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Aux Assises de l'économie circulaire, industriels et pouvoirs publics veulent accélérer la transition écologique

Alexandre Couto
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Aux Assises de l'économie circulaire, industriels et pouvoirs publics veulent accélérer la transition écologique

Echalier (Auvergne), filiale de Paprec Group - recyclage de bois, papier, carton, plastique, ferraille, VHU, dechets dangereux... Balles de plastique

© Paprec

Les 4ème Assises de l’Economie Circulaire, événement organisé par l’Ademe, ont débuté hier, lundi 7 septembre. Jusqu’à ce soir, près de 5000 participants vont  échanger sur les moyens d’accélérer la mise en place de moyens de production plus économes en ressources et faiblement émetteurs de CO2. L’éco-conception s’impose comme l’un des leviers majeurs de cette transition.

 

Le coup d’envoi a enfin pu être donné ! Après un report, au mois de juin pour cause de Covid, les Assises de l’économie circulaire, pilotées par l’Ademe, ont débuté le 7 septembre. Pendant deux jours, entreprises, pouvoirs publics et acteurs de l’écologie vont pouvoir partager des retours d’expérience en s’appuyant sur un format hybride, mêlant des tables rondes en « présentiel », organisées à la maison de la chimie à Paris, et une diffusion interactive en ligne.

L’événement a su séduire un vaste public : avec près de 5000 inscrits, soit plus du double par rapport au précédent rendez-vous en 2017, cette 4ème édition était particulièrement attendue. Il s’agit du premier événement autour de l’économie circulaire organisé après la promulgation, en février dernier de la loi AGEC (anti-gaspillage et économie circulaire).

« La loi AGEC représente un point de basculement dans la mise en place de l’économie circulaire », explique Arnaud Leroy, président de l’Ademe « Cet engagement a été renforcé la semaine dernière avec le plan France Relance, qui a octroyé une enveloppe supplémentaire de 500 millions d’euros pour accélérer l’économie circulaire. La graine est plantée et nous sommes désormais dans le temps de l’action. »

Coup d’accélérateur sur l’économie circulaire

Le texte, ambitieux, vise à éliminer les produits en plastique à usage unique, à favoriser le recyclage et l’incorporation des matériaux recyclés, ainsi qu'à lutter contre l’obsolescence programmée. Des objectifs qui affectent directement les modèles de conception, de production et de consommation. Ils touchent aussi directement certaines industries avec la mise en place de nouvelles filières REP (à responsabilité étendus du producteur) et l'imposition, dans ce cadre, de plans quinquennaux d’éco-conception à partir de 2021.

« Nous avons mis en place au mois de juillet l’instance de régulation des REP. La crise sanitaire n’a pas bousculé outre-mesure le calendrier. Aucun signal d’alarme n’a pour le moment été tiré, nous serons dans les temps », précise Arnaud Leroy.

Ces plans d’éco-conception devront permettre de réduire significativement les impacts environnementaux des produits sur leur cycle de vie. Si la consommation énergétique et les émissions de CO2 restent des indicateurs-clés, la préservation des ressources est désormais l’un des principaux enjeux de l’économie circulaire.

« La conception dans le cadre de l’économie circulaire doit répondre à deux enjeux importants : Tout d’abord réduire la quantité de matière sans pour autant réduire les fonctionnalités de l’objet, et ensuite pouvoir retraiter aisément le produit en fin de vie pour en récupérer tout ou une partie des matériaux », souligne Arnaud Leroy.

Alors que certains matériaux ne peuvent être fournis que par des pays étrangers, notamment pour les appareils électriques et électroniques, cette approche parcimonieuse peut se révéler stratégique pour certaines filières. « L’écologie et l’économie circulaire doivent être synonymes de compétitivité », poursuit Arnaud Leroy.

L’éco-conception : un équilibre à trouver

Reste que l'équation économique n'est pas simple, comme en témoigne Joël Tronchon, vice-président développement durable du groupe Seb, s’exprimant lors d’une conférence plénière intitulée « Un nouveau modèle économique pour notre société ».

