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La semaine de Jean-François Prevéraud

Assystem se recentre sur le nucléaire

Jean-François Preveraud
Assystem se recentre sur le nucléaire

Asssytem restera campé sur ses deux pieds, la R&D externalisée et le nucléaire

© DR

Rencontre avec Dominique Louis, PDG d’Assystem, l’un des principaux spécialistes européens de l’ingénierie et du conseil en innovation, avec 8 500 collaborateurs. L’ingénieriste revient vers ses racines, à savoir le monde du nucléaire.

« Il y a au sein d’Assystem aujourd’hui deux réalités : le marché de la R&D externalisée, l’automobile, l’aéronautique, le naval, la défense ; et le nucléaire. Le premier marché correspond à de la prestation d’études par des ingénieurs de haut niveau, alors que le second, qui est très lié à notre histoire, correspond à la construction, la mise en service, l’exploitation et la maintenance d’installations nucléaires, avec des personnels projetés sur le lieu de la construction. Nous devons donc gérer deux activités et deux populations fort différentes, même s’il existe des passerelles entre les deux activités », constate Dominique Louis, PDG d’Assystem.

Du côté de la prestation d’étude, il y a eu en 2009 un effondrement du marché de l’automobile. Il s’en est suivi une réaction des clients qui en profitent pour réduire leur panel et durcir leurs relations avec les fournisseurs, en transférant notamment du risque vers les prestataires, dans le cadre de contrats avec engagement de résultats. « Autant dire une prime aux plus gros, à cause des panels, mais aussi des investissements nécessaires, notamment dans les outils informatiques. Cela nous a obligé à nous attaquer comme jamais nous ne l’avions jamais fait à nos coûts indirects en simplifiant les organisations ».

« Par contre, le nucléaire est une vision à beaucoup plus long terme. C’est un marché qui renaît et qui est caractérisé par le manque de compétences durables probablement pendant les 5 à 10 ans qui viennent. Par exemple l’INSTN, qui forme les spécialistes du nucléaire en France, est passé de 80 à 300 ingénieurs par an pour faire face à la demande. Nous avons de notre coté monté notre propre institut de formation, grâce à nos ingénieurs dont certains ont plus de 30 ans d’expérience, notamment via nos activités de maintenance dans les centrales d’EDF. Mais attention, il ne forme pas des ‘‘experts’’ du nucléaire. Il donne à nos jeunes ingénieurs la formation de base leur permettant d’entrer dans des projets ».

En effet, le nucléaire est un domaine hautement réglementé où l’enjeu mondial est l’acceptation des projets par les populations, ce qui impose de ne pas transiger avec la sûreté et la sécurité. Travailler dans le nucléaire, c’est prouver en permanence que l’on a toutes les habilitations et compétence nécessaires. « Et cela va se renforcer, car pour construire une installation nucléaire aujourd’hui, il est quasiment impensable de trouver de nouveaux emplacements, même dans les pays en voie de développement, ce qui veut dire que l’on utilise au maximum les emplacements existants, accélérant ainsi le marché du démantèlement ».

La montée en puissance du nucléaire

Dans ce contexte, Assystem a réalisé un chiffre d’affaires de 613 millions d’euros en 2009, en baisse de 8,8 % par rapport à 2008. Le bénéfice net passe quant à lui de 25,8 M€ à une perte de 800 k€. « Ce qui constitue une belle résistance par rapport au contexte de crise que nous avons connu, avec une stabilisation de l’activité au second semestre, malgré une diminution de 50 % de notre chiffre d’affaires dans le domaine automobile (-40 M€ n.d.l.r.) », estime Gilbert Vidal, vice-président finances d’Assystem. Cela s’est traduit par une adaptation des effectifs, qui ont été réduits de 7,9 %, plus de 700 personnes, sans avoir recourt à un plan social. « Il s’agissait essentiellement de gens jeunes et diplômés, mobiles, prêts a réorienter leur carrière vers d’autres secteurs industriels que l’automobile ». Plus de 320 personnes ont aussi été formées et réorientées vers les activités liées au nucléaire. Il faut dire que certains constructeurs automobiles français, qui externalisaient du travail pour 6 000 ingénieurs, ont réduit ce volume à 1 500 ingénieurs et entendent s’y maintenir. « Hors coup de Trafalgar dans l’automobile ou l’aéronautique, cette période de restructuration de nos activités est derrière nous ».

