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Assystem : l’ingénierie repart

Jean-François Preveraud
Assystem : l’ingénierie repart

Un nouveau logo pour affirmer l'évolution du groupe.

© DR

J’ai rencontré mardi dernier Dominique Louis, PDG d’Assystem, l’un des principaux ingénieristes de France, à l’occasion de la présentation des résultats de sa société. 2010 a été marqué par une nette reprise des activités et 2011 s’annonçait bien … jusqu’à la catastrophe de Fukushima. L’occasion aussi de faire le point sur le nucléaire où Assystem est historiquement très présent.

Une annonce de bons résultats qui tombe au pire moment pour Assystem, car cette société, qui est l’un des principaux ingénieristes et conseiller en innovation produit en France, réalise près d’un quart de son chiffre d’affaires dans le nucléaire. Secteur d’activité sur lequel elle mise beaucoup à travers sa participation à de grands projets comme Iter ou la récente création d’une Joint Venture n.triple.a avec Atkins en Grande-Bretagne (voir notre article).

Cet accident dramatique, dû a un cataclysme naturel d’une ampleur jusque là inconnue et qui donc n’avait pu être prise en compte pour le dimensionnement des installations, démontre, si besoin en était, la nécessité impérieuse de réaliser des études d’ingénierie amont très poussées dans ce domaine si particulier.

« Il est certain que la catastrophe de Fukushima qui se met en place aura un impact majeur sur l’ensemble de la filière nucléaire au niveau planétaire. A court terme, cela va notamment déclencher des campagnes d’études sur la sécurité des centrales, au moins sur les sites les plus sensibles par rapport aux risques sismiques ou d’inondation. Ce qui ne peut qu’avoir un impact positif sur nos activités. De même, les projets déjà fortement engagés tels Iter ou l’EPR de Flamanville en France ou celui d’Olkiluoto en Finlande seront menés à terme avec les études qui y sont associées. Par contre, il est vrai que cela pourrait avoir un impact négatif à partir de 2013/2015 sur le démarrage de nouveaux projets, qui risquent fort d’être décalés », explique en préambule Dominique Louis, PDG d’Assystem. (Voir notre article sur sa vision du nucléaire après Fukushima).

« Effectivement, cela peut ralentir les projets de construction, mais nous sommes aussi très présents sur l’ingénierie du parc en exploitation. C'est-à-dire que nous avons des ingénieurs qui travaillent en permanence sur la modification et l’optimisation des centrales existantes. Cela représente 40 % de nos activités dans le domaine nucléaire », précise Martine Griffon-Fouco, vice-présidente du groupe notamment en charge des activités exploitation du groupe. « On peut donc monter très rapidement en puissance sur l’existant, car nous avons déjà toutes les compétences nécessaires en interne ».

4,7 % de croissance en 2010

Si l’on regarde en détail les résultats d’Assystem, le chiffre d’affaires est passé de 607,3 à 636,5 millions d’euros entre 2009 et 2010, soit une croissance organique de 4,7 % (+1,4 % pour la France et +12,7 % pour l’international). Cette croissance s’est faite avec une nette inflexion sur le deuxième semestre, laissant présager d’un vrai redémarrage en 2011. Dans le même temps, le résultat opérationnel courant est passé de 25,7 à 44,3 M€, faisant grimper la marge opérationnelle courante de 4,2 à 7 %.

Une progression qui s’est faite en France essentiellement grâce au nucléaire, avec des contrats comme ceux des infrastructures d’Iter, et des nouveaux métiers de l’électronique et des systèmes embarqués, notamment dans l’automobile. Par contre la conjoncture reste encore défavorable pour les énergies conventionnelles et le ferroviaire. La croissance est similaire autour des trois grands pôles d’activités d’Assystem que sont : Plant Engineering & Operations (281,7 M€ - 44 % du CA France) Aerosopace, Mechanical Engineering (166,3 M€ - 26 %) et Technology & Product Engineering (180 M€ - 28 %).

Une moindre pression sur l’off-shore

Autre constat, l’off-shore est moins d’actualité. « Ce n’est plus une pression aussi forte de la part de nos clients. Déjà dans notre activité qui tourne autour du nucléaire, ce n’est pas le sujet. Il s’agit juste d’y ‘‘sourcer’’ des ingénieurs dans les zones où il y a des projets, de manière à produire localement à un coût acceptable. Dans le domaine de l’électronique et de l’informatique embarquées, avec comme axe de développement des pays comme l’Allemagne via l’acquisition récente de Berner & Mattner, il n’y a pas de pression sur de l’off-shore Outre-Rhin. Par contre, notamment en aéronautique nous sommes passés d’une organisation géographique à une organisation par centres de compétence pouvant être, grâce aux moyens informatiques de travail collaboratif, répartis sur plusieurs pays. Ce qui n’est pas si facile que cela à faire fonctionner, mais c’est un mode d’organisation qui pourrait se développer dans d’autres secteurs ».

La poussée de l’embarqué


Si l’on regarde la chiffre d’affaires en termes de secteurs industriels on trouve la décomposition suivante : Aéronautique et Spatial 35 % ; Nucléaire 22 % ; Automobile, Transport 14 % ; Energie 8 % ; Défense 5 % ; Autres industries 16 %.

Dans le domaine de l’énergie, outre le nucléaire Assystem entend bien développer ses activités autour des énergies renouvelables, ainsi que du Oil & Gas, qui risque de rester pour longtemps le principal marché de l’énergie. Dans le domaine de l’industrie, Assystem mise essentiellement sur les systèmes embarqués, notamment dans l’automobile, ainsi que sur la conception et mise en œuvre de process novateurs dans les domaines de la production, de la Supply Chain, de l’assemblage et de la qualité. Enfin, Assystem entend développer ses activités dans les infrastructures et le bâtiment surtout autour de réalisations techniques complexes.

