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AXIOHM OPTIMISE SON OUTIL INDUSTRIEL

R. L.

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AXIOHM OPTIMISE SON OUTIL INDUSTRIEL

Presensia a conçu un écran plat diffusant des arômes qui changent en fonction de la vidéo affichée. Pour sa réalisation, la start-up a fait appel à Axiohm.

© D.R.

- Confrontée à un environnement extrêmement concurrentiel, la PMI française fait tout pour valoriser au mieux ses ressources.

Pour Axiohm, le vingtième anniversaire sonne comme une renaissance. Remise en cause de l'organisation du travail, maîtrise des coûts de production, ouverture de son usine à la sous-traitance : le spécialiste français des mécanismes et systèmes d'impression thermique se donne un nouveau cap, dont l'objectif est d'optimiser l'outil industriel.

Montée de la concurrence asiatique, érosion des prix, essoufflement du marché, fluctuation des commandes... Cette PMI, qui a joué un rôle pionnier dans la substitution de l'impression thermique à l'impression par impact pour l'édition de reçus, tickets et billets, fait face à une nouvelle donne pour le moins difficile. Ainsi, après avoir culminé à 25,3 millions d'euros en 2004, son chiffre d'affaires en tant que société indépendante est tombé à 16 millions d'euros en 2007. Durant la même période, les effectifs de son site industriel à Puiseaux (Loiret) ont fondu de moitié pour s'établir aujourd'hui à 75 salariés permanents.

Deux impératifs : réactivité et proximité

Dans ce contexte, pourquoi ne pas délocaliser la production dans un pays d'Europe de l'Est ? Cette option a été sérieusement envisagée. Mais elle a été écartée pour le moment. « Nous n'avons pas assez de volumes. Pour les terminaux de paiement électronique par exemple, nous fabriquons 300 000 mécanismes d'impression par an, avec des lots de volume très variable en fonction des commandes. Pour que la délocalisation soit rentable, il faudrait que nous ayons au moins 600 000 pièces à fabriquer par an, avec des lots réguliers de production de 100 000 unités. Sans compter que la délocalisation va à l'encontre des impératifs de réactivité et de proximité posés désormais par notre marché », explique Éric Laurent, le directeur industriel de la société.

L'automatisation de l'assemblage ne constitue pas non plus la solution. Les volumes sont trop faibles, alors que la grande variabilité des commandes exige une flexibilité à toute épreuve que seul le montage manuel peut satisfaire. À supposer même que les volumes nécessaires soient au rendez-vous, il n'est pas sûr que le jeu en vaille les chandelles. « Prenons l'exemple du test en fin d'assemblage. Rien ne vaut le contrôle visuel. Un simple coup d'oeil suffit pour contrôler la mire d'impression. Le contrôle automatique à base d'un système de vision prendrait plus de temps, sans garantir la même fiabilité », note Loïc Dubois, responsable de l'industrialisation.

Pour relever ces défis, Axiohm a choisi d'améliorer sa réactivité en adoptant une organisation flexible, de booster sa compétitivité en réduisant en permanence ses coûts de production et de créer une nouvelle source de revenus en se lançant dans une activité de sous-traitance industrielle.

1. La flexibilité à toute épreuve

Face à des commandes en dents de scie, le maître mot d'Éric Laurent est la flexibilité. Pas question en effet de travailler avec des stocks de produits finis. Pour des questions de coûts et de rigueur industrielle, l'usine fonctionne uniquement en flux tendus tirés par la demande. Il faut donc adapter en permanence les moyens de production à la charge de travail.

Le fait que le montage soit manuel simplifie la tâche. Les deux ateliers d'assemblage dédiés, l'un aux mécanismes, l'autre aux kiosques et systèmes complets d'impression, sont organisés pour accueillir plus d'une vingtaine de lignes. En fonction du niveau des commandes, le responsable de la production active le nombre de lignes nécessaires. De plus, chaque ligne peut être réaménagée pour recevoir plus ou moins de postes de travail. Afin de répondre rapidement à des pics de demande, la fabrication peut passer à deux équipes par jour.

