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Axiohm veut garder la tête

Thierry Mahé

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- Ce leader des têtes d'impression thermiques se prépare à une concurrence accrue de l'Asie. Et s'emploie à étendre sa gamme, baisser ses coûts et devenir plus réactif.

Toute chance que vous ayez, froissés en poche, quelques reçus sortant d'une tête d'impression thermique du français Axiohm. La PME de Montrouge (Hauts-de-Seine) est, en effet, l'un des leaders mondiaux des petits systèmes d'impression sur papier thermique, exportant 80 % de sa production. Pour exemple, les trois quarts des pompes à essence américaines utilisent ses mécanismes d'impression, de même que 80 % des systèmes de loteries européennes.

« Nos produits sont synonymes de très haute qualité. Mais nos interlocuteurs tiquent souvent sur le prix », note Alain Dessonnaz, directeur des ventes hors États-Unis. C'est là, la "voie étroite" d'Axiohm : baisser les coûts à qualité égale afin de contenir la concurrence asiatique. Les réponses tiennent tout à la fois à la rationalisation des produits, à l'abandon de procédés non rentables, au lancement de matériels à plus forte marge, à une proximité plus grande avec le client et à une politique d'alliances avec les intégrateurs.

Simplifier le montage

Rationalisation des produits. Pour faciliter l'assemblage, l'idée est de limiter le nombre de pièces et de simplifier les opérations. Ainsi, un des derniers mécanismes d'Axiohm, Electron, a vu son nombre de composants chuter de quelques dizaines à treize seulement. Et le clipsage devient la norme, en lieu et place du vissage. Ce montage simplifié explique le maintien de l'essentiel de la fabrication en France, d'autant que le coût de la main-d'oeuvre n'intervient que pour 7 % du chiffre d'affaires. Il participe aussi à l'objectif de créer rapidement des sites de proximité, aux portes des très gros clients. « Cela se justifie au-delà de quelques centaines de milliers de pièces l'an », précise Alain Dessonnaz. Ce qui est d'actualité pour deux industriels.

Ce travail de sape des coûts industriels donne lieu, parfois, à de douloureux arbitrages comme, lorsqu'en 2003, la PME cesse de fabriquer ses têtes elles-mêmes, jusqu'alors sérigraphiées en salle blanche. « Nous ne pouvions pas tenir face aux prix pratiqués par les spécialistes japonais comme Rohm, AOI, Kyocera. Sans compter l'offre chinoise émergente. Mais il est vrai que nos ingénieurs se sont plaints de voir une technologie importante leur échapper. »

Enfin, pour grimper en valeur ajoutée, l'idée est aujourd'hui de fabriquer l'imprimante et non plus seulement le mécanisme d'impression. Que ce soit sous forme de boîtiers packagés ou de "kiosks", des sous-ensembles que les clients utilisent en mode plug & play. Cette stratégie de conquête justifie l'extension de l'usine de Puiseaux (Loiret). Ce nouvel atelier s'approvisionne auprès de trois lignes de production du premier.

Les produits d'Axiohm sont tous de gamme professionnelle et répondent à des spécifications bien précises. Se rapprocher des clients, c'est offrir un produit de plus en plus personnalisé, et donc multiplier les variantes. Et, dans le même temps, il faut livrer un mois après la commande ! Pari difficile à tenir car dans les systèmes de paiement, par exemple, les prévisions des gros clients d'Axiohm ne vont guère au-delà de quatre mois. D'où une demande hyperfluctuante à laquelle la PME s'adapte en rationalisant son outil industriel. Et, bien sûr, en générant de la diversité à partir d'un nombre minimum de familles génériques. Objectif : faire face à l'explosion des références (entre 250 et 300 possibles, 150 différentes étant produites en même temps) comme aux à-coups de la production.

Un taux de service de 95 %

L'atelier des têtes d'impression a été structuré en autant de lignes que de grandes familles de produits : même largeur de papier et applications similaires. Chaque ligne comportant de six à douze postes, pilotée par une coordinatrice de ligne - l'emploi est très majoritairement féminin. Pour les produits standards, on tolère un certain tampon de stock, afin de fluidifier les lancements de production. L'entreprise travaille régulièrement en deux-huit et peut basculer en trois-huit, aidée en cela par un contrat d'annualisation passé dès 2000 avec le personnel.

