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Avant d'économiser, diagnostiquez !

Youssef Belgnaoui

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Des entreprises spécialisées proposent aux industriels un regard extérieur sur leurs consommations et des méthodes pour améliorer leur performance énergétique.

C'était hier. Les dirigeants d'entreprise étaient bien peu à se soucier de l'efficacité énergétique de leurs sites industriels. Il importait surtout que l'énergie fournie ou produite soit disponible et assure le fonctionnement optimal des équipements. « La facture énergétique était payée sans trop d'attention. Celle-ci ayant tendance à fortement augmenter, la consommation énergétique est devenue un sujet de direction générale qui s'y intéresse de près et demande des réductions », assure Rochdi Ziyat, directeur d'Actenium, un réseau de cent entreprises filiales de Vinci Énergie et spécialisées dans l'ingénierie d'installations électriques, d'automatismes, etc.

Déléguer la gestion de l'énergie

Il n'aura en effet échappé à personne que l'industrie française subit une très forte pression. Pour la survie et la compétitivité de leurs entreprises, les dirigeants sont désormais ouverts à toute idée qui leur est soumise pour réaliser des économies.

« Nous leur proposons d'optimiser pour eux la gestion de leurs énergies. S'ils nous délèguent la responsabilité de cette fonction, nous nous engageons, par contrat, à réduire leur facture énergétique d'un montant déterminé sur une période définie. Des pénalités financières nous seraient réclamées si nous ne tenions pas nos engagements qualitatifs et quantitatifs », indique Didier Roux-Dessarps, directeur commercial industrie tertiaire chez Dalkia.

Tous les indicateurs sont aujourd'hui en faveur de la promotion des services visant à améliorer l'efficacité énergétique des sites industriels. Si les compétences d'énergéticiens ne sont pas disponibles en interne, les entreprises peuvent faire appel à de nombreux bureaux d'études spécialisés. Mieux. Aujourd'hui, de grands groupes se lancent sur ce marché prometteur. Ainsi, le spécialiste français de la distribution électrique et des automatismes, Schneider Electric, propose à ses grands comptes d'améliorer l'efficacité énergique de leurs sites. Selon lui, le marché mondial des services énergétiques des bâtiments et de l'industrie se situe autour de 10 à 15 milliards d'euros présentement et connaît une croissance d'environ 10 %, qui devrait atteindre les 20 % dans les cinq ans quand les conditions de marché et de conscience auront évolué, surtout en Europe. Son homologue allemand Siemens Building Technologies s'invite aussi sur ce marché en proposant un contrat de performance énergétique. Contraints d'aider leurs clients à réduire leur consommation, les fournisseurs d'énergie entrent également dans la danse. Mais les fournisseurs de services énergétiques, les entreprises d'ingénierie, les centres techniques ou encore des spécialistes du comptage énergétique et de la qualimétrie ne sont pas non plus en reste.

Des contrats qui s'autofinancent

« Si la motivation de nos clients est croissante, nous restons encore dans un marché d'opportunité. Ils font rarement appel à nous de leur propre chef. Mais quand nous leur proposons un contrat de performance énergétique, 99 % des clients sont intéressés », raconte Gilles Herry, directeur commercial de l'activité solutions pour l'énergie et environnement de Siemens Building Technologies. Si ces contrats ne trouvent pas toujours preneurs c'est, d'une part, pour des raisons culturelles, lorsque l'entreprise ne souhaite pas externaliser l'optimisation de ses énergies, ou d'autre part, lorsqu'elle ne pratique pas le financement externe. « Notre contrat de performance énergétique consiste à autofinancer des investissements par des économies d'énergie que nous garantissons », précise Gilles Herry. C'est là que se situe l'innovation. Alors qu'en général, ce type d'investissement doit être prévu par l'entreprise, ici, Siemens propose des systèmes de rénovation visant à améliorer les performances énergétiques avec leurs solutions de financement. Ce contrat, qui s'étale de trois à sept ans selon les temps de retour sur investissement, vise toutefois les structures dont les dépenses énergétiques dépassent les 150 000 euros jusqu'à plusieurs millions d'euros par an.

Lorsque l'on parle d'efficacité ou de performance énergétique, il ne s'agit pas seulement de réduire la consommation d'électricité, de pétrole ou de gaz d'un site industriel. Tous les postes énergivores du site sont visés. Les dispositifs d'éclairage, les équipements de production de vapeur, d'eau chaude ou encore d'air comprimé, les installations de chauffage et de climatisation et tous les équipements de process doivent réduire leur consommation d'énergie tout en offrant le même niveau de service en termes de qualité, de disponibilité, de quantité et de productivité.

« La grande variété des infrastructures et des processus industriels qui se présentent ne permet pas de savoir par avance sur quel levier on va jouer pour optimiser l'utilisation de l'énergie », note Jean Kieffer, directeur du Centre d'ingénierie et de projets chez Schneider Electric.