Adaptabilité et polyvalence

Pour les ressources humaines, l'usine dispose d'un volant d'une cinquantaine d'opérateurs intérimaires. Mais cela ne suffit pas toujours. « Dans des cas extrêmes, nous demandons au personnel de travailler plus longtemps : jusqu'à quarante-cinq heures par semaine. Pour faire face à des pics inattendus, il nous arrive de lancer le jeudi après-midi un appel au personnel pour travailler le samedi », confesse Éric Laurent. L'utilisation de l'horaire de travail comme variable d'ajustement est inévitable. Exemple : le SmartShopper. Remplaçant le pense-bête traditionnel sur le réfrigérateur, cet appareil électronique vendu aux États-Unis depuis 2007 par la société éponyme édite la liste des courses rentrées dans sa mémoire de façon vocale. « En quelques mois, les projections des ventes ont quintuplé par rapport aux prévisions initiales. »

Aussi l'accord sur les 35 heures conclu en 2000 prévoit la modulation de l'horaire en fonction de la charge de travail de vingt-quatre à quarante-cinq heures par semaine, tout en maintenant une moyenne annuelle de 35 heures. Il est révisé tous les ans pour tenir compte des changements du marché. Cependant, la direction s'efforce autant que faire se peut de figer l'horaire chaque mois de façon à ce que le personnel ait une visibilité de 5 ou 6 semaines sur le planning de travail.

L'autre volet de la flexibilité réside dans la polyvalence du personnel. Un grand effort de formation a été entrepris pour faciliter la mobilité des opérateurs. Ainsi il devient facile d'affecter les ressources humaines en fonction des besoins de production.

Depuis juin 2005, la production est répartie sur deux zones de travail distinctes : l'une de 1 100 m2 pour les mécanismes d'impression, l'autre de 400 m2 pour les kiosques et imprimantes. Auparavant, la fabrication était centralisée dans la même zone. On reconfigurait les lignes d'assemblage en fonction des produits à fabriquer. Les opérateurs passent aujourd'hui sans problème d'une zone à une autre, et d'un produit à un autre. Cette polyvalence, entretenue par une formation continue, a cependant des limites. Certains postes comme la soudure ou le test réclament des compétences pointues réservées encore à des spécialistes.

2. La chasse aux coûts

La pression sur les prix ne laisse guère de choix : Axiohm doit maîtriser ses coûts. L'optimisation des achats en privilégiant de façon dynamique les devises les plus avantageuses, en renégociant les prix ou en choisissant les fournisseurs les moins chers est indispensable. Mais ce n'est plus suffisant. « Un mécanisme d'impression pour terminaux de paiement électronique se vendait autour de 30 euros il y a cinq ans. Il est tombé à environ 15 euros en 2007. Et aujourd'hui, le client n'hésite pas à exiger un prix de 10 dollars, soit à peine 7 euros », témoigne Jean-Paul Oulion.

Dans ces conditions, la société doit exploiter un autre gisement d'économies : la production. Pour cela, le service d'industrialisation travaille la main dans la main avec le bureau d'études dans l'objectif de simplifier le montage et de réduire les temps de fabrication. L'une des pistes explorées est la réduction du nombre de pièces dans les produits. Selon Jean-Paul Oulion, les produits des concurrents asiatiques, assemblés généralement en Chine, font appel à des composants de 30 à 50 % plus nombreux.

Le nouveau bâti plastique, qui constitue la carcasse des mécanismes d'impression XA et XB destinés au marché des jeux/ loterie, illustre bien cet effort. Son développement a nécessité un travail estimé à un homme année au bureau d'études. Résultat : une pièce extrêmement complexe, mais qui raccourcit les temps de montage tout en restant configurable.

Une autre piste consiste à demander aux fournisseurs de réaliser en temps masqué certaines opérations d'assemblage et de livrer ainsi des sous-systèmes déjà montés. Une opération effectuée chez eux est une opération économisée par Axiohm. C'est ainsi par exemple que le circuit céramique est livré par le fournisseur déjà monté sur son support métallique.

Enfin, le service d'industrialisation traque les pertes de temps en production en déployant des recettes classiques : mise en place de détrompeurs de montage, remplacement du vissage par l'encliquetage, suppression du sachet plastique dans l'emballage, etc.

Ces actions cumulées se traduisent au final par des gains non négligeables. Ainsi, le montage de la dernière génération de mécanismes d'impression Electron, destiné aux terminaux de paiement électronique, demande 5,5 centièmes d'heure, contre 8,5 pour la génération précédente. Entre temps, la part de la main d'oeuvre dans les coûts de production est passée de 31 à 25 %. Pour les imprimantes complètes, à une génération d'écart, le temps d'assemblage est tombé de 26 à 20 centièmes d'heure et la part de la main-d'oeuvre dans les coûts de production de 18 à 15 %.

3. Cap sur la sous-traitance

Aux termes de vingt ans d'existence, Axiohm a développé un précieux savoir-faire en mécatronique. Ses systèmes d'impression combinent en effet mécanique de précision, électronique de commande et logiciel de contrôle. Pourquoi ne pas valoriser ces compétences en vendant aux industriels des prestations d'intégration ? Cela s'impose d'autant plus que la société dispose d'un bâtiment vide de 800 m2. Ce local abritait une salle blanche de fabrication des têtes d'impression. Activité arrêtée en 2004 quand ces composants sont devenus disponibles à moindre coût auprès des fabricants japonais reconvertis sur ce créneau après l'effondrement du marché des télécopieurs.

