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La semaine de Jean-François Prevéraud

Autodesk vire au vert

Industrie et  Technologies
A l'instar des éditeurs de solutions plus lourdes, Autodesk se positionne clairement sur le marché du prototypage numérique, et chose plus originale, il mise sur le développement durable et l'éco-conception.


Cette semaine Autodesk a tenu, pour la première fois à Paris, un Manufacturing Summit destiné à présenter la voie que l'entreprise entend suivre dans les années à venir dans le domaine des applications industrielles. Ainsi plus d'une centaine de journalistes et analystes, venus des quatre coins de la planète, ont-ils pu écouter la bonne parole de Carl Bass le President & CEO, de Buzz Kross, le senior vice-president en charge de la division Manufacturing, ou encore de Andrew Anagnost, le vice-president en charge des produits CAO et Calcul cette division. Le tout étant illustré de témoignages de clients et accompagné de quelques présentation de technologies qui pourraient être prochainement disponibles dans les logiciels de la maison. Bref une mine d'informations. Voici les principaux enseignements que j'en ai retenu.

« Les quatre grands défis auxquels les industriels doivent faire face s'ils veulent rester dans la course sont : la globalisation des marchés ; l'impérieux besoin d'innovation ; la maîtrise de la complexité grandissante de leurs produits et le développement durable », prévient d'entrée de jeu Buzz Kross. « Autant de points sur lesquels nous pouvons les aider grâce à nos logiciels qui, dès les phases amont de leurs projets, leur permettent de trouver des réponses techniques originales. Optimisation de l'existant, changement de matériaux et des process de fabrication, intégration de la mécatronique, réduction de la consommation énergétique, augmentation de la part du recyclable, seront maintenant plus faciles pour nos clients grâce à l'approche Digital Prototyping que nous leur proposons ».

De la CAO au prototypage numérique

Le mot est lâché, Digital Prototyping. Qu'on se le dise, Autodesk n'est plus un acteur du monde de la CAO, proche de la modélisation géométrique des produits, il se pose maintenant en acteur du développement global de produits. « Les industriels qui sont passés de la modélisation 2D à la 3D sont actuellement dans la moyenne. L'expérience montre que les plus performants en sont maintenant à utiliser une chaîne numérique intégrée pour le développement de leurs nouveaux produits. Notre rôle va être d'aider ceux qui sont dans la moyenne à devenir des "best-in-class" », affirme Andrew Anagnost.

Il est clair que sans chaîne numérique intégrée le passage entre les phases conception, développement/industrialisation et production se traduit souvent par une perte d'informations et de savoir-faire toujours préjudiciable à la qualité et aux performances du produits, et génératrice d'une augmentation significative des coûts de développement. « Il faut que les industriels tirent parti de la technologie informatique, toujours plus disponible, pour mettre en place de nouveaux processus de développement garantissant une unicité et une robustesse de la chaîne numérique d'information autour de leurs produits. Cela existe déjà, à travers l'approche PLM, mais à des coûts prohibitifs pour la majorité des industriels. Notre volonté est d'abaisser la barre ».

Si l'on regarde dans les faits, Autodesk couvre déjà largement la phase amont du design avec l'offre Alias. Son cœur de métier CAO lui permet de traiter toute la modélisation géométrique, depuis Autosketch jusqu'à Inventor. On sent aussi une volonté certaine d'aller vers le monde de la simulation, non plus via des accords avec des éditeurs tiers, mais avec une offre propriétaire. La récente acquisition de PlassoTech est là pour le rappeler. Enfin, l'offre gestion de données techniques, Vault, ProductStream, ne demande qu'à se développer. Si l'on ajoute à cela la très bonne santé financière de la compagnie, il y a fort à parier qu'Autodesk va rapidement combler ses quelques manques par des acquisitions de technologies ou de sociétés. Il lui faut une offre calcul/simulation digne de ce nom. Dans ce marché morcelé l'acquisition d'un grand (pourquoi pas Ansys ?) lui permettrait d'aller vite. Enfin, au bout de la chaîne, il lui manque toujours une offre FAO et plus globalement usine numérique. Mais des choses pourraient être annoncées prochainement dans ce domaine.

Rendre le PLM abordable

Une chose est certaine, les dirigeants d'Autodesk veulent changer l'image de marque DAO/CAO de l'entreprise pour en faire un acteur majeur du PLM. « Le focus sur la géométrie est dépassé. Nos clients sont des concepteurs, pas des modeleurs. Il leur faut des outils leur permettant d'intégrer leurs différents savoir-faire dans les composants qu'ils créent, afin de les optimiser au mieux et le plus rapidement possible. C'est ce que nous allons les aider à faire à coût qui leur soit abordable », martèle Andrew Anagnost.

Autodesk semble ainsi vouloir rééditer dans le domaine du PLM son coup d'éclat de 1981, où il offrait 80 % des fonctionnalités des grands systèmes de CAO pour 20 % du prix. C'est ce qui a mis le pied à l'étrier de beaucoup d'industriels. Un quart de siècle plus tard, il pourrait devenir l'acteur qui démocratisera le PLM dans les PME.

