme Jean-Michel Lecerf, répondent que les doses observées sont faibles : « Les produits conventionnels ne sont pas bourrés de pesticides ! Loin de là ! Et la présence ne signifie pas la dangerosité ! », poursuivant : « l'espérance de vie ne cesse d'augmenter, et les plus gros consommateurs de fruits et légumes - bio ou non - sont ceux qui vivent les plus vieux ! ». Pourtant Denis Lairon, dans son communiqué, pose une question intéressante : « vérité d'un jour... et si c'était comme l'amiante ? » En effet, connaissons-nous à l'heure actuelle toutes les conséquences de ces produits ? Le programme européen Reach réévalue actuellement la toxicité des molécules chimiques utilisées. Le casse-tête de l'évaluation toxicologique est d'évaluer à long terme l'exposition quotidienne à de très faibles doses et pour l'instant les données sont peu nombreuses. Autre problème celui des « cocktails de molécules », les études toxicologiques se penchent sur un produit sans évaluer les éventuelles interactions qui peuvent avoir lieu dans le corps humain. Pour les défenseurs du bio, il faut jouer la carte du principe de précaution et ne plus en utiliser. « C'est clair que ces études ont des limites, reconnaît Jean-Michel Lecerf, pour autant je ne pense pas que manger conventionnel, c'est s'empoisonner ». Et si le bio n'était au fond que ce qu'il prétendait être : un mode de culture plus respectueux de l'environnement, dont le but premier n'est pas directement la santé du consommateur ? Comme le note Denis Lairon dans son communiqué : « Au-delà de notre assiette quotidienne, les enjeux liés à la pollution quasi-généralisée des eaux des rivières et des nappes phréatiques par les pesticides et les nitrates dans de nombreux cas sont très réels [...] ».

L'ENJEU

Le 1er décembre, le mouvement Générations futures a publié les résultats d'une étude réalisée au cours de l'année 2010. En analysant les repas type d'une journée d'un enfant, les laboratoires à qui Générations Futures a confié les échantillons détectent quatre-vingt-une substances chimiques. Parmi elles quarante-deux sont classés cancérigènes possibles ou probables, cinq cancérigènes certaines et trente-sept susceptibles d'agir comme perturbateurs endocriniens. Pour presque tous les résidus les seuils légaux sont respectés, mais pour le mouvement écologiste se pose néanmoins la question des effets de ces molécules consommés en « cocktails » sur de nombreuses années.

Un produit bio n'est pas forcément meilleur qu'un autre

CÔTÉ PLUS L'absence d'utilisation de produits chimiques protège bien évidemment l'environnement : l'eau, la terre.... Mais aussi la santé des agriculteurs en évitant l'absorption par voie cutanée ou respiratoire de produits phytosanitaires. CÔTÉ MOINS Les différences en nutriments, vitamines et minéraux sont faibles entre produits bio et conventionnels. Ce n'est pas parce qu'un produit transformé est bio qu'il est bon pour la santé, il peut contenir des matières grasses hyrdogénées, de l'huile de palme...

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