Jean-Paul Oulion, le directeur de la qualité, a reçu la mission de développer cette activité de diversification démarrée à l'automne 2007. « Nous nous positionnons, non pas comme simple sous-traitant, mais comme véritable maître d'oeuvre. Nous proposons de prendre en charge l'intégralité de projets mécatroni-ques », explique-t-il.

Ces prestations de sous-traitance vont au-delà de l'intégration proprement dite. Elles s'étendent à l'industrialisation, aux achats, à la logistique et à la traçabilité.

Déjà une centaine de projets potentiels

« Nos achats annuels se montent à près de 10 millions d'euros. Rien que pour les moteurs pas à pas, qui équipent tous nos systèmes d'impression mais qui se retrouvent dans une grande variété de produits mécatroniques, nous achetons près d'un million de pièces par an. Nous faisons bénéficier le client de cette capacité d'achat en intégrant ses besoins dans nos commandes. D'autant que nous savons jongler avec les différentes devises pour acheter toujours moins cher », détaille Jean-Paul Oulion.

Cette nouvelle activité cible deux types de clients potentiels : les grandes entreprises qui envisagent l'externalisation de l'intégration de leurs produits et les PMI (comme les start-up) qui ne disposent pas d'outil industriel pour passer du concept au produit. Elle a déjà séduit trois industriels, dont Presensia, une start-up spécialisée dans les bornes de communication vidéo et olfactive.

Jean-Paul Oulion affirme avoir identifié une centaine de projets potentiels de sous-traitance, dont une vingtaine en cours de concrétisation. Les revenus générés par cette activité pourraient représenter 4 à 5 % du chiffre d'affaires total en 2008 et 30 à 40 % en 2010. C'est du moins l'objectif.

L'ENTREPRISE

- Fondée en 1988 par deux transfuges de Schlumberger, Axiohm réalise des mécanismes et systèmes d'impression thermique pour terminaux de paiement électronique, distributeurs automatiques de billets, pompes à essence, balances, etc. - Siège social et bureau d'études à Montrouge (Hauts-de-Seine) - Site industriel de 3 000 m2 à Puiseaux (Loiret) - 110 salariés - 16 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2007 - 650 000 produits livrés en 2007

. Il améliore

sa réactivité en se dotant d'une organisation plus flexible

2. Il traque

ses coûts de production en diminuant les temps d'assemblage

3. Il crée

une nouvelle source de revenus en vendant des prestations d'intégration mécatronique

ORGANISATIONSAP REMPLACE ORACLE

- Le système d'information de l'entreprise se met également à l'heure de l'optimisation industrielle. À l'occasion du renouvellement de l'ERP, le logiciel de gestion intégré utilisé notamment pour l'établissement des prévisions de production, la planification de la fabrication, la gestion des approvisionnements et des stocks, et la traçabilité, Axiohm a décidé d'abandonner Oracle au profit de SAP. Ce changement est motivé par le souci de disposer d'une solution optimisée répondant mieux à ses besoins de PMI. Compte tenu de la taille actuelle de la société, la solution d'Oracle serait aujourd'hui surdimensionnée.

DES PRODUITS PLUS INTÉGRÉS

- Pour réduire les temps d'assemblage, Axiohm s'acharne à réduire le nombre de pièces contenues dans ses produits. Ainsi, le dernier mécanisme d'impression XB, destiné au marché des jeux/loterie, ne comporte que 85 pièces, contre 130 pour son prédécesseur XCC.

DES BORNES DE COMMUNICATION OLFACTIVE POUR PRESENSIA

- Créée en 2004, à Paris, Presensia réalise pour les industriels des parfums et des spiritueux des bornes de communication vidéo et olfactive. Installée sur les lieux de vente, la borne diffuse l'arôme du produit présenté en vidéo sur l'écran. Un partenaire pour une dimension industrielle Pour passer du prototype au stade industriel, la société a fait appel à Axiohm. « Nous avions besoin d'un prestataire maîtrisant les problématiques d'intégration mécatronique, capable de s'adapter à notre fonctionnement de start-up, proche de notre base à Paris et disposant d'une place suffisante, car notre produit est encombrant », explique David Suissa, le directeur R & D et cofondateur de la société. Axiohm a établi la nomenclature du produit puis s'est occupé de la gestion des approvisionnements, de l'intégration et de la logistique. Les moteurs pas à pas utilisés dans les diffuseurs d'arôme ont été inclus dans les achats d'Axiohm faisant ainsi bénéficier Presensia de prix avantageux. Une quarantaine de bornes ont déjà été réalisées. Pour l'année 2008, Presensia table sur un volume de plusieurs centaines de bornes.

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