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Avec le WPC, Watteco fait décoller la domotique

Ridha Loukil

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La technologie de communication par impulsions de courant de la PME française est une solution de rechange sobre et économique aux courants porteurs en ligne.

On connaît bien la technologie de communication à courants porteurs en ligne (CPL), qui utilise les lignes électriques existantes comme support de transmission de données. Voici maintenant la technologie de communication par impulsions de courant (WPC, pour Watt pulse communication). Inventée par Watteco, une jeune société française située à La Garde (Var), près de Toulon, elle s'appuie également sur le réseau électrique domestique pour faire communiquer les appareils ménagers. Mais, par rapport aux CPL, à l'oeuvre par exempledans la télérelève des compteurs électriques, elle affiche des atouts qui en font la technologie idoine de la domotique. Selon Watteco, elle serait en effet 50 à 100 fois plus sobre et trois à cinq fois plus économique, tout en réduisant l'encombrement.

«Les CPL sont peut-être envisageables dans le tertiaire mais pas dans le résidentiel, estime Eric Bertaud, le PDG de Watteco. Pour des raisons d'encombrement, de consommation et de coût, ils ne sont pas adaptés à une utilisation à grande échelle dans l'habitat. Notre technologie comble un vide car il n'existe aujourd'hui pas d'autre système apte à faire décoller la domotique. Elle arrive à point nommé pour faciliter la mise en oeuvre des directives européennes relatives à l'amélioration de l'efficacité énergétique dans l'habitat et à la réduction de la consommation en mode veille des appareils électriques ménagers. »

Une rupture technologique majeure

« C'est une rupture technologique majeure, confirme Pierre Colle, chef de projet à la direction de l'innovation de Schneider Electric. L'évolution des CPL, tirée par la course au débit, se traduit par des dispositifs toujours plus gros, plus énergivores et plus chers. Or, dans la domotique, on a besoin de très peu de débit pour transmettre des ordres de contrôle-commande. En revanche, le modem doit être suffisamment robuste, compact et bon marché pour s'intégrer dans des produits aussi banalisés que les interrupteurs et prises électriques. » Schneider Electric a investi 2 millions d'euros dans Watteco par le biais de son fonds d'investissement Schneider Ventures. « Les tests que nous avons commandés en 2008 au laboratoire d'applications numériques, à Angers, se sont révélés concluants, confie Pierre Colle. Les problèmes de fiabilité, constatés au début, ont été résolus. Aujourd'hui, la technologie répond aux contraintes de robustesse, d'encombrement et de coût des applications de contrôle intelligent dans l'habitat. »

Watteco semble en passe de gagner son pari. Forts de près de vingt ans d'expérience dans le traitement du signal, ses deux fondateurs sont partis du constat suivant : quand un appareil ménager (lampe, ordinateur, téléviseur, four, lave-linge, chauffage, etc.) est mis sous tension ou éteint, il génère sur le réseau électrique une impulsion électromagnétique unique qui en constitue la signature. D'où leur idée d'exploiter ce phénomène pour faire communiquer les appareils à travers le réseau électrique domestique. Encore faut-il dompter les impulsions en arrivant à les reproduire à l'aide d'un modem, ce à quoi la société est parvenue au bout de dix ans de recherche et développement.

Compatible avec d'autres protocoles

Le modem WPC actuel se réduit à un module électronique de 2 x 2,5 cm. La technologie est protégée par deux brevets mondiaux et trois autres brevets sont en cours d'obtention. Elle est aujourd'hui implémentée dans un circuit programmable du marché à environ 30 000 portes logiques. Mais pour optimiser les coûts et mieux préserver ses secrets, Watteco se prépare à passer à une puce Asic en 2010. Les premières applications visées se situent dans le chauffage, la climatisation, les compteurs intelligents et l'éclairage public. La société, qui table sur la vente de quelques centaines de milliers de pièces cette année puis quelques millions d'unités en 2010, veut ensuite s'attaquer aux passerelles Internet domestiques, aux appareils électroménagers et aux produits électroniques grand public.

En plus de Schneider Electric, qui développe trois produits à base de WPC pour 2010, la technologie est retenue par EdF Énergies nouvelles pour des fermes solaires et par Cisco pour des routeurs. Watteco cherche à s'entourer d'un consortium d'industriels pour faire passer sa technologie du stade propriétaire au rang de standard de fait.

La nouvelle mouture WPC 2.0 a été enrichie d'une couche logicielle qui la rend conforme au standard IEEE 802.15.4, ce qui lui permet d'interopérer avec d'autres protocoles de communication comme IP, sa version allégée 6LowPan ou encore le protocole radio ZigBee. Car « une seule technologie ne peut pas tout faire à l'échelle d'une habitation. Pour remplir l'ensemble des besoins domotiques, on a besoin de combiner une technologie de communication filaire comme WPC avec une technologie radio comme ZigBee », explique Éric Berthaud. Symbole de cette complémentarité, le modem hybride WPC-ZigBee développé conjointement par Schneider Electric et Watteco.

COMMENT ÇA MARCHE

La technologie WPC (Watt pulse communication) - transmet les données via le réseau électrique domestique par impulsions de courant, les mêmes que celles générées sur le réseau par les appareils ménagers lors de leur mise sous tension et leur extinction. À chaque appareil électrique correspond une impulsion électromagnétique aux caractéristiques uniques. Une fois créée, elle se propage de façon naturelle sur le réseau jusqu'à 200 mètres de distance.

La technologie CPL (courants porteurs en ligne) - transmet les données via les lignes électriques existantes sur des ondes de courant porteuses créées en injectant en permanence du courant sur le réseau à l'aide d'un transformateur de couplage inductif. La technologie WPC s'affranchit de cette circuiterie lourde, ce qui explique la réduction de l'encombrement, de la consommation et des coûts. La technologie CPL se décline en deux familles : celle à bande étroite et celle à large bande. La première, utilisée depuis longtemps par des électriciens comme EdF (signalisation sur le réseau, changement de tarif...), fonctionne en dessous de 500 kHz pour des débits limités à 5 kbit/s. La seconde, développée plus récemment pour les applications Internet et vidéo, monte jusqu'à 30 MHz pour un débit théorique de 200 Mbit/s. La technologie WPC se présente comme une solution de rechange aux CPL à bande étroite.

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