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Alstom va tester des trains autonomes pour le transport régional en Allemagne

Xavier Boivinet

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Alstom va tester des trains autonomes pour le transport régional en Allemagne

Les essais seront effectués avec deux trains régionaux Coradia Continental appartenant à Regionalbahnfahrzeuge Großraum Braunschweig GmbH.

© Wikimedia Commons

Alstom a annoncé le 27 mai son intention de tester son système de conduite automatique pour des trains de voyageurs régionaux en Allemagne. Une première mondiale qui devrait débuter en 2021, pour une homologation espérée en 2023.

Après avoir mis en service les premiers trains régionaux à hydrogène du monde, Alstom s’attaque aux trains autonomes. Le constructeur ferroviaire a annoncé le 27 mai qu’il allait tester son système de conduite automatique (ATO) pour des trains de voyageurs régionaux en Allemagne.

Le projet débutera en 2021 en collaboration avec l’Association régionale de la ville de Braunschweig (Allemagne), du Centre aérospatial allemand (DLR) et de l’Université technique de Berlin (TU Berlin). L'annonce intervient après l'obtention d'un « Prix de l'innovation pour les bacs à sable réglementaires » décerné à Alstom par le Ministère fédéral allemand de l'économie.

Les essais seront effectués avec deux trains régionaux Coradia Continental appartenant à Regionalbahnfahrzeuge Großraum Braunschweig GmbH.

Première mondiale

Différents niveaux d’automatisation (GOA, pour Grade of automation) seront testés : GOA3 en service voyageurs normal et GOA4 pendant les manœuvres pour rapatrier les trains vers le dépôt. « Cela sera une première mondiale pour les trains régionaux de passagers, indique Jean-Marc Nizet, vice-président signalisation grandes lignes chez Alstom. Avec le niveau GOA3, le système prend complètement la main sur le fonctionnement du train, mais un opérateur est toujours présent à bord pour intervenir en cas de problème. En GOA4, il n'y a plus de personnel à bord, mais il est toujours possible de prendre les commandes à distance. »

« Les niveaux d'automatisation GOA2 [ndlr : semi-automatique] à GOA4 sont déjà en vigueur dans des réseaux fermés en milieu urbains, poursuit M. Nizet. Le niveau GOA2 n'est pas encore très déployé au niveau des grandes lignes, mais c'est une technologie mature et la tendance va dans ce sens avec beaucoup de projets pilotes. » Contrairement aux rames de métro, les trains circulent en milieu ouvert, ce qui ajoute une difficulté non négligeable pour les rendre autonomes, comme nous le décrivions dans notre précédent dossier sur le train de demain.

Détection d'obstacles et de signaux

Les arguments avancés en faveur de l'automatisation des trains sont de plusieurs ordres, explique M. Nizet : « Nous pouvons améliorer la capacité en optimisant la table horaire, la conduite et le profil de mission des trains, et en améliorant leur ponctualité, explique-t-il. Le deuxième gros gain est énergétique en évitant les gros coups d'accélération et de freinage. Au niveau GOA2, nous estimons qu'il est possible de gagner environ 20 % de capacité et 20 % d'énergie. Avec GOA3, nous apportons en plus la détection d'obstacles et de signaux. »

Les trains sur lesquels sera testé le système ATO sont des trains existants. Ils seront équipés du système européen de contrôle des trains (ETCS) - briques de base à bord et au sol qui assurent le contrôle du train dans le cadre du système européen de gestion du trafic ferroviaire ERTMS - et de capteurs optronique et de caméras pour lire des signaux et détecter des obstacles. Un système de traitement permettra d'analyser les données et de prendre les décisions. « L'objectif est d'être capable d'équiper des trains existants pour y intégrer ces nouvelles fonctionnalités sans forcément avoir à en construire de nouveaux », précise M. Nizet.

Homologation espérée en 2023

Prévu sur trois ans, le projet se déroulera en trois phases. La première consiste à mettre au point le projet avec la définition du périmètre technique, la répartition des rôles entre les partenaires et les financements associés. « Nous allons travailler sur la R&D mais aussi sur les aspects réglementaires pour autoriser des trains autonomes à rouler en Allemagne, sur les règles opérationnelles et l'impact de l'automatisation pour le conducteur ou les opérateurs », précise M. Nizet.

Dans un second temps, une phase de test s'étendra sur neuf mois avec les deux trains équipés. Enfin, une dernière phase d'homologation devrait permettre d'être prêt à rouler sur le réseau en 2023. « Cela devrait déboucher sur l'équipement de 24 trains destinés à rouler sur le réseau allemand, et, nous l'espérons, sur d'autres contrats commerciaux », ajoute M. Nizet.

Synergies avec le projet français

En France, la SNCF souhaite faire rouler les premiers trains autonomes d’ici 2023. Dès janvier 2018, deux consortiums pilotés en partenariat avec l’Institut de recherche technologique (IRT) Railenium ont été créés. Le premier rassemble Alstom, Altran, Ansaldo et Apsys et vise à créer un prototype autonome pour le fret qui devrait être mis en circulation en 2020. L’autre réunit Bombardier, Bosch, Spirops et Thales en vue de réaliser un TER autonome pour le transport de passagers. Sa mise en circulation est espérée d’ici 2023.

« Autant que possible, nous essayerons d'exploiter des synergies entre nos projets français et allemand, notamment au niveau des briques technologiques de base, explique M. Nizet. Mais le projet français concerne le fret, alors que le projet allemand concerne les trains régionaux de passagers, donc il y a quelques spécificités à chaque fois. »

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