La variété des sites et process industriels rend chaque projet unique. Il est impossible de calquer à l'identique des solutions d'un site à un autre. Alors comment procéder ? Tout bon diagnostic énergétique débute par... un pré-diagnostic. Il s'agit d'une visite du site par des ingénieurs spécialisés. Ces derniers prennent connaissance des installations énergivores (production de froid, de chaud, de vapeur, d'air comprimé, etc.) et des processus de production. Ils analysent également les relevés de consommations s'ils sont disponibles. « Il y a des clients structurés et organisés qui ne nous ont pas attendus pour disposer des sous-compteurs. Mais la plupart ne possèdent qu'un seul compteur sur leur site », remarque Rochdi Ziyat d'Actenium. Cet audit préliminaire a pour objectif d'évaluer les besoins du client, de connaître la structure des coûts et l'organisation en place et, surtout, de savoir à quoi et comment l'énergie est utilisée.

Mesurer tous les paramètres

À l'issue de cette première phase durant laquelle le dialogue avec son client est très important, l'entreprise d'audit évalue le potentiel d'économie énergétique et décide de la poursuite de ses investigations. Elle s'attaque alors à l'audit détaillé qui peut comprendre des campagnes de mesure. Des mesures de consommation énergétique de divers équipements ou ateliers sont réalisées durant quelques jours voire quelques semaines. Il faut également réaliser des mesures de température, de pression, d'hydrométrie, etc. Tout paramètre qui influence la consommation des équipements du site et du process. « Si le client dispose d'une bonne connaissance et d'une classification de ses données énergétiques, nous pouvons éviter les mesures. S'il ne sait pas trop quelle charge consomme quoi et à quel moment, elles sont indispensables », explique David Guillot, responsable de la cellule expertise d'Enerdis. Il faut disposer d'indicateurs fiables pour s'attaquer en priorité aux plus gros gisements d'économies. « En général, 80 % des dépenses viennent de 20 % de points spécifiques », observe Rochdi Ziyat d'Actenium.

Les consommations énergétiques seront analysées et les besoins éventuellement redéfinis. Il y a parfois un fort décalage avec les besoins réels qui sont souvent moins importants que l'entreprise ne l'imagine. « Certains industriels surproduisent par sécurité, par peur de manquer. D'autres, par exemple, continuent de produire de la vapeur alors que leur process a évolué et se satisferait d'eau chaude », note Didier Roux-Dessarps de chez Dalkia.

Le diagnostic détaillé rend possible la détermination du juste besoin et des économies potentielles. L'auditeur présente alors à son client ses recommandations, les investissements nécessaires à certaines rénovations d'équipements en les associant aux économies et aux retours sur investissement attendus. « Quels que soient l'installation ou le process, une réduction de 5 à 15 % des dépenses énergétiques est toujours possible. Aller plus loin dépend de la volonté de l'entreprise et des investissements qu'elle veut consentir », indique Jean Kieffer de Schneider Electric. Selon lui, un retour sur investissement d'une année peut être attendu pour des rénovations ou des modifications entraînant 5 % d'économie, deux à trois ans pour 10 % et huit à dix ans pour 20 %.

En pratique, les industriels n'acceptent des investissements que s'ils sont amortis en moins de deux ou trois ans. Pour beaucoup, les recommandations, même si elles s'avèrent très rentables en termes d'économies d'énergie, ne seront appliquées que si elles obéissent à cette règle. Ayant peu de visibilité sur l'évolution de leur process ou des produits fabriqués sur le long terme, les entreprises rechignent à se lancer dans de lourds investissements. « Elles attendent surtout de nous que nous décelions des gisements d'économies évidents qui ne nécessitent pas de dépenses et qu'elles n'auraient pas vu », commente Christophe Debard du Cetiat. Les industriels, en effet, se doutent bien qu'en adoptant un process ou un équipement plus moderne et en investissant plus lourdement, ils obtiendront de meilleures performances énergétiques et, pour ce genre de recommandations, ils n'ont pas besoin de conseils extérieurs.

Les experts extérieurs à l'entreprise sont, en revanche, à même d'apporter un conseil sur des comportements simples à adopter : déceler les éclairages inutiles, sélectionner une température adaptée, couper les équipements qui ne sont pas utilisés, rechercher des fuites dans les réseaux d'air comprimé ou de vapeur, rechercher les énergies non consommées ou le fluide produit en surplus, etc. Les bonnes pratiques d'ordre comportemental (éteindre la lumière ou la machine inutilisée, mettre un pull...) et certaines modifications n'exigent d'ailleurs que peu ou pas d'investissement. On peut, par exemple, citer la réduction du renouvellement de l'air d'un four, le décalage du démarrage des machines, la régulation plus fine d'un système de refroidissement, le fonctionnement en cascade des compresseurs, le désencrassage des aérothermes (système de chauffage par soufflage), le nettoyage régulier de vitres pour améliorer l'éclairage et mille autres choses encore.

Des investissements à long terme

D'autres recommandations exigent de petits investissements tels que l'isolation d'un four, l'installation de variateurs de vitesse sur certains moteurs, l'installation d'un système d'éclairage économique, etc. Un système de gestion technique électrique peut également être mis en place. Il pilote le délestage en fonction des horaires et de la demande. « Il est parfois plus économique de démarrer pour quelque temps un groupe électrogène que de tirer sur le réseau électrique à un tarif élevé », remarque Rochdi Ziyat d'Actenium.