« Pour notre marque Tefal, nous avons fait le choix de produire une gamme de poêles et de casseroles en aluminium recylé, qui est plus cher que l’aluminium vierge. Nous vendons cette gamme plus chère. C’est un pari que nous avons fait : nous avons fait des tests et revu nos moules pour adapter nos modèles à la matière recyclée. Au final, nous nous sommes rendus compte que certains consommateurs étaient prêts à payer un peu plus pour ce type de produits », explique-t-il.

Le groupe Seb mise également sur la réparabilité de ses produits : « Nous avons un réseau de réparateurs partenaires. Une réparation coûte entre 20 et 40% du produit neuf. Le groupe Seb ne fait aucune marge sur les réparations et le coût ne sert qu’à faire vivre le réseau de réparateurs ». Le groupe travaille en ce moment avec l’Ademe afin de mettre en place un réseau de rechappage pour les revêtements anti-adhésif, principal cause d’obsolescence des poêles et casseroles.

Matières recyclées et biosourcées

Plusieurs autres sociétés ont pu témoigner sur leur démarche d’éco-conception, à l’instar de Soöruz, créateur de combinaisons de plongée baptisées Biöprene. « Nous avons fait le choix d’intégrer des matériaux recyclées et biosourcés », met en avant Yann Dalibot, co-fondateur de la société. « Nous avons ainsi intégré du polyester recyclé et du caoutchouc naturel issus de l’hévéa et de la canne à sucre dans notre modèle. Nous avons également remplacé le calcaire minéral utilisé pour éviter le frottement de la combinaison par de la poudre de coquille d’huître recyclé. Les performances sont identiques aux combinaisons en matières pétrosourcée ».

Soöruz récupère également les combinaisons en fin de vie pour les retraiter. « Les combinaisons sont constituées de trois couches de matière collées entre elles que l’on ne peut malheureusement pas décoller. Nous ne pouvons que les broyer. Mais nous avons réfléchi avec d’autres sociétés au moyen de valoriser ces broyats et ils servent en tant que rembourrage dans du mobilier », explique Yann Dalidot.

La société Litha Espresso, quant à elle, fabrique des capsules de machines à café, compatibles Nespresso, réalisées en polymères biodégradables. Outre le défi technique qui consiste à trouver une formulation de plastique permettant à la capsule de résister aux conditions de température et de pression de la machine, la société a mis en place son réseau de collecte auprès des entreprises pour permettre le compostage industriel des capsules. « Nous travaillons actuellement sur une formulation de matière et un modèle de capsule directement compostable chez le particulier », dévoile Léo Delhon, président de Litha Espresso « Nous espérons pouvoir sortir ce modèle de capsule en 2021 »

Prendre en compte de nombreux paramètres

Dernier retour d’expérience, la société Eurotab Tabletting propose des produits d’entretien ménager sous la forme de tablettes à diluer. Eau de Javel, nettoyant à vitres et détachants se retrouvent condensés sous la forme de pastilles de quelques grammes. « Nous avons fait ce choix afin de minimiser le packaging, et de faciliter le stockage et le transport des produits. Toutes nos matières premières sont éco sourcées et nous évaluons la juste dose pour la juste utilisation. », explique Regis Desroches, président de la société. 

L’ensemble de ces paramètres ont été pris en compte grâce à un logiciel d’Eco design – Ecodesign Studio de la société Altermaker, mis au point en partenariat avec le CETIM - qui permet de prendre en compte de nombreux paramètres sur l’ensemble du cycle de vie du produit. « C’est un logiciel assez exigeant parce qu’il faut renseigner de nombreux paramètres, mais il nous a permis de constater que nos choix de conception permettent de réduire de 30% l’impact environnemental du produit »

Les effets de l’éco-conception, positifs ou négatifs, sur la santé économique des entreprises sont toutefois encore mal connus devant la complexité du cycle de vie des produits. L’Ademe lancera le 18 septembre prochain une grande enquête auprès des entreprises afin d’évaluer l’impact réel sur leur fonctionnement de la mise en place de ces principes de conception. Les résultats devraient arriver en 2021. Un premier sondage en ligne, organisée en parallèle à la table ronde, est déjà révélateur : un grand nombre d’entreprises participantes aux assises souhaitent d’ores et déjà y participer.

 

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