Nous suivre Industrie Techno

Bilan carbone : comment procéder

Geneviève De Lacour

Sujets relatifs :

,
- Pour prendre les bonnes décisions afin de réduire ses émissions de gaz à effet de serre, le bilan carbone s'impose. La démarche, qui attire de plus en plus de sociétés, deviendra obligatoire en 2011 pour toutes les entreprises de plus de 500 salariés.

Tout le monde sait à peu près ce qu'est un bilan de santé, un bilan comptable, un bilan de compétence, un bilan énergétique. Mais à part quelques experts du développement durable, bien peu de personnes savent ce qu'est un bilan carbone. L'outil est né en 2004, d'une prise de conscience : notre société est beaucoup trop dépendante du carbone. L'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) a donc voulu mettre au point une méthode permettant aux industriels et collectivités locales de comptabiliser leurs émissions de gaz à effet de serre, de quantifier cette dépendance au carbone. Compter pour mieux agir. Un bilan qui fait des émules au sein des entreprises puisqu'à la fin de l'année 2008, plus de 1 800 industriels et collectivités sont déjà montées sur la balance carbone. Un engouement certainement lié aussi au fait que le bilan carbone devrait devenir, pour toutes les entreprises comptant plus de 500 salariés, obligatoire en 2011.

Sensibiliser les salariés à la démarche

Lorsque l'industriel décide d'évaluer ses émissions de gaz à effet de serre et de faire un bilan carbone, il adopte le modèle déposé Bilan carboneTM, la démarche française officielle. Elle se présente sous la forme d'un fichier Excel dans lequel l'industriel, avec l'aide d'un bureau d'études spécialisé, doit entrer toutes les émissions directes ou induites générées par ses activités. Les émissions prises en compte sont liées au chauffage, aux procédés, au transport, aux matières premières, à l'élimination des déchets et bien d'autres postes. Mais avant de se lancer dans l'évaluation et de commencer à collecter les données, la première étape consiste à sensibiliser les salariés de l'entreprise à la problématique "gaz à effet de serre". Pourquoi faire un bilan carbone ? Comment peut-on le réaliser ? Pour simplifier la démarche, les industriels nomment un "référent bilan carbone". Souvent il s'agit de responsable qualité, hygiène et sécurité de l'entreprise, parfois c'est le responsable logistique lorsque la direction pressent que le transport risque de peser lourd dans le bilan final de l'entreprise. L'Ademe recommande une liste de bureaux d'études spécialisés dans la démarche et forme les référents. Aidés du bureau d'études, ceux-ci éduquent à leur tour le personnel de l'entreprise. Responsables de division, de département ou de section reçoivent ces formations en interne car ce sont eux qui auront la responsabilité d'aller à la pêche aux données. « Pour faire une demande de subvention, il faut obligatoirement faire appel à un prestataire de service externe, un de ceux accrédités par l'agence », précise Laurence Gouthière, responsable de la mise en place des bilans carbone au sein de l'Ademe.

La collecte des données est essentielle

Chez SARP Industries, leader mondial en matière de traitement de déchets dangereux, Julien Grimaud est chef de projet "bilan carbone". Il a suivi une formation dispensée par l'agence. Sa tâche est immense puisqu'il doit réaliser le bilan carbone de trente sites SARP Industries, répartis dans toute la France. Sa mission a débuté en 2007 avec trois sites pilotes représentatifs des différentes activités du groupe et notamment le site de traitement de déchets de Limay (Yvelines), le site historique du groupe. Pour ce travail, il s'est adjoint les services du bureau d'études de Jean-Marc Jancovici, qui a mis au point la méthode. Pre- nant son rôle pédagogique au sérieux, il a organisé une réunion entre Jancovici et ses collègues sur le site de Limay pour les sensibiliser à la démarche. Florence Poillot, elle, est responsable logistique et bilan carbone chez PPC près de Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire). Filiale de Freyssinet, l'usine fabrique et distribue des pièces d'ancrage, de suspension, d'appui pour les ouvrages d'art, son expérience est différente. « Le bureau d'études chargé de notre bilan carbone est venu deux à trois fois par mois pendant plusieurs mois pour expliquer la méthode mais aussi pour nous aider dans la collecte des données », commente-t-elle.

Pour inciter les entreprises à passer à l'acte, le nerf de la guerre reste financier. L'Ademe subventionne l'opération pour ceux qui en font la demande. « Il suffit de monter un dossier et de passer en commission », explique Sabrina Quivet, responsable QSE chez Labouré Roi, entreprise bourguignonne de négoce en vin. Si le dossier est accepté, l'Ademe subventionne à hauteur de 50 % le coût total du prestataire de service. Un coût que Laurence Gouthière estime à environ 15 000 euros. Une entreprise sur deux fait cette demande de subvention. Le coût du bilan carbone est plus facilement supporté par les grands groupes qui ne recherchent pas systématiquement un support financier. SARP Industries évalue pour ses trois sites pilotes, un montant d'environ 50 000 euros. Un estimatif qui comprend à la fois la prestation du bureau d'études mais aussi le temps passé par les salariés pour mener l'évaluation.