Enfin, des améliorations de rupture peuvent être proposées. Elles exigent alors des investissements à long terme comme, par exemple, des nouveaux équipements de chauffage ou de séchage, une nouvelle chaudière ou encore des dispositifs alimentés par des énergies renouvelables. « La remise en question des processus est souvent motivée par le fait qu'il existe de l'énergie disponible ou perdue et dont on ne sait que faire », précise Christophe Debard du Cetiat. Ainsi, pour mettre en place un système de récupération d'énergie, il faut qu'il y ait adéquation et simultanéité entre l'offre et la demande. Le niveau de température récupéré doit, par exemple, correspondre au besoin. Lorsque cette adéquation existe, la récupération de calories ou d'énergie offre un bon rendement en termes de performance énergétique tout en exigeant des investissements peu élevés.

QUI PEUT VOUS AIDER ?

Si les compétences d'énergéticiens ne sont pas disponibles en interne, les entreprises peuvent faire appel à de nombreux bureaux d'études spécialisés pour améliorer les performances énergétiques de leur site. Mais d'autres spécialistes proposent leurs services :

- Des fournisseurs d'énergie qui sont désormais tenus d'offrir aux entreprises des solutions visant à réduire leur consommation. EDF s'y engage par contrat, les diagnostics de ses experts sont gratuits. - Des fournisseurs de systèmes de gestion technique du bâtiment et d'automatismes, tels que Siemens ou Schneider Electric, offrent également leurs services pour améliorer l'efficacité énergétique. Siemens propose notamment de financer les investissements nécessaires par les économies d'énergie réalisées.- Des gestionnaires délégués en énergie déterminent le juste besoin de leurs clients. Ainsi, Dalkia reconçoit, s'il le faut, leur schéma énergétique et finance sur des contrats de dix ans en moyenne la construction et la gestion des équipements de production d'énergie. - Des centres techniques, tels que le Cetiat, s'intéressent tout particulièrement aux performances énergétiques des processus de production exigeant chauffage, séchage, refroidissement, etc.- Des spécialistes du comptage et de la qualité électrique tels qu'Enerdis, ou des ingénieristes tels qu'Actenium, apportent également leur expertise en la matière.

LE DIAGNOSTIC ÉNERGÉTIQUE

C'est - Une étude approfondie des différents postes consommateurs d'énergie d'un site. Il consiste à réaliser un bilan énergétique et à quantifier les gisements d'économie d'énergie potentiels. Un plan d'actions et les investissements nécessaires sont alors définis pour parvenir à exploiter ces gisements au meilleur coût pour l'entreprise. Il porte sur - Les consommations d'énergie des équipements de production et sur les utilités (éclairage, chauffage, climatisation, ventilation, air comprimé, vapeur, etc.) Comment ? - Le référentiel BP X30-120, publié en mars 2006 par l'Afnor, décrit la méthode à adopter pour réaliser un diagnostic énergétique dans l'industrie. Il garantit à l'entreprise des pratiques cohérentes et harmonisées contribuant à la réalisation de diagnostics de qualité. - Les prestataires et les utilisateurs peuvent également se référer aux cahiers des charges "Prédiagnostic utilisation rationnelle de l'énergie" et "Diagnostic utilisation rationnelle de l'énergie" de l'Ademe. Des aides - Sous certaines conditions, la réalisation d'un diagnostic énergétique peut bénéficier d'une aide financière de l'Ademe. L'obtention d'aides à l'investissement est d'ailleurs liée à la réalisation d'un tel diagnostic.

QUEL CONSOMMATEUR ÊTES-VOUS ?

Le débutant - Les entreprises dont la prise de conscience est déclenchée par l'augmentation importante de leur facture énergétique. Elles doivent réaliser un prédiagnostic énergétique. Une première évaluation des gisements d'économies est réalisée. L'industriel est orienté vers des interventions simples ou des études approfondies.

Les actions - Éteindre les lumières inutiles, utiliser au maximum la lumière du jour, couper les équipements inutilisés, sélectionner une température adaptée, éliminer des fuites d'air comprimé ou de vapeur, etc.

QUEL CONSOMMATEUR ÊTES-VOUS ?

L'initié - Les entreprises qui ont conscience que leur site consomme un peu trop. Elles doivent réaliser un diagnostic énergétique. À partir de ce bilan et de la connaissance du poids de chaque poste, elles pourront prendre les premières mesures exigeant peu ou pas d'investissement.

Les actions - Régulation plus fine, optimisation du réglage des machines, isolation des parois d'un four, etc.

QUEL CONSOMMATEUR ÊTES-VOUS ?

L'expert - Les sociétés qui connaissent précisément le niveau et la nature de leur consommation. Elles ont, par exemple, déjà installé des variateurs de vitesse sur certains moteurs, des compresseurs plus performants et des dispositifs d'éclairage plus économes.

Les actions - S'intéresser à l'optimisation intersystème et à la récupération d'énergie.

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