Notons que le nucléaire a représenté 19 % du chiffre d’affaires total en 2009, en croissance de 30 %. La montée en puissance de la part du nucléaire pourrait donc compenser d’ici deux ans l’effondrement du marché de l’automobile. « Il y a à l’heure actuelle plus de 200 projets de centrales à travers le monde et il ne faut pas non plus oublier tout ce qui touche le cycle du combustible nucléaire où il y a d’énormes investissements. Nous sommes donc au tout début d’un nouveau cycle nucléaire, où les coûts d’ingénierie sont compris entre 20 et 25 % des investissements, ce qui est très bon pour une société comme la notre ». Un mouvement qui devrait durer car Dominique Louis pense que la pointe de ses effectifs dans ce domaine ne sera pas atteinte avant 2017.

Reste qu’Assystem est très lié à ses clients français et à leurs technologies spécifiques. « On n'exclue pas de travailler avec d’autres acteurs. Nous avons d’ailleurs commencé avec Westinghouse, dans un premier temps pour des changements de générateurs. Mais notre stratégie c’est effectivement EDF/Areva, l’EPR et tout le cycle du combustible avec les usines d’enrichissement à Pierrelatte, les usines de retraitement, les usines MOX, etc. ».

Les leurres de l’offshore

Dominique Louis a aussi dressé un bilan de ses activités offshores. « On s’est précipité il y a quelques années en Chine, en Inde et en Roumanie. Faisons le bilan. La Roumanie c’a marche, on y gagne de l’argent, mais pour dégager la marge d’un ingénieur français, il faut 3 ou 4 roumains. Il faut donc des effectifs pléthoriques, que la Roumanie n’est pas capable de fournir. Nous allons donc simplement y maintenir la structure actuelle. Par contre, nous avons fermé la Chine car nous y avons perdu beaucoup d’argent. L’Inde est aussi très difficile. Pour moi l’offshore c’est d’abord l’affaire de l’informatique, qui a initialisé cet engouement pour le ‘‘low cost’’ car c’est devenu une commodité. Dans notre domaine, il ne s’agit pas d’un problème de coût, mais de marchés où il faut concevoir sur place les produits qui seront vendus dans la région. L’argument du ‘‘low cost’’ est uniquement utilisé par les donneurs d’ordres pour faire baisser les prix. Il s’agit d’ailleurs d’une problématique très française. Les Allemands ne veulent pas entendre parler de l’offshore. De plus, force est de constater qu’il reste très difficile de faire travailler sur un même projet des équipes très éloignées ».

« Chaque fois que l’on a fait du ‘‘low cost’’, on a perdu de l’argent. On l’a fait dans l’automobile, où les locaux voulaient plagier les modèles européens, un peu dans le nucléaire, mais on a vite compris que les Chinois voulaient nous prendre nos compétences, on a donc vite rapatrié nos experts. On pense que l’on générera plus facilement de la marge en se développant à court terme en France, en Allemagne et en Grande-Bretagne, plutôt qu’en se développant en Inde ou en Chine. Cela ne veut pas dire que nous n’y retournerons pas, mais seulement pour accompagner nos donneurs d’ordres sur ces marchés, mais là c’est la logique de l’offset plus de l’offshore ».