La seconde étape de l'évaluation est de définir le périmètre de l'étude. Est-ce que l'entreprise se limite uniquement au site ou prend-elle également en compte tous les transports pour acheminer les matériaux, le transport des marchandises vers les clients ? Julien Grimaud de SARP Industries explique : « Nous avons pris en compte toutes les émissions directes et indirectes c'est-à-dire toutes celles à l'amont du site mais aussi le transport des personnes et celles à l'aval. Il s'agissait de considérer le périmètre le plus large possible. » Labouré Roi se positionne de la même manière. Sabrina Quivet déclare : « Nous avons choisi le périmètre global, le plus large possible de la vigne au consommateur. »

Troisième étape et non des moindres : la collecte des données. Selon tous les industriels interrogés, il s'agit certainement de l'étape la plus longue et la plus fastidieuse. « Au début, il est difficile de savoir où trouver les données, savoir comment les récolter », raconte Florence Poillot. Pour des activités aussi variées que le transport, les achats, l'emballage, la gestion des déchets, l'amortissement des bâtiments, définir les émissions de CO2 dans la bonne unité est parfois un joli casse-tête. « Nous avons utilisé les données brutes sur l'année comptable, mais ces données n'étaient pas forcément exploitables en l'état, il a fallu les homogénéiser », précise Sabrina Quivet, responsable QSE chez Labouré Roi. Julien Grimaud de SARP Industries développe : « La collecte des données concernait les émissions directes et indirectes, en considérant le périmètre le plus large possible et a duré le tiers du temps de toute la prestation, soit quatre à cinq mois. » Et Laurence Gouthière de conclure : « La partie collecte des données est souvent celle qui est sous-estimée par les industriels. Or il s'agit de la partie la plus longue. Dans les cas les plus simples, elle dure au minimum trois à quatre mois. »

La dernière étape consiste à dépouiller les résultats. Il s'agit d'une phase de synthèse des émissions en fonction des activités. Elle aboutit au classement des activités, de la plus émettrice à la moins émettrice. Pour l'entreprise Labouré Roi, c'est le poste du fret aérien qui a pesé le plus dans son bilan carbone. Un tiers des émissions de CO2 sont dues au transport du personnel et des bouteilles par avion. Pour l'entreprise PPC le transport aérien arrive en deuxième position après le poste matériaux achetés (aciers et fontes). Mais il est difficile de réduire cette activité car le matériel entrant est essentiel pour la fabrication de plates-formes logistiques (pièces d'ancrage, de suspension, d'appui et de jointure). L'entreprise a donc décidé de jouer sur le second poste, pour réduire ses émissions, c'est-à-dire le transport. Elle favorise le covoiturage de ses employés, limite au minimum le fret aérien et les déplacements par avion. En ce qui concerne SARP Industries, les résultats du bilan carbone du site de Limay semblent logiques. Ce sont les déchets de la décharge qui représentent l'activité la plus émettrice.

Action, réaction. Une fois ce bilan carbone établi, un plan d'actions s'impose. Pour réduire ses émissions, l'entreprise Labouré Roi a ainsi décidé d'acheminer des bouteilles de Beaujolais en plastique vers le Japon. Moins lourdes que les bouteilles en verre, elles permettent de réduire considérablement les émissions de CO2 liées au transport. Mais les bilans carbone ne sont pas systématiquement suivis de plans d'actions. D'après Laurence Gouthière, « lorsqu'une entreprise a obtenu une subven-tion de l'Ademe, elle a pour obligation de construire un plan d'action pour réduire ses émissions. Mais l'Agence ne vérifie pas si l'industriel applique ou non son plan ». En 2006, les trois quarts des bilans carbone réalisés ont été suivis d'un plan d'action. Un résultat plutôt satisfaisant.

