Nous suivre Industrie Techno

ARTENAY CRÉE L'OUTIL QUI MANQUAIT

Stéphanie Cohen
C'est une PME. Elle fabrique des barres céréalières. Et possède le même outil que les géants de l'aéronautique : un système informatique pour gérer ses "informations produits". Un exemple à suivre pour toute l'industrie agroalimentaire.

Artenay Agro Développement (AAD) ne recule devant rien. La PME a poussé deux sociétés d'informatique à créer un outil inédit dans sa branche. Un outil adapté aux nouvelles exigences de l'industrie alimentaire qui fait l'envie des plus grands du secteur.

Tout a commencé en 1999. Le service R&D de ce fabricant de barres céréalières souhaitait disposer d'un outil pour faciliter la conception de produits nouveaux, devenus de plus en plus complexes. « Au début des années 1990, les cahiers des charges pour réaliser des produits en marques de distributeurs tenaient sur une page. Aujourd'hui, ils en font jusqu'à quatre-vingts ! » explique Jean-Marc Rigault, responsable organisation des systèmes d'information et de qualité chez AAD. La raison : les crises alimentaires rencontrées par l'industrie ont énormément alourdi la masse d'informations à fournir pour chaque ingrédient. Origine des matières premières, allergènes, OGM, mycotoxines, données nutritionnelles et bactériologiques sont autant de nouvelles informations à gérer, à tracer et à communiquer sous des formes variées.

Gérer la conception plus rapidement

S'est ajoutée à cela une course à l'innovation. L'émergence des marques de distributeurs n'y est pas pour rien. Elle a complexifié les produits et réduit leur durée de vie. « Nous devons répondre à une équation complexe qui intègre des ingrédients de plus en plus techniques et des contraintes réglementaires de plus en plus exigeantes », précise Jean-Marc Rigault. Vu la diversité des ingrédients qui entrent dans la composition d'une barre céréalière, sa conception n'a plus rien à envier à celle... d'un avion !

Cela explique la volonté d'AAD de s'équiper d'un outil informatique puissant pour gérer la complexité des "informations produits" afin de répondre plus rapidement à la demande des distributeurs. Exactement comme le font les grandes entreprises de l'aéronautique, de la défense ou de l'automobile.

Constituer un référentiel unique

Cela est plus vite dit que fait. Car, justement, un tel outil n'existait pas. AAD a dû entreprendre, avec l'aide de la SSII Data Proxima, un travail de longue haleine pour modéliser ses flux de données et définir clairement ses besoins.

Forte de cette cartographie, il a tapé à la porte des éditeurs de logiciels. « Aucun éditeur ne s'était imaginé que l'agroalimentaire pouvait avoir besoin de tels outils. Ils ont vite compris quand nous leur avons présenté nos processus », explique Jean-Marc Rigault.

C'est chez Lascom qu'AAD a trouvé le logiciel Advitium, qui pouvait répondre à ses attentes. « Au départ, nous étions sceptiques, avoue Jean-Christophe Calmejane, responsable de la filière "Food and Drug" chez Lascom. Puis, nous avons réalisé que la conception d'une barre céréalière pouvait être aussi complexe que celle d'un Mirage 4 ! Tout comme les autres produits industriels, les produits alimentaires sont complexes et soumis à de nombreuses modifications. Mais la particularité avec ces derniers est que l'on doit gérer des pourcentages d'ingrédients. Par conséquent, de nombreux calculs de formulation sont associés à chaque produit. »

La solution informatique de Lascom pouvait gérer et configurer les données. Mais elle ne permettait cependant pas de créer des documents, une fonction inutile dans le monde de l'aéronautique ou de l'automobile, mais essentielle pour l'agroalimentaire. AAD s'est alors tourné vers Eurodoc. « Nous avons poussé ces deux acteurs à travailler ensemble pour nous offrir exactement ce que nous voulions », souligne Jean-Marc Rigault.

Résultat : toutes les données sont désormais centralisées dans un référentiel unique. Matières premières, recettes, données techniques, valeurs nutritionnelles... ne sont rentrées qu'une seule fois dans la base, ce qui évite les redondances et les erreurs.

« Pour pouvoir à la fois gérer et échanger ses données, AAD a eu la pertinence de choisir le standard XML qui était pourtant, à l'époque, encore très théorique », explique Jean-Christophe Calmejane. Flexible, ce format permet de dissocier le fond de la forme et de générer facilement des documents variés. Ainsi, depuis 2003, AAD exporte des documents XML qui peuvent être utilisés par un logiciel tiers, mais également HTML, des PDF, etc., selon ses besoins (générer des cahiers des charges, des fiches recettes...).

À moyen terme, la société compte intégrer directement dans son système les formulaires électroniques envoyés par ses fournisseurs. Cela se fait déjà avec quelques laboratoires qui envoient ainsi leurs résultats d'analyse. Côté donneurs d'ordres - les distributeurs -, les choses avancent également. Lascom est en discussion avec Trace One pour que ce dernier accepte d'intégrer dans sa base les feuilles au format XML. L'outil de traçabilité Trace One, qui propose aux distributeurs et aux industriels une plate-forme en ligne pour centraliser des documents, est utilisé aujourd'hui par la plupart des distributeurs. Cependant, il ne permet pas encore l'importation de fichiers, les industriels étant obligés de rentrer toutes leurs données. Si Trace One accepte d'importer des documents XML, AAD pourrait bien, encore une fois, devenir pionnier dans ce type d'échange de données.