Daniel Veillon, le directeur industriel, explique : « Nous mettons l'accent sur la polyvalence : 80 % des opérateurs connaissent tous les postes de leur ligne et un tiers des personnes sont aptes à passer d'une ligne à l'autre. Cela nous offre une réactivité bien supérieure à la moyenne. Et nous autorise à dupliquer très simplement une ligne. En moins de trois mois, nous pouvons, si besoin est, décupler la production d'un produit. » De fait, Daniel Veillon se flatte d'avoir atteint un taux de service de 95 % (pourcentage de produits livrés exactement à temps). L'objectif est de 98 %.

La réactivité qui prévaut en production est aussi vraie au bureau d'études. Et la PME se targue de réaliser un nouveau produit, électronique et test compris, de la commande au lancement entre douze et dix-huit mois. La phase d'essais, où les appareils sont mis à la torture, est prépondérante. Car les mécanismes d'impression sont sévèrement sollicités, comme ceux exposés en extérieur (pompes à essence, parkings). De plus, les composants ne sont pas testés et les malfaçons se signalent sur le dispositif assemblé. Elles sont rares : plus de 98 % des produits sont bons du premier coup. C'est pourquoi les essais (électrique, mécanique, climatique) se déroulent dans l'usine elle-même, c'est-à-dire au plus près des lignes.

« Systématiques en phase d'homologation, ces essais interviennent aussi en suivi de production », souligne Daniel Veillon.

L'ENTREPRISE

- Née en 1988 de la cession de la branche imprimantes thermiques de Schlumberger, la PME devient neuf ans plus tard la filiale française de l'américain ATSI, avant d'être indépendante en 2003. - 25 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2004 (en hausse de 11 %) - 170 personnes dont 30 en R&D et 120 en production - 800 000 produits réalisés en 2004, tous types confondus, 1 million visé pour 2005

DE LA FABRICATION DES MÉCANISMES D'IMPRESSION...

Axiohm est un leader mondial des systèmes d'impression thermiques : essentiellement la tête elle-même (une matrice de points chauffants qui change la couleur du papier thermique), le mécanisme d'avance papier, de chargement du rouleau, de découpe automatique/semi-automatique et le pilotage électronique. Son savoir-faire : obtenir la plus grande vitesse de défilement (jusqu'à 20 cm/s) sans dégrader la finesse d'impression. Pour cela, la tête thermique doit monter très rapidement en température et revenir tout aussi vite à son état initial, afin de ne pas "baver" sur le point suivant. Une qualité qu'il convient de maintenir dans le temps, sur des appareils extrêmement sollicités, d'où l'importance que donne Axiohm aux essais d'endurance. L'entreprise tire parti d'un solide portefeuille de brevets (trente actifs) très rémunérateur. Par exemple, le système Clamshell (pose simplifiée du rouleau papier, 1994) équipe 80 % des terminaux de paiement dans le monde.

... À L'ASSEMBLAGE D'UN SYSTÈME COMPLET

Début 2005, Axiohm a investi 450 000 euros pour ouvrir, sur son site de Puiseaux (Loiret), un atelier de 1 000 m2 dévolu aux systèmes d'impression packagés : imprimantes autonomes et "kiosks". Ces derniers sont des boîtiers d'impression dans un châssis d'acier que les constructeurs (de pompes à essence, de distributeurs de billets...), intègrent à leurs systèmes. L'atelier comprend six lignes (extensibles à dix). Il est opérationnel depuis juin, emploiera à terme 25 personnes et devrait produire 15 000 produits par an. La nouvelle activité pèsera 10 % du chiffre d'affaires. En parallèle, la PME vise des prestations système. Alliée à Unisys, elle vient de remporter le contrat pour la livraison des systèmes d'affranchissement du courrier dans les bureaux de poste hongrois.

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