Nous suivre Industrie Techno

AstraZeneca : « L’erreur d’administration ne suffit pas, à elle seule, pour expliquer les cas de thromboses », estime Philippe Nguyen, président du GFHT

Aline Nippert

Sujets relatifs :

, ,
Soyez le premier à réagir

Soyez le premier à réagir

AstraZeneca : « L’erreur d’administration ne suffit pas, à elle seule, pour expliquer les cas de thromboses », estime Philippe Nguyen, président du GFHT

Sur plus d’un million quatre-cent mille personnes vaccinées avec AstraZeneca en France, neuf ont développé des thromboses graves (cérébrales et digestives), dont deux en sont décédées. Industrie & Technologies a interrogé le professeur Philippe Nguyen, président du Groupe français d’étude sur l’hémostase et la thrombose (GFHT), pour faire le point sur les pistes en cours, notamment celle émise par le collectif « Du côté de la science ».

Industrie & Technologies : Pour le collectif « Du côté de la science », la formation de caillots de sang quelques jours après l'injection d'une dose du vaccin d'AstraZeneca chez certaines personnes pourrait s'expliquer par une erreur d'administration : le vaccin aurait été injecté dans une veine plutôt que dans le tissu musculaire de l’épaule. Cette hypothèse suscite-t-elle l’attention des spécialistes français de la thrombose, réunis au sein du Groupe français d’étude sur l’hémostase et la thrombose ?

Philippe Nguyen : L’importance de la « voie d’administration » mérite de s’y arrêter. Chez les spécialistes de l’hémostase-thrombose, nous avons formulé une hypothèse immunologique… mais nous n’avons pas évoqué l’idée que le passage par effraction en intraveineux pouvait être l’élément déclenchant !

Après en avoir discuté avec le groupe, nous pensons que qu’il ne peut pas s’agir de la seule explication : ce qui interpelle, c'est le caractère exceptionnel des évènements thrombotiques, mais également leur sévérité.

Le collectif met en lumière une procédure de contrôle (« l’absence de retour sanguin »), pour s’assurer que l’aiguille ne se trouve pas dans les vaisseaux sanguins. Qu’en pensez-vous ?

Il est nécessaire de proposer des indications très pratiques aux centres de vaccination et, plus largement, aux hôpitaux. Rappeler la technique d'injection me paraît être une sage recommandation ! Pour autant, il faut avancer dans la compréhension des mécanismes de la thrombose.

Avec le groupe français d’étude sur l’hémostase et la thrombose, et en collaboration avec d'autres sociétés savantes (SFNV, SFMV), nous proposons des conduites à tenir pour les centres et hôpitaux afin qu’ils prennent en charge les patients et patientes victimes de thromboses le mieux possible. Car il faut évidemment traiter la pathologie, qu’elle ait un lien ou pas avec le vaccin !

Quelles sont vos recommandations, sachant le peu d’informations dont nous disposons sur ces cas de thromboses ?

Les observations commencent à être partagées et publiées. Aujourd’hui, la prise en charge thérapeutique s’oriente surtout sur des anti-thrombotiques déjà utilisés pour traiter la thrombopénie induite par l’héparine [un médicament anticoagulant, ndlr]. Car nous avons établi une analogie entre ce qui est observé chez les patients et patientes post-vaccinaux et le mécanisme de la thrombopénie induite par l’héparine. Dans les deux cas, le risque thrombotique s’opère de façon paradoxale : le caillot se forme alors que les plaquettes diminuent !

C’est, pour l’instant, notre principale piste de recherche, qui passe par la compréhension du mécanisme au niveau immunitaire. Elle est notamment explorée par le professeur Gruel au CHU de Tour et, en Allemagne, par le professeur Greinacher, l’un des leaders internationaux de la thrombopénie induite par l’héparine. Cela n'exclut pas d'autres mécanismes et nous y sommes attentifs.

À côté de la thrombopénie induite par l’héparine, un autre axe de recherche se dessine-t-il ?

Oui : en général, les thromboses sont plutôt des phlébites ou des embolies pulmonaires. Mais les patients et patientes post-vaccinaux qui développent une thrombose sont surtout victimes de thromboses veineuses cérébrales ou de thromboses digestives… ce sont des types de thromboses appelés « insolites » en raison du site inhabituel où elles se déclenchent.

Cela ne semble pas être une coïncidence puisqu'on les retrouve de façon comparable chez des victimes de thromboses après l’injection du vaccin. Ainsi, la thrombose veineuse cérébrale fait l’objet d’une réflexion chez les spécialistes, dont la référente est, en France, la professeure Cordonnier du CHU de Lille.

Combien de temps vous faut-il encore pour savoir si, oui ou non, il existe un lien de causalité entre la survenue des thromboses et le vaccin d’AstraZeneca ?

Il est effectivement trop tôt pour établir un lien de causalité. Ce n’est pas tant une question de taille de cohorte que de précisions dans les observations. Pour démontrer la causalité, nous avons besoin d’éléments biologiques, tels que la numération plaquettaire (le taux de plaquettes), des paramètres de coagulation intravasculaire disséminée (le fibrinogène et les D-dimères). Ou encore les facteurs de risques biologiques qui prédisposaient les patients et patientes aux thromboses, quoiqu’il est difficile, à l'heure actuelle, de penser que des facteurs tels que tabac et pilule soient déterminants car ce sont des expositions très fréquentes.

Nous communiquons beaucoup avec les centres et nous leur demandons de bien documenter l’hémostase chez les patients et patientes pendant toute la durée de l’hospitalisation. Il faut rappeler l'importance de la pharmacovigilance et de la notification exhaustive des observations ! La qualité des données est essentielle pour savoir si, oui ou non, il existe une causalité entre la survenue des thromboses et le vaccin d’AstraZeneca.

Bienvenue !

Vous êtes désormais inscrits. Vous recevrez prochainement notre newsletter hebdomadaire Industrie & Technologies

Nous vous recommandons

Vers des membres prosthétiques toujours plus humains

Vers des membres prosthétiques toujours plus humains

Lors de la conférence internationale Humanoids 2020, qui s'est déroulée du 19 au 21 juillet, le chercheur italien Antonio[…]

22/07/2021 | SantéRobots
Une micropuce aux ultrasons pour monitorer les paramètres vitaux

Fil d'Intelligence Technologique

Une micropuce aux ultrasons pour monitorer les paramètres vitaux

Une peau électronique pour le suivi à long terme de la santé

Fil d'Intelligence Technologique

Une peau électronique pour le suivi à long terme de la santé

Nvidia inaugure Cambridge-1, le supercalculateur le plus puissant du Royaume-Uni et dédié à la santé

Nvidia inaugure Cambridge-1, le supercalculateur le plus puissant du Royaume-Uni et dédié à la santé

Plus d'articles