Voilà Dassault Systèmes, Siemens PLM Software (UGS) et PTC prévenus. Les concurrents d'Autodesk ne sont plus SolidWorks ou Solid Edge, mais les offres PLM intégrées, Catia/Simulia/Enovia/Delmia, NX/Teamcenter, et Pro/Engineer/Windchild. Une menace qu'à notre avis ces éditeurs ne devraient pas prendre à la légère.

Reste maintenant à savoir comment cela sera commercialisé. En effet, bien peu de revendeurs sont déjà capables de proposer à leurs clients des intégrations efficaces entre la CAO et la GDT, alors de là à vendre du PLM ... Et Autodesk travaille jusqu'à maintenant uniquement en indirect. Y aura-t-il donc bientôt une évolution du "business model" ?

Autodesk adopte la "Green attitude"

Dans son intervention, Carl Bass a voulu prendre un peu de recul par rapport à ces préoccupations. « L'un des challenges majeurs auquel est confronté notre planète est le développement durable. Entre le bon et le mauvais, il vaut mieux choisir l'optimal pour la planète en regardant l'impact d'un produit sur l'environnement durant tout son cycle de vie. Ainsi lorsque l'on vous propose au supermarché de choisir entre un sac en plastique ou en papier pour emporter vos courses, la bonne réponse est peut-être de venir avec un cabas fait de fibres naturelles tressées ».

« Et Autodesk a un rôle important à jouer dans le développement durable. Nos outils permettent de mieux comprendre les projets, ainsi que d'en analyser et d'en minimiser les impacts sur l'environnement. Le Digital Prototyping facilite la réduction des quantités de matière utilisées, voire d'évaluer et d'adopter des matières recyclées pour certaines pièces. De même, il devient plus facile de déterminer les besoins énergétiques d'un équipement et d'y effectuer, dès sa conception, des modifications pour les réduire. La tracabilité apportée par les outils de gestion de données permet de valider la conformité d'un produit par rapport aux normes environnementales et aux impératifs de recyclage en fin de vie. Enfin, il devient aussi plus simple de calculer le bilan carbone (carbon footprint) d'un produit avant même qu'il ne soit fabriqué ».

Saluons cette prise de conscience de la nécessité de protéger l'environnement et d'entrer dans une phase de développement durable. Une attitude à laquelle les Américains semblaient accorder peu d'intérêt jusqu'à une date récente. Reste maintenant à savoir si c'est une véritable conversion ou un simple discours marketing destiné à faire surfer les ventes d'Autodesk sur la vague du développement durable. Et là les réponses sont plus évasives.

Concernant l'emploi des matières recyclées le message est de dire par exemple : « nos outils de simulation pourront les évaluer ... dès que des bases de données fiables en fourniront les caractéristiques techniques ». Notre question sur l'intégration d'un module de simulation aérodynamique dans Alias AutoStudio, qui donnerait en temps réel au designer le Cx et donc la consommation énergétique de son futur véhicule, n'a pas reçu de réponse. Pas moyen non plus de savoir le montant de la R&D qui sera alloué à l'intégration de savoir-faire "développement durable" dans les outils d'Autodesk. Bref comme a dit Carl Bass dans sa présentation : « le développement durable est un business ». Mais il faut, à notre sens, ne pas le limiter qu'à cela.

Les technologies d'un futur proche

Dernier point mis en avant à ce sommet, les technologies qui pourraient être rapidement disponibles dans les produits d'Autodesk. Nous avons ainsi pu voir une intégration forte entre ProductStream et Microsoft SharePoint, dont le but est de faciliter le travail collaboratif pour tous. De même, il a été présenté un outil de rendu réaliste utilisant la technologie de lancer de rayon, capable de travailler sur un modèle bougeant en temps réel. Des développements issus de la récente acquisition d'Opticore. Les quelques designers présents dans la salle ont exprimé leur hâte de l'essayer. Enfin Autodesk a montré un workflow complet de développement de produits de grande consommation, intégrant les outils Studio d'Alias pour le design, Inventor pour la conception produit, Mold Designer pour la conception des moules d'injection couplée à de l'analyse rhéologique et l'intégration de SolidCAM pour l'usinage des empreintes.

Bref, Autodesk a affirmé lors de cette manifestation sa volonté de proposer du « Digital Prototyping for everyone ». Et il semble bien avoir les moyens de ses ambitions.

A la semaine prochaine.

Pour en savoir plus : http://www.autodesk.com

Jean-François Prevéraud, journaliste à Industrie & Technologies et l'Usine Nouvelle, suit depuis plus de 26 ans l'informatique industrielle et plus particulièrement les applications destinées au monde de la conception (CFAO, GDT, Calcul/Simulation, PLM...). Il a été à l'origine de la lettre bimensuelle Systèmes d'Informations Technologiques, qui a été intégrée à cette lettre Web hebdomadaire, dont il est maintenant le rédacteur en chef.

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