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André-Luc Allanic, ingénieur de l'année 2016

André-Luc Allanic, ingénieur de l'année 2016

Andre Luc Allanic responsable du departement R&D de Prodways

© Thomas Gogny

Le pionnier de l'impression 3D André-Luc Allanic a reçu, mardi 6 décembre, le trophée de l'ingénieur de l'année, décerné par les rédactions d'Industrie & Technologies et l'Usine Nouvelle. L'occasion de redécouvrir le portrait de cette figure de la fabrication additive, que nous avions rencontré en exclusivité en mai 2016.

Quel âge avez-vous ? « J'ai, hum... » Silence. «... 51 ans ! » Si André-Luc Allanic hésite, ce n'est pas parce qu'il souhaite cacher son âge, mais parce qu'il doit faire quelques calculs. « J'ai récemment changé de date d'anniversaire. Ça tombait le 20 septembre et je n'aimais pas du tout. Il fait moche, c'est la fin des vacances. Donc maintenant c'est le 17 mai ». Moi, incrédule : « Vous plaisantez ? » Lui, très sérieux : « Ah non pas du tout. Je fête mon anniversaire et j'apporte les croissants au travail le 17 mai ! »

Pas de doute, le directeur de la R&D de Prodways, spécialiste français de l'impression 3D, est un personnage atypique. C'est aussi un excellent ingénieur. Et il le sait. « J'aurais fait un mauvais chercheur, mais je suis un bon ingénieur et j'en suis fier », confie-t-il. Autre certitude : « Je n'ai pas l'étoffe d'un entrepreneur. En revanche, j'ai une vision technique que n'ont pas les dirigeants d'entreprise et je suis capable de renifler dix ans à l'avance là où il faut aller ». Âme d'entrepreneur ou non, André-Luc Allanic est bien à l'origine de plusieurs entreprises dans l'impression 3D. Une passion que ce cinquantenaire à la barbe blanche et aux lunettes discrètes cultive depuis plus de 30 ans.

Un binome brillant aux compétences additives

Lors de ses études de chimie, il découvre l'impression 3D par hasard. La scène se passe en 1987 lors de son DEA au sein d'un laboratoire de photonique à Nancy, dirigé par le professeur Jean-Claude André. « Je le vois se promener tout fier dans le laboratoire en disant : « Ça, c'est l'avenir .» Il avait à la main un bidule. C'était une sorte de cendrier. Il avait fait le premier objet en 3D à la main », se souvient-il.

C'est dans ce même laboratoire qu'il rencontre Philippe Schaeffer. Le binôme fait tout de suite des étincelles. « La combinaison de l'approche scientifique, d'ingénierie et d'automatisation a donné lieu à des machines », raconte le docteur, mordu de programmation et de gros processeurs. Les deux compères participent ainsi au développement de l'une des premières machines européennes de fabrication additive.

En 1993, le tandem fonde Laser 3D pour concevoir des appareils de stéréolithographie. Naïveté et mauvaise rencontre transforment cette première expérience entrepreneuriale en cauchemar. « Nous avions fait des machines exceptionnelles, mais elles enfreignaient plein de brevets sans même que nous le sachions. » Fin 1995, le binôme quitte « cet environnement » et se retrouve dans la cave de Philippe Schaeffer, sans argent ni droit au chômage. Deux ans plus tard naît la société Optoform.

« Cette fois-ci, nous avons eu une approche plus mûre et nous avons résolu un problème juridique avec notre puissance technique », explique l'ingénieur, qui raconte avoir mis au point une véritable équipe commando. « On ne se payait pas et nous payions très peu nos employés. » Leur acharnement, lui, est payant. En 2001, l'américain 3D Systems rachète Optoform. André-Luc Allanic devient alors directeur de recherche chez le constructeur américain. Deux ans plus tard, il décide de revenir en France. « J'étais le dernier de l'équipe initiale et suis parti avec un joli chèque ». En échange, il signe un contrat qui lui interdit d'avoir une activité dans le monde de l'impression 3D pendant encore trois ans. Une fois sa peine purgée, il replonge aussitôt dans la fabrication additive pour fonder en 2007 Phidias Technologies.

Il met alors au point la fameuse technologie Movinglight : un procédé de photopolymérisation qui combine haute résolution et rapidité d'exécution grâce à une tête DLP (puces micro-électroniques) qui oriente la lumière UV pour polymériser des résines photosensibles. D'après l'ingénieur, ce procédé est le fruit « d'une conjonction technologique phénoménale ». Apparition des LED, des DLP en UV et développement des processeurs graphiques... « Toutes les étoiles se sont alignées au même moment. » Movinglight permet d'obtenir une résolution native de 43 microns par pixel et d'imprimer jusqu'à dix fois plus rapidement que les autres technologies du marché. La première machine voit le jour en 2010. Pour développer une véritable gamme d'imprimantes 3D, André-Luc Allanic prévoit de recontacter 3D Systems pour revendre la technologie. Finalement, il rencontre en 2013 Raphaël Gorgé, par l'intermédiaire de Boris Vallaud alors directeur du cabinet du ministre de l'Industrie, Arnaud Montebourg, et accepte très rapidement son offre de rachat. Phidias Technologies devient alors Prodways.

Fabriquer des moules par impression 3D

Aujourd'hui, André-Luc Allanic dirige une quinzaine de personnes. « Je fais moins de technique et me consacre plus à la gestion de gens brillants », reconnaît-il. Une ironie du sort pour cet homme qui assure être plus à l'aise avec les machines qu'avec les humains. « Dans ce magma, j'essaie de repérer les choses où nous sommes le mieux placés en tant que groupe de taille moyenne. Je me prépare à l'arrivée de Google, Apple, HP et autres. » Prodways compte notamment se diriger dans les procédés indirects qui consistent à fabriquer des moules par impression 3D. Les autres pistes de recherche restent, elles, confidentielles. « Ce qui me plaît le plus dans mon travail c'est ce que vous ne pouvez pas savoir », lance malicieusement le technophile qui admet toutefois vouloir prendre sa revanche sur la start-up Carbon 3D à l'origine d'un procédé d'impression en continu. « J'ai aussi été missionné pour explorer des choses qui ne marcheront pas », ajoute-t-il. Allergique aux interventions en public, André-Luc Allanic sait, en revanche, très bien entretenir le mystère.

Juliette Raynal

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