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Ariane 6 sera produite « à la Toyota » et avec les méthodes d’Airbus

GUILLAUME LECOMPTE BOINET

Mis à jour le 08/04/2016 à 09h35

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Ariane 6 sera produite « à la Toyota » et avec les méthodes d’Airbus

Ariane 6 : Produire des fusées à la chaine

© DR

L’accès autonome à l’espace est certes un objectif central pour l’Agence spatiale européenne (ESA). Mais pas à n’importe quel prix. Le prochain lanceur européen, Ariane 6, devra coûter deux fois moins cher par rapport à Ariane 5 alors qu’on en produira deux fois plus. Et ce, grâce aux méthodes de conception en plateau intégré et à certains nouveaux procédés comme la fabrication additive.

Le cycle de développement et de production d’Ariane 6 va constituer une petite révolution pour l’industrie spatiale. Là où Ariane 5 avait une organisation en silos, avec peu d’intégration des partenaires industriels lors de la conception, et des temps de cycle très élevés, Ariane 6 vise deux ans (de la commande des pièces jusqu’à l’arrivée du lanceur à Kourou), soit deux fois moins de temps qu’Ariane 5. Pour cela, les concepteurs du programme se sont inspirés à la fois des méthodes lean de Toyota et de celles d’Airbus. « L’un des objectifs est de réduire les délais à tous les niveaux : conception, fabrication, intégration,… et cela en faisant bon du premier coup », explique Patrick Bonguet, patron du programme Ariane 6.

Plateau de développement

D’ores et déjà, un plateau de développement en Open Space a été constitué aux Mureaux (Yvelines) pour développer la maquette numérique, avec les principaux partenaires industriels d’Ariane 6 : Ruag, MT Aerospace, Sabca, Avio, Casa, Air Liquide, le tout sous la houlette d’Airbus Safran Launchers (ASL), la nouvelle société constituée par Airbus et Safran dans le domaine des lanceurs. Au total, 6 000 personnes vont travailler sur Ariane 6 à travers l’Europe. « Ce plateau va nous permettre d’aller beaucoup plus vite, sans gaspillage de temps », ajoute Alain Charmeau, président exécutif d’ASL. Cette méthode couramment utilisée dans l’automobile ou l’aéronautique est assez nouvelle pour le spatial européen. L’un des avantages est qu’elle permet de paralléliser certaines tâches. Par ailleurs, pour la première fois, l’ESA fait partie du plateau. Du coup, ASL et l’ESA vont partager en temps réel les informations.

«Pulse Line»

Second temps : la fabrication. Au lieu de construire les étages verticalement comme Ariane 5, dans des silos, ce qui empêche d’avoir une bonne visibilité, les étages inférieurs et supérieurs d’Ariane 6 seront assemblés horizontalement. Une usine va d’ailleurs sortir de terre en 2018 aux Mureaux, qui fabriquera l’étage inférieur. « Nous aurons ainsi les avantages d’une organisation en «pulse line», où nous pouvons visualiser les problèmes et intervenir rapidement », explique Patrick Bonguet. Le défi est ambitieux : la nouvelle usine des Mureaux, ainsi que celle de Brème (Allemagne), où l’étage supérieur sera fabriqué, devront «débiter» une douzaine de lanceurs par an, soit le double d’Ariane 5, avec un effectif équivalent (150 personnes prévues aux Mureaux). Comme chez Airbus, ce sont les usines d'assemblage final qui rythmeront la production, et tous les partenaires avanceront ensemble. Par ailleurs, l’intégration des deux étages se fera aussi à l’horizontale à Kourou. Avec un changement de taille par rapport à Ariane 5, c’est que les éléments auront été contrôlés en amont et seront prêts pour le «plug and play», comme les fuselages des avions Airbus. L’intégration prendra trois jours au lieu d’un mois avec Ariane 5.

Soudage par friction

Enfin, de nouveaux process seront utilisés pour aller plus vite. Exemple : l’impression 3D pour des petites pièces complexes, comme les générateurs de gaz du moteur Vulcain 2.1. Avant il fallait plusieurs mois pour les produire. Avec la fabrication additive, il faudra 4 jours. Autre exemple, le soudage par friction, bien connue dans l’aéronautique, mais pas encore beaucoup dans le spatial. Ce procédé permettra de gagner beaucoup de temps, notamment pour souder les dômes des réservoirs, car il n’y aura plus les dizaines de reprises qu’il fallait faire avec le soudage par métal.

 

Le calendrier d’Ariane 6

-2009 : premières études

-2012-2014 : définition de l’architecture

-Décembre 2014 : validation d’Ariane 64 (4 boosters, 900 t. au décollage) et Ariane 62 (2 boosters, 500 t. au décollage)

-Juin 2016 : revue de définition préliminaire

-Septembre 2016 : revue du programme par l’ESA

-2018 : production des premiers étages, premiers tirs au banc

-2020 : premier vol

-2021 : premier vol commercial

-2023 : pleine capacité opérationnelle

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