Nous suivre Industrie Techno

Analyse de cycle de vie Évitez l'usine à gaz

THOMAS BLOSSEVILLE redaction@industrie-technologies.com

Sujets relatifs :

,
L'analyse de cycle de vie s'impose comme la méthode de référence pour l'évaluation des impacts environnementaux d'un produit ou d'un service. Efficace, mais complexe de prime abord. Industrie et Technologies vous guide dans l'appropriation de cet outil essentiel à toute démarche d'écoconception.

Effet de serre, écotoxicité, eutrophisation... L'écologie pénètre dans les bureaux d'études avec un vocabulaire parfois déroutant. Pour s'orienter, l'analyse de cycle de vie, ou ACV, s'impose comme la boussole incontournable. À condition de maîtriser cette démarche émergente. Éléments d'organisation pour faire ses premiers pas.

La norme Iso 14 040 définit les grands principes de l'ACV. Cependant, pour un même produit, les impacts calculés « peuvent varier du simple au triple selon les hypothèses retenues », prévient Xavier Vital, spécialiste chez Bureau Veritas. Le programme ILCD de la Commission européenne prépare certes l'harmonisation des pratiques, mais quoi qu'elle décide, il faudra toujours respecter quelques règles d'or.

Commencez par vous demander pourquoi vous réalisez une ACV. Pour pratiquer l'écoconception, une ACV simplifiée suffira dans un premier temps. Elle identifiera les points sur lesquels vous devrez vous focaliser, comme l'efficacité énergétique de votre produit. Mais pour comparer ses performances à la concurrence, et s'en servir comme argument commercial, une ACV détaillée est inévitable.

L'étape cruciale est la collecte des données

Ne réfléchissez pas en termes de produit, mais de service rendu. Cette distinction sera cruciale pour valoriser votre ACV. Comme en témoigne Stéphane Fouquay, directeur chargé de l'intégrité des produits chez le fabricant d'adhésifs Bostik : « dans le débouché automobile, la priorité est l'allégement des véhicules. Pour nous, il ne s'agit pas de réduire la masse de nos adhésifs. Plutôt de trouver comment nos adhésifs peuvent abaisser celle de la voiture ».

Pour réaliser une ACV, l'étape cruciale à soigner est la collecte des données. D'où viennent vos matières premières ? Comment sont-elles transportées ? Quels déchets votre produit génère-t-il tout au long de sa vie ? Toutes ces informations sont réparties dans les différents services (achat, R&D...) ou à l'extérieur (fournisseurs, clients...). Pour coordonner cette phase, choisissez un référent en interne. Son profil : un technicien avec une vision globale de l'entreprise et le sens du contact.

Autre précaution : au moment de choisir un logiciel d'ACV, contrôlez ses bases de données. Vérifiez notamment si elles contiennent suffisamment d'informations sur les matériaux que vous utilisez. « Sinon, il vous faudra faire des hypothèses et tester la sensibilité de vos résultats à vos choix », conseille Sébastien Zinck, ingénieur en développement durable chez Steelcase. Regardez aussi la date à laquelle les données ont été établies. « Celles du Giec sont mises à jour tous les ans », signale Stéphane Fouquay.

Pour une première analyse, des valeurs moyennes peuvent suffire. Vous affinerez ensuite en fonction de votre objectif. Un exemple : par défaut, le logiciel d'ACV peut être calé sur le mix énergétique européen. Mais pour comparer des fournisseurs allemands et espagnols, il vous faudra distinguer leurs mix respectifs.

Une fois les données collectées, le logiciel les convertira en termes d'impact environnemental. « Les outils sur le marché utilisent peu ou prou les mêmes méthodologies. Ils se distinguent plutôt par leurs bases de données et leur interface. Simapro, par exemple, est très ergonomique », estime Stéphane Fouquay. Dans tous les cas, ce sera à vous d'interpréter les résultats en choisissant les bons indicateurs. « Nous privilégions ceux dont les méthodes de calcul font consensus », témoigne Bernard Blez, directeur délégué à la recherche et l'innovation de GDF Suez. Grands classiques, les émissions de gaz à effet de serre ou l'épuisement des ressources naturelles. « L'Europe recommande d'attendre pour la toxicité humaine que les méthodologies soient approfondies », continue Bernard Blez. Les indicateurs sur l'eau et la biodiversité non-plus ne sont pas matures.

