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Bernard Ramanantsoa DIRECTEUR GÉNÉRAL D'HEC

CHARLES FOUCAULT cfoucault@industrie-technologies.com

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« J'aime bien être le meilleur. » Bernard Ramanantsoa l'assume. Il en a les moyens. Multidiplômé par plaisir d'apprendre, il est passé de l'ingénierie à l'enseignement, puis du métier de professeur à celui de directeur général d'HEC avec une aisance déconcertante. Fin stratège, il a su amener l'école de commerce française tout en haut des classements internationaux les plus reconnus. Sous une apparente décontraction, il maîtrise sa communication. Impossible de lui en vouloir, en plus il est sympathique.

Sa Mobylette bleue, cadeau pour son bac, il l'a depuis 1965. Un rapide calcul. Il a 62 ans. Il en fait vingt de moins. Ce fut le premier étonnement d'une longue liste, écrite au cours des deux heures passées avec Bernard Ramanantsoa. Souriant, drôle, le directeur général d'HEC conquiert avec subtilité son public. Il ne se livre pas pour autant. « Il a un réel charme dont il tire un certain ascendant. Il mène les gens avec humour et finesse », le décrit Jean-Louis Lafon, ami de « Rama » depuis la prépa. Naturellement, « stratégie et politique de l'entreprise » est devenu son domaine d'excellence. Ses atouts relationnels alliés à une capacité de travail hors norme ont permis à Bernard Ramanantsoa de propulser HEC au tout premier rang des écoles de commerces mondiales.

L'HOMME

Un insatiable curieux

Son père fut l'un des premiers malgaches naturalisés français. Il est alors médecin militaire entre la France et les colonies puis entre la France et l'outre-mer. C'est ainsi que Bernard Ramanantsoa partage son enfance entre Marseille et Madagascar. « Là-bas, je servais d'interprète entre ma grand-mère malgache et ma mère alsacienne », se souvient-il. Ses parents se sont rencontrés en Indochine. Bernard Ramanantsoa est ainsi le fruit d'une « mondialisation avant l'heure », dit-il en riant. La navette entre les deux pays ne perturbe pas cet excellent élève. De toute façon il n'a pas le choix. Ses parents sont intransigeants sur les résultats scolaires. Une exigence qu'il a transformée en appétit et matérialisée en une collection de diplômes. Major de Supaéro, il le devient ensuite à HEC pour décrocher son MBA. Il enchaîne avec un doctorat en science de la gestion, et termine par deux DEA (sociologie et histoire de la philosophie). « Il y a vingt ans, il était vexé de ne pas pouvoir se lancer dans des études de théologie sans reprendre depuis le début, car les équivalences n'existent pas », s'amuse Jean-Louis Lafon. L'ampleur de la curiosité du personnage semble sans limite, comme sa capacité de travail. « ça s'entretient, assure-t-il, mais je ne sais pas si ça s'apprend. » Et avec un travail l'occupant de 8 heures à 22 heures, il trouve tout de même le temps de bouquiner et de pratiquer la voile avec son fils. « Le week-end, il faut se forcer à faire autre chose, c'est une question d'hygiène de vie. »

L'INGÉNIEUR

Un matheux au service marketing

L'excellence jalonne son parcours. Bernard Ramanantsoa obtient la mention très bien au baccalauréat et entre en prépa. Pourquoi ? « C'était comme ça », se contente-t-il de répondre. Il fait math sup à Marseille et deux années de math spé à Sainte-Geneviève à Versailles. Il ne parvient pas à obtenir l'X. Il intègre alors Supaéro, nouvellement installée à Toulouse. Il s'amuse en mécanique, en math et en thermodynamique, autant qu'après les cours. « Il a été élu président du bureau des étudiants », se rappelle Alain Godard, camarade de classe qui lui a présenté sa femme. Lorsqu'il sort major de l'option « propulsion », une dizaine de portes s'ouvrent à lui. Il refuse le poste d'enseignant chercheur que lui propose Supaéro. Les anciens lui conseillent d'acquérir « une expérience dans la vraie vie. » Il accepte le défi de la SNCF. La société ferroviaire change de technologie pour le TGV : la traction électrique remplace la turbine à gaz qui équipait le premier prototype. En parallèle, elle recrute des ingénieurs pour muscler son service marketing. Pour « Rama », cela commence par un an de stage ouvrier, à partager le quotidien des cheminots. Ensuite, il est chargé des prévisions de trafic du tunnel sous la Manche.