Un premier pas avant d'aller plus loin

Chaque industriel trouve un avantage à réaliser un bilan carbone. « Pour le site de Limay, nous voulons changer de produits réactifs, utiliser des produits alternatifs moins émissifs. Nous ne pensions pas que ces produits pouvaient avoir un tel impact sur notre bilan. Les conclusions vont influencer la R&D, les critères de sélection des grands axes de recherche. Notre plan d'action portera sur l'efficacité énergétique. Nous voulons optimiser les procédés thermiques. Le bilan est donc totalement positif et a déjà un impact important sur l'entreprise », développe Julien Grimaud, de SARP Industries. Toutes les entreprises interrogées sont d'accord sur un point : « Le bilan carbone a donné l'envie d'aller plus loin au niveau des exigences environnementales de l'entreprise. » Labouré Roi souhaite travailler sur les méthodes d'écoconception. « Le bilan carbone a été une expérience intéressante car cela nous a permis d'améliorer l'organisation interne de l'entreprise », conclut Florence Poillot. Quant à SARP Industries, la direction générale a, d'ores et déjà, approuvé le déploiement de la procédure aux vingt-sept sites restants. L'évaluation devrait débuter cette année et prendre fin en 2010. Sur chaque site, un référent sera responsable de la collecte des données et la direction parle de mettre en place un outil de communication interne pour faciliter la démarche sur l'ensemble des sites. Le bilan carbone a un double avantage. Les entreprises apprennent à mieux se connaître et en font aussi un outil de communication. « Le bilan carbone peut servir en tant qu'argumentaire commercial lorsqu'on veut expliquer l'engagement de l'entreprise en matière de protection de l'environnement », souligne Sabrina Quivet. Et Julien Grimaud de préciser : « Il faut mesurer, il faut en passer par là. On ne peut pas progresser sans mesure. Le bilan carbone nous en donne la possibilité. »

SABRINA QUIVET, RESPONSABLE QSE CHEZ LABOURÉ ROI

IL S'AGIT D'UN ARGUMENT COMMERCIAL COMPLÉMENTAIRE POUR UNE ENTREPRISE QUI SE VEUT RESPECTUEUSE DE L'ENVIRON-NEMENT.

Labouré Roi à Nuits-Saint-Georges (Côte-d'or) - Activité : négociant, éleveur en vin - Effectif : 80 personnes - CA 2007-2008 : 35 millions d'euros

FLORENCE POILLOT, RESPONSABLE LOGISTIQUE CHEZ PPC

RÉALISER UN BILAN CARBONE, CE N'EST PAS COMPLIQUÉ, C'EST JUSTE LONG.

PPC- Freyssinet Site de Sainte-Eusèbe (Saône-et-Loire) - Activité : fabrication et négoce d'ancrages, de haubans, de points de dilatation pour les routes - Effectif : 85 personnes - CA 2008 : 31 millions d'euros

JULIEN GRIMAUD, CHEF DE PROJET BILAN CARBONE CHEZ SARP INDUSTRIES

LA DÉMARCHE A ÉTÉ PERÇUE COMME TRÈS IMPORTANTE AU SEIN DU GROUPE CAR ON A PU DÉFINIR L'IMPACT DE CERTAINS RÉACTIFS.

SARP Industries - Activité : traitement et valorisation des déchets industriels spéciaux. Fait partie du pôle Déchets spéciaux du groupe Veolia. - Effectif : 1 900 personnes au total dont 220 à Limay (Yvelines). - CA 2008 : 423 millions d'euros

BIENTÔT OBLIGATOIRE

- Le bilan carbone est l'une des mesures inscrites dans les projets de loi du Grenelle II. À l'origine la mesure concernait toutes les entreprises de plus de 250 salariés. Il sera obligatoire à partir de 2011 uniquement pour les entreprises de plus de 500 salariés et les collectivités locales dépassant 50 000 habitants.

LE BILAN DU BILAN CARBONE

- Temps de réalisation 8 à 10 jours répartis sur plusieurs mois. - Collecte des données Entre 3 et 4 mois mais peut aller jusqu'à 6 mois. - Coût moyen : 15 000 euros. - Au total : 1 800 bilans carbone réalisés dont 1 200 en 2008. Un bilan carbone sur deux est subventionné par l'Ademe. > Une liste de prestataires référencés par l'Ademe est disponible sur le site de l'agence qui met aussi à disposition le fichier Excel permettant de réaliser l'évaluation. Pour recevoir des subventions, il faut obligatoirement solliciter les consultants référencés et listés par l'Ademe.

PRATIQUE

Pour tout savoir sur le bilan carbone, voir le site de l'Ademe à : www.ademe.fr /bilan-carbone

vous lisez un article d'Industries & Technologies N°0908

Découvrir les articles de ce numéro Consultez les archives 2009 d'Industries & Technologies

Bienvenue !

Vous êtes désormais inscrits. Vous recevrez prochainement notre newsletter hebdomadaire Industrie & Technologies

Nous vous recommandons

Compacteur monobloc

Compacteur monobloc

Dédié aux entreprises industrielles, à la grande distribution, à l'industrie et aux collectivités, ce compacteur est adapté à la collecte sélective[…]

Enduit haute résistance au feu

Enduit haute résistance au feu

Canalisations en acier inoxydable haute performance

Canalisations en acier inoxydable haute performance

Compacteur monobloc

Compacteur monobloc

Plus d'articles