Les pratiques usuelles consistent à considérer l'impact sur les différents milieux naturels - air, eau, sol - pour éviter les transferts de pollution. Pour les produits de grande consommation (alimentation, linge de maison, électronique...), les projets d'affichage environnemental devraient bientôt établir les indicateurs prioritaires. Gardez en tête que l'ACV est une modélisation de la réalité dans toute sa complexité. Ni blanche, ni noire, toujours grise. « L'ACV est un support de dialogue. Pas une valeur absolue de l'impact environnemental », explique Emmanuelle Aoustin, responsable empreinte environnementale chez Veolia Environnement. Le rôle de l'expert n'est pas de tirer lui-même les conclusions de son ACV, mais de partager ses résultats. Donc de communiquer avec des non-spécialistes. « Un équilibre est à trouver entre précision et vulgarisation. Nous essayons d'établir un lien avec la cause de l'impact », raconte Sébastien Zinck. « Avec la R&D, nous discutons matériaux. Avec la logistique, kilomètres parcourus. » Un moyen d'inscrire les gaz à effet de serre et l'eutrophisation dans le langage commun de l'entreprise.

L'ACV, c'est quoi ?

L'analyse de cycle de vie (ACV) est une méthode globale d'évaluation des impacts environnementaux d'un produit ou d'un service. Plus ou moins détaillée selon les objectifs prédéfinis : orienter les axes de R&D, pratiquer l'écoconception, fournir des arguments commerciaux... Plusieurs logiciels existent sur le marché, parmi lesquels Simapro, Gabi, Team... cPOUR VOUS Y RETROUVER, outre les consultants spécialisés, adressez-vous à l'École des Arts et Métiers de Chambéry, à l'Université de technologie de Troyes ou à votre organisation professionnelle.

« Faites-vous accompagner »

GUY-NOËL SAUVION CHEF DU SERVICE ÉVALUATION ET ÉCO-EFFICIENCE DE RHODIA

« Pour une première analyse de cycle de vie, faites-vous accompagner d'un cabinet spécialisé. L'erreur à éviter est de s'y atteler seul. L'analyse répond à une méthodologie à respecter scrupuleusement, mais qui n'est pas innée. Elle suppose l'utilisation d'un logiciel spécialisé et de données parfois difficilement accessibles. Mieux vaut nommer en interne un garant de l'homogénéité des pratiques, même si toutes les fonctions de l'entreprise sont impliquées : production, achats, emballage... Évitez de faire trop compliqué. L'idéal est de débuter par les processus les plus simples. Ne travaillez pas de façon linéaire du début à la fin d'un procédé. Il faut prendre du recul. Prenez le temps de décrire votre processus pour mettre l'accent sur les points les plus significatifs. »

vous lisez un article d'Industries & Technologies N°0932

Découvrir les articles de ce numéro Consultez les archives 2011 d'Industries & Technologies

Bienvenue !

Vous êtes désormais inscrits. Vous recevrez prochainement notre newsletter hebdomadaire Industrie & Technologies

Nous vous recommandons

Faites de l'or avec les données

Faites de l'or avec les données

La démarche d'open data, qui consiste à rendre accessibles des données variées, a été initiée par les administrations. Elle représente une opportunité[…]

01/11/2012 | EXPÉRIENCES
PFW Aerospace allège l'A 350 XWB

PFW Aerospace allège l'A 350 XWB

ISO 50 001 : pilotez vos performances énergétiques

ISO 50 001 : pilotez vos performances énergétiques

Virbac passe à la désinfection aérienne

Virbac passe à la désinfection aérienne

Plus d'articles