Sa première rencontre avec HEC date de 1976. La SNCF propose à Bernard Ramanantsoa d'y faire un MBA. Une fois ce diplôme en poche et de retour à la SNCF, il s'occupe des prévisions de trafic sur le TGV sud-est et se voit offrir le poste de chef de la division marketing « voyageurs grandes lignes ». « Une position incroyable ! À 30 ans, j'étais placé sur la courbe à haut potentiel », analyse-t-il aujourd'hui. Mais les sirènes de l'enseignement chantent de plus en plus fort à ses oreilles. Depuis son passage à HEC, il donne un cours de stratégie une fois par an, en tant que vacataire. Trois ans plus tard, l'établissement lui propose un poste de professeur titulaire en « stratégie et politique de l'entreprise ». Le dilemme est grand. À la surprise générale, Bernard Ramanantsoa abandonne une carrière toute tracée pour devenir enseignant. Ingénieur, il ne le sera plus. Il recroisera le métier quelques années plus tard, une fois devenu « le prof de stratégie à la mode », lors d'une mission de consulting pour McKinsey chez Merlin Gerin.

LE DIRECTEUR

Un professeur aux larges épaules

S'il a quitté l'ingénierie, il en garde les automatismes : « je n'ai aucun complexe sur tout ce qui est quantitatif et je déteste ne pas savoir si une donnée est approximative ou pas. » Il s'avoue tout de même « un peu trop rigoureux », arguant que « si dans la vie on ne fait que les trucs sûrs à 100 %, on ne fait rien. » Quand il y arrive en 1979 en tant que professeur, le groupe HEC qu'il dirige aujourd'hui n'existe pas. La grande école est séparée du MBA, lui-même séparé de la formation continue et les profs sont transversaux. Sa nouvelle fonction le passionne. « Déjà en terminale, ce métier me faisait rêver. J'expliquais à mes copains les problèmes de maths. J'aimais ça. » Pendant ses études, il a enseigné au Cnam, puis a fait son service militaire en tant que professeur assistant en mécanique et mécanique du vol à Supaéro. Il aurait voulu faire Normale Sup « mais c'était hors de portée. Les normaliens sont des sur-êtres. » Finalement, quand on ne l'attendait plus, il est devenu « Le » prof de stratégie. « Ce métier lui va bien, c'est un métier de théâtre dans lequel il faut manier la parole », commente Jean-Louis Lafon.

Mais Bernard Ramanantsoa est un homme de défis. Il a donc accepté le poste de doyen, attaché à la gestion des professeurs, puis celui de directeur général en 1995. Là aussi, il excelle puisqu'il occupe toujours ce poste actuellement. Son secret ? La diplomatie. « C'est un garçon suffisamment observateur pour éviter de dire ce qui pourrait faire de l'ombre à son patron... ce qui est une qualité », sourit Alain Godard. Mais pourquoi sa tutelle, la chambre de commerce et de l'industrie, remplacerait-elle celui qui a porté HEC à la première place des écoles de commerce européenne ? Une place qu'il a su conserver depuis cinq ans. Il a même hissé l'établissement au premier rang mondial pour la formation continue des managers et dirigeants, d'après le classement du Financial Times, publié le 9 mai. Bernard Ramanantsoa a encore d'autres sources de satisfaction, moins visibles, comme la reconnaissance croissante en matière de recherche dont bénéficie l'école. Cette montée en puissance est due à la mobilisation financière des anciens. Une mission essentielle pour Bernard Ramanantsoa. Il passe beaucoup de temps à discuter avec « la chambre », les donateurs, la presse... Il a aussi entamé un autre chantier, qui le fait renouer avec ses premières amours : en 2008 HEC est entré dans ParisTech, le réseau d'écoles d'ingénieurs. Des accords de doubles diplômes dans les deux sens ont été passés avec les Mines et AgroParisTech. Des partenariats existent aussi avec Supaéro (devenue l'Isae) et Télécom. Ces ententes sont un moyen d'orienter plus d'élèves vers l'industrie, qui souffre selon lui d'un déficit d'image. Il favorise aussi les initiatives de communication dans ce sens. « Pour cela il faut des modèles, car les entreprises, elles, ont des images ». Une affaire qui marche, ses étudiants ont, par exemple, choisi Jean-Dominique Sénard, le nouveau gérant du groupe Michelin, comme invité du débat qu'ils ont organisé en février. Ses étudiants, il ne les oublie pas. Il tient d'ailleurs à rester à leur contact. Il répond présent à leurs invi-tations et donne encore des cours de doctorat. Et il est ravi de savoir qu'eux aussi l'appellent Rama.

SES 3 DATE

1979 Il quitte l'ingénierie et entre à HEC comme professeur de stratégie 1995 Il devient directeur général de l'école de commerce 2005 HEC est classée première école européenne de business par le Financial Times

CLASSEMENTS

Le Financial Times sacre HEC meilleure école de commerce européenne et première mondiale pour la formation continue des cadres et des dirigeants.

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