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« L'IoT ajoute une couche cyberphysique aux problèmes rencontrés dans le numérique », pointe Emmanuel Baccelli, de l'Inria

Emilie Dedieu
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« L'IoT ajoute une couche cyberphysique aux problèmes rencontrés dans le numérique », pointe Emmanuel Baccelli, de l'Inria

© © Inria / Photo G. Scagnelli

L’Inria a publié le 8 décembre 2021 son Livre blanc de l’Internet des objets, pour définir les limites, les enjeux et les perspectives de cette mise en réseau des appareils qui touche avec de plus en plus d’ampleur tous les secteurs. Emmanuel Baccelli, chercheur Inria et coordinateur du livre blanc en expose les grandes lignes à Industrie et Technologies.

Industrie et Technologies : Que considérez-vous comme faisant partie de l’Internet des objets ?

Emmanuel Baccelli : L’internet des objets, ou IoT, regroupe tous les équipements électroniques qui fonctionnent à partir de protocoles IP, et qui vont être en réseau – bien que pas nécessairement connectés à Internet. On exclut de cette définition les ordinateurs, les tablettes et les smartphones, parce qu’on considère également que l’IoT repose sur une démarche que l’on qualifie de « cyberphysique », c’est-à-dire qui jette des ponts entre le monde numérique et le monde physique. Cela va donc concerner tous les objets embarqués du grand public, mais également tout ce qui touche à l’Industrie 4.0, des capteurs sur les machines à l’automatisation en réseaux.

Qu'est-ce qui a motivé l'écriture du livre blanc de l'Inria sur ce sujet ?

L’IoT est quelque chose qui va s’immiscer un peu partout dans tous les comportements de nos vies – et qui a déjà commencé à le faire. Et en premier, dans nos programmes de recherches : à l’Inria, nous avons une trentaine d'équipes de recherche qui travaillent sur ces sujets, et notre première étape a donc été d’apprécier ce que l’on pouvait faire en interne. Après avoir fait cette cartographie, on s’est rendu compte qu’il y avait des visions très différentes qui coexistaient et qui ne parlaient pas entre elles. C'est ce qui nous a poussés à nous tourner vers l’extérieur, pour tenter de proposer une structure de ce qu’est l’IoT. Nous avons interrogé en tout une cinquantaine d’équipes de chercheur – de l’Inria, mais aussi d’autres organismes de recherche et d'industriels. À partir de là, nous avons identifié les limites du sujet, ses défis et comment l’aborder sans déborder. Nous avons fait le choix, par exemple, de ne se concentrer que sur les objets peu gourmands en énergie, et qui obéissent à la même dynamique de marché.

L'IoT promet des solutions d'efficacité énergétique. Mais celles-ci seront-elles suffisantes face à la multiplication des objets connectés et à leur coût environnemental et énergétique ?

C’est un point qui reste en suspens, et sur lequel je pense, un pan de la recherche doit se pencher. Pour l’instant, beaucoup se sont intéressés à la question de l’optimisation, aux économies d’énergie que peut apporter tel ou tel dispositif. Mais on ne fait pas la balance entre les coûts directs, les matières premières, les effets rebonds, les optimisations possibles, celles que l’on va réellement mettre en place, les découvertes que cela va amener, et ce qu’on va pouvoir en faire. C’est complexe à mesurer, mais je dirai que le fait qu’on ne sache pas répondre à cette question est une réponse en soi.

Quels sont les principaux défis pour le futur de l’IoT ?

On peut les séparer en deux catégories : ceux qui sont techniques et scientifiques, et ceux qui sont de l’ordre sociétal. Du point de vue sociétal, il faut résoudre des problèmes éthiques. Plus on récolte de données, et plus les capteurs sont au plus proches des gens, plus il faut garantir leur vie privée, ce qui demande d’être capable de savoir où vont les données de chaque acteur. Nous allons avoir besoin aussi de définir de nouvelles responsabilités, au niveau des individus et au niveau des entreprises. Par exemple, si quelqu’un se blesse dans une voiture autonome, à qui est-ce la faute ? À celui qui a fabriqué le matériel ? Celui qui a codé le logiciel ? Ensuite, il y a les problèmes d’ordre technique. On va avoir besoin d’installations capable de traiter les flux de données, et de définir des protocoles qui permettent d’exploiter correctement les données tout en s’assurant qu’elles sont sécurisées. Il y a aussi l’aspect de l’apprentissage automatique. On va vouloir nourrir l’intelligence artificielle de ces flux de données, qui vont être colossaux, tout en conservant la souveraineté dessus.

Ces questionnements ne sont pas nouveaux. Est-ce qu’on peut considérer que l’IoT rajoute un niveau de complexité sur des problématiques que nous cherchons actuellement à résoudre ?

Tout à fait, je pense que c’est la bonne manière de voir les choses. Nous rajoutons une couche cyberphysique à des problèmes que nous rencontrons d’ores et déjà dans la bulle numérique. C’est pour cela que c’est important de communiquer sur ce sujet, à la fois auprès du grand public et des industriels. Nous pensons qu’une partie de la solution se trouve dans le fait que l’on puisse s’emparer facilement des outils de l'IoT, et c’est pour cela qu’à l’Inria nous avons développé un système d’exploitation open source, l’équivalent d’un Linux pour l’IoT, appelé RIoT. Certaines entreprises ont déjà choisi de l’intégrer dans leurs produits, et nous sommes convaincus que cela permettra de créer un socle commun solide pour avancer dans l’IoT. 

 

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