Des voies de développement

Coté R&D externalisée, Asssytem est très présent dans les études mécaniques. En aéronautique l’entreprise serait le leader européen en aérostructures et dispose d’une très bonne expertise dans les moteurs. Il est de ce fait partenaire de rang 1 des principaux donneurs d’ordres, mais est très dépendant des programmes européens. « On y a de la visibilité sur les programmes actuels (A350), par contre il sera difficile d’y faire une croissance significative, car nous saturons déjà les donneurs d’ordres. Le stade suivant c’est Boeing, mais ce sera très difficile. D’autant qu’il y aura certainement un creux dans les plans de charge aux alentours de 2015 », constate Dominique Louis.

Notons que dans le domaine aéronautique, Assystem a aussi ses propres développements, à la fois pour montrer ses savoir-faire et motiver ses troupes. Ses équipes développent ainsi un ULM, capable de décoller sur terre, sur l’eau et sur la neige, tout en carbone doté d’une avionique moderne, capable de voler à 250 km/h et de franchir 1 200 km. Mais c’est un démonstrateur, qui en aucun cas ne sera commercialisé.

Autre voie de développement l’informatique et l’électronique embarquée où Dominique Louis voit un vrai marché poindre. « Il faudra des petites entreprises extrêmement pointues pour concevoir et délivrer un certain nombre de systèmes en petites séries. Ce n’est pas le logiciel, qui peut être développé en Asie, mais le matériel, qu’il faut presque fabriquer comme des prototypes. Ce sont par exemple les quelques boîtiers électroniques qui vont accompagner la vente d’un radar. C’est une piste pour notre croissance externe ». Et de la croissance externe, il peut y en avoir, car en l’absence de dettes, avec un cash de près de 90 M€ et 55 M€ de ligne de crédit non utilisé, Assystem dispose des moyens nécessaires.

Dans le domaine nucléaire, Assystem vise l’ensemble de la filière. D’une part les centrales de production d’électricité, mais aussi l’ensemble de la filière du combustible, les outils de recherche et le nucléaire militaire. « On peut par exemple proposer de l’assistance à maîtrise d’ouvrage à Abu-Dhabi pour encadré les Coréens et garantir la conduite à son terme du projet en maîtrisant les coûts ».

« Le gros des investissements en ingénierie des centrales se trouve maintenant dans les systèmes de contrôle-commande, qui garantit la sûreté de fonctionnement. Notre savoir-faire repose dans la maîtrise des essais. La conception de la sûreté des générations précédentes était d'éviter les modes communs. Aujourd’hui les fonctions de sûreté sont tellement compliquées que l’on ne peut plus, car cela conduirait à des systèmes de contrôle-commande énormes. Il y a aujourd’hui des réflexions sur de nouvelles solutions de redondances internes. C’est un peu la querelle des anciens contre les modernes. Mais rappelez-vous, c’est ce qui s’est passé en aéronautique lorsque l’on a réduit les équipages à deux personnes ou le nombre de moteurs à deux pour traverser l’atlantique. Cela veut donc dire beaucoup de travail pour mettre en place et coordonner les essais ».
Autres pistes de développement dans le domaine nucléaire : le support à l’exploitation et la gestion de projets industriels à systèmes complexes dans un environnement contraignant.

« Mais attention Asssytem restera campé sur ses deux pieds, la R&D externalisée et le nucléaire, même si le nucléaire devrait représenter à terme les deux tiers de notre activité », conclut Dominique Louis.

A la semaine prochaine

Pour en savoir plus : http://www.assystem.com

Jean-François Prevéraud, journaliste à Industrie & Technologies et l’Usine Nouvelle, suit depuis plus de 28 ans l’informatique industrielle et plus particulièrement les applications destinées au monde de la conception (CFAO, GDT, Calcul/Simulation, PLM…). Il a été à l’origine de la lettre bimensuelle Systèmes d’Informations Technologiques, qui a été intégrée à cette lettre Web hebdomadaire, dont il est maintenant le rédacteur en chef.

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