Assytem a aussi identifié quelques points forts favorables pour sa croissance. Dans le domaine nucléaire, avant Fukushima, l’ingénieriste misait sur la poursuite des grands projets d’investissement et de recherche, la maintenance et la prolongation des infrastructures existantes, ainsi que sur des opportunités de croissance à l’international sur toute la chaîne de valeur. Mais cela semble maintenant bien incertain.

Par contre, le domaine de l’automobile, après la crise de 2009, est de nouveau en plein boom avec une nette reprise des programmes de R&D, notamment autour des nouveaux modes de propulsions, des systèmes embarqués et des infrastructures à mettre en place. Ce qui donne une meilleure visibilité à moyen terme sur le secteur. « Outre la forte poussée sur le véhicule électrique et intelligent, beaucoup de constructeurs, après une pause due à la crise, sont entrain de refaire leur catalogue produit. Nous n’avons jamais eu un aussi fort niveau d’activité dans l’automobile depuis 20 ans. De plus les constructeurs doivent faire face très rapidement à la poussée de nouveaux métiers, tels les systèmes embarqués qui les forcent à recourir à des développements extérieurs », précise Dominique Louis.

Une forte poussée qui se retrouve déjà dans le chiffre d’affaire. « L’automobile représente aujourd’hui 14 % de notre chiffre d’affaires contre moins de 10 % l’an dernier », détaille Gilbert Vidal, vice-président et directeur financier du groupe. « Avec une très forte progression de 35 à 40 % en 2010 sur les nouveaux métiers autour de l’électronique embarquée, de la définition fonctionnelle, de la modélisation… ». 

Enfin en aéronautique les grands programmes transnationaux sont porteurs d’une croissance organique, avec un potentiel de développement important, là aussi, sur les systèmes embarqués.

Une progression dans les systèmes embarqués qui se fera aussi via de la croissance externe. « Ces opérations devraient changer notre dimension, car nous y ‘‘chassons le gros’’. Entre 50 et 200 M€ de chiffre d’affaires. Nous regardons déjà certains dossiers européens, mais il reste encore à se mettre d’accord sur les prix ». D’autres acquisitions sont aussi envisagées, mais de moindres tailles, notamment pour implanter le groupe dans le domaine aéronautique aux Etats-Unis, dans les métiers qu’il sait bien faire tel l’aérostructure. « Nous sommes poussés par l’équipementier Spirit AeroSystem pour nous implanter auprès de Boeing du côté de Wichita », confie Dominique Louis.

« Avant d’en arriver là réussissons déjà au moins une acquisition dans le domaine des systèmes embarqués, ce qui nous permettrait d’être un acteur de la taille d’Altran ou d’Alten, au moins dans ces activités là. Ce qui nous permettrait de passer de 100 M€ dans ces métiers là à 300 M€ si on se limite aux seuls systèmes, voire à 500/600 si l’on y ajoute de la R/D externalisée avec des activités d’aérostructure ».

Place aux femmes

Des perspectives de croissance, qui devaient conduire à l’embauche de 2 500 ingénieurs en 2011 dont 1 500 en France. « Et l’on recrute des femmes, 25 % des ingénieurs, le même pourcentage que ce que l’on retrouve dans les écoles d’ingénieurs », précise fièrement Martine Griffon-Fouco, qui a mis en place chez Assystem le programme ‘‘Femmes d’énergie’’, qui veut favoriser le recrutement des femmes ingénieurs et leur offrir une vraie progression dans tous les niveaux l’entreprise. « Une vraie démarche d’entreprise et de politique de recrutement avec des sessions spécifiques de recrutement, où des femmes reçoivent d’autres femmes pour leur expliquer leurs métiers ».

4 milliards à 5 ans

« A terme on peut imaginer Assystem dans deux grands métiers : la R&D externalisée et l’ingénierie des infrastructures complexes tel ce que nous faisons autour d’Iter. Ce dernier contrat va nous ouvrir des portes en maitrise d’œuvre de bâtiments complexes, un marché totalement atomisé en France sans grands opérateurs privés d’ingénierie dans le domaine des infrastructures. Un marché où nous pourrions être un fédérateur européen ».

Dans cette optique, qu’elle sera alors la taille d’Assystem à 5 ans. « La semaine dernière j’aurai dis 4 milliards d’Euros. Aujourd’hui je serai plus proche de 1,7 à 1,8 B€. Dans 5 ans, l’activité de R&D externalisée sera à 700/800 M€, si les projets que l’on a en tête se font, le nucléaire et l’ingénierie des infrastructures sera autour du milliard. On peut imaginer ensuite une consolidation à un niveau supérieur avec un acteur de taille similaire. Ca c’était dans l’optique ou Assystem était un diamant dans le domaine nucléaire. Mais les événements risquent de nous faire baisser de catégorie de pierre précieuse », estime Dominique Louis.

De là à imaginer un rapprochement, plus fort que n.triple.a, avec Atkins, pour créer un leader européen il n’y a qu’un pas. Les deux sociétés seraient de tailles similaires et très complémentaires. « Mais il y a d’autres pistes », conclut malicieusement Dominique Louis.

A la semaine prochaine,

Pour en savoir plus : http://www.assystem.com

Jean-François Prevéraud, journaliste à Industrie & Technologies et l’Usine Nouvelle, suit depuis près de 30 ans l’informatique industrielle et plus particulièrement les applications destinées au monde de la conception (CFAO, GDT, Calcul/Simulation, PLM…). Il a été à l’origine de la lettre bimensuelle Systèmes d’Informations Technologiques, qui a été intégrée à cette lettre Web hebdomadaire, dont il est maintenant le rédacteur en chef. 
 

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