Pour l'heure, les avantages attendus de ce nouvel outil informatique ont été au rendez-vous. Gain de temps, gestion simplifiée de la traçabilité, fiabilité de l'information, suppression des redondances et des erreurs... voilà autant de bénéfices qui justifient les investissements financier (250 000 euros), en temps et en énergie qu'a consacrés la société. « Nous pouvons aujourd'hui traiter un nouveau dossier en 48 heures au lieu de plusieurs jours et définir le cahier des charges au moment de l'appel d'offres et non un mois après », précise Jean-Marc Rigault. Un atout essentiel pour cette société qui a basé toute sa stratégie sur l'innovation.

Automatiser les modifications

L'outil a même apporté un gain inattendu : la gestion simplifiée et fiable des modifications de produits. Le remplacement d'un ingrédient de base par un autre, suite à une suggestion du service R&D ou à une modification de l'approvisionnement, a toujours des impacts importants. « On ne peut changer un élément sans s'assurer de la cohérence de l'ensemble, souligne Jean-Christophe Calmejane. Si la composition des fraises varie légèrement, l'impact va s'en ressentir sur l'ensemble du produit et d'autres modifications vont devoir être réalisées en conséquence. Il n'y a pas d'autre voie que l'automatisation pour analyser de manière fiable ces modifications. » Aujourd'hui, une recherche simple dans le système permet de lister les impacts générés : quels produits seront touchés par cette modification ; quelles seront les conséquences sur les valeurs nutritionnelles ; quels clients faut-il informer ; quelles données techniques faut-il récupérer auprès des fournisseurs ; quelles analyses doivent être réalisées ? « Tous les services, de la R&D au commercial, peuvent être avertis par messagerie des modifications réalisées sur les produits et sont alors en mesure d'anticiper les démarches à suivre », explique Jean-Marc Rigault.

Les bénéfices sont indéniables pour AAD. Ils ne le sont pas moins pour Lascom. L'éditeur a en effet réalisé, suite à ce projet, qu'il existait un réel créneau à prendre. Il a donc créé, il y a un an, un département agroalimentaire qui représente d'ores et déjà 20 % de son chiffre d'affaires. « Après avoir rencontré près de 250 sociétés du secteur, nous avons réalisé que la gestion des informations était un problème générique. Toutefois, les acteurs ont souvent du mal à trouver l'origine de leur problème. Nous faisons un vrai travail d'éducation », explique Jean-Louis Henriot, PDG de Lascom.

Pour ce faire, AAD lui sert de vitrine. L'éditeur travaille aujourd'hui avec des grands comme des petits de l'industrie agroalimentaire. « Nos concurrents américains commencent eux aussi à s'intéresser sérieusement à ce créneau mais nous pensons avoir deux ans d'avance sur eux », conclut Jean-Christophe Calmejane.

Lascom ne compte pas s'arrêter là. Les biotechnologies et les cosmétiques devraient prochainement bénéficier du même type d'outils.

L'ENTREPRISE

Artenay Agro Développement (AAD) à Artenay (Loiret) - 100 salariés - Filiale à 99 % du groupe Tereos - Chiffre d'affaires : 23 millions d'euros - Fabrique des barres céréalières et des céréales pour petits déjeuners en marques de distributeurs et marques réservées

JEAN-MARC RIGAULT RESPONSABLE ORGANISATION DES SYSTÈMES D'INFORMATION ET DE QUALITÉ CHEZ AAD« L'INFORMATIQUE DONT NOUS AVIONS BESOIN N'EXISTAIT PAS.»

Pour gérer des contraintes réglementaires de plus en plus exigeantes et la complexité croissante de ses produits, Artenay Agro Développement avait besoin d'un outil d'aide à la conception puissant.

JEAN-LOUIS HENRIOT PDG DE LASCOM«ARTENAY NOUS A DEMANDÉ UN "SYSTÈME D'INFORMATION PRODUITS" POUR L'IAA.»

L'éditeur a mis au point la solution pour Artenay Agro Développement. Aujourd'hui, l'industrie agroalimentaire représente 20 % de son chiffre d'affaires.

LE LOGICIEL A PERMIS DE...

- Simplifier la traçabilité - Répondre plus rapidement aux appels d'offres - Générer les documents sous formats variés - Réduire les risques d'erreurs et de redondances - Disposer d'une information plus fiable - Gérer plus simplement les modifications des produits

TOUJOURS PLUS D'INFORMATIONS À MAÎTRISER

- L'origine géographique des ingrédients - La présence éventuelle d'allergènes - Les valeurs nutritionnelles - Les mesures microbiologiques - La présence de mycotoxines - La présence d'OGM...

vous lisez un article d'Industries & Technologies N°0860

Découvrir les articles de ce numéro Consultez les archives 2004 d'Industries & Technologies

Bienvenue !

Vous êtes désormais inscrits. Vous recevrez prochainement notre newsletter hebdomadaire Industrie & Technologies

Nous vous recommandons

Un concours pour doper la cybersécurité des industries agroalimentaires et navales

Un concours pour doper la cybersécurité des industries agroalimentaires et navales

Le Village by CA Finistère, accélérateur de start-up du Crédit agricole installé à Brest, s’associe[…]

27/08/2019 | NavalThales
La robotique agricole en forum international à Toulouse

La robotique agricole en forum international à Toulouse

Le MIT détecte les aliments contaminés grâce aux étiquettes RFID

Le MIT détecte les aliments contaminés grâce aux étiquettes RFID

L’IA au service des offres promotionnelles de l'agroalimentaire

L’IA au service des offres promotionnelles de l'agroalimentaire

Plus d'articles