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C’est pas nouveau, quoique !

Alstom : une excellence industrielle héritée de... GE !

Alstom : une excellence industrielle héritée de... GE !

L'une des 50 locomotives de fret KZ8A qui vont être livrées d'ici 2018 à la compagnie ferroviaire Azerbaijan Railways

© DR

A l’heure ou le nom d’Alstom fait la une de l’actualité, il est bon de se rappeler l’histoire de cette entreprise plus que centenaire et qui a joué un rôle crucial dans le développement des industries du transport et de l’énergie en France. D’autant que plusieurs fois par le passé elle a déjà côtoyé General Electric et Siemens.

La fondation du groupe Alstom remonte au 27 juin 1872 avec la création à Mulhouse de la Société Alsacienne de Construction Mécanique (SACM) née du rapprochement entre la société André Koechlin et Cie (AKC) et l’Usine de Graffenstaden. La première, constructeur de machines pour le textile, de locomotives et de turbines, et la seconde, constructeur de locomotives à vapeur, décidèrent de se regrouper pour être plus fortes face à leurs concurrents français, allemands et anglais. Mais craignant que le fait d’être sous tutelle allemande, depuis la défaite de 1870 l’Alsace est annexée à l’Allemagne, ne lui ferme le marché français, la SACM créa à Belfort une antenne destinée au montage et à la finition de ses produits.

De la vapeur à l'électricité

Un site qui va se développer avec la construction des locomotives à la fin du 19e siècle et de la mécanique lourde grâce à l’intégration d’une fonderie. Mais dès 1888 la SACM a pressenti que la construction électrique était porteuse d’avenir. Outre les machines tournantes et leurs accessoires, la SCAM se lance aussi dans la fabrication de câbles électriques de forte section dont l’allemand Siemens a le quasi-monopole. Une opération qui se fait en plein accord avec l’allemand qui apporte même 1/3 du capital nécessaire.

En 1913, le site de Belfort devient une entreprise française à part entière. A la veille de la déclaration de guerre de 1914, la SACM de Belfort emploie 5 191 ouvriers. L’entreprise va alors se lancer dans la production d’armements. Elle fabriquera ainsi 4 736 778 obus de 75 à 400 mm durant le conflit, mais aussi des mortiers, des turbo-compresseurs pour les moteurs d’avions et plus de 120 000 km de câbles télégraphiques et téléphoniques militaires. Des productions qui imposent de revoir le parc de machines-outils et les méthodes de production. Après la victoire de 1918, la SACM récupèrent les usines de Mulhouse et de Graffenstaden. Belfort se spécialise dans la fabrication des locomotives et matériels électriques, Graffenstaden dans celle des locomotives à vapeur et Mulhouse dans celle des moteurs à gaz et des machines textiles.

Faire face à la concurrence déjà !

Mais la concurrence est rude avec les ténors de la construction électrique tant français (Jeumont, Thomson, Grammont…) qu’étrangers General Electric, Westinghouse, Siemens, AEG…). Aussi en 1928, la SACM et la Compagnie Française Thomson-Houston (CFTH), filiale française de General Electric fusionnent une partie de leurs activités de génie électrique et de transport ferroviaire dans une filiale commune, Als.Thom, contraction des noms des deux sociétés. Un nom qui se transformera en Alsthom en 1932.

Alsthom se lancera alors dans un politique d’acquisitions telle la Compagnie Electrique de France (CEF) en 1932, qui fabrique des locomotives électriques dans ses usines de Tarbes et de Vénissieux, ou celle de Vetra en 1937 qui fabrique des trolleybus. Une politique qui sera poursuivi après la guerre avec l’acquisition du constructeur ferroviaire Brissonneau et Lotz en 1972, des Chantiers de l’Atlantique en 1976, de la Compagnie Electro-Mécanique (CEM) en 1983, du constructeur ferroviaire allemand LHB en 1994, de Cegelec et de De Dietrich Ferroviaire en 1998, Fiat Ferroviaria en 2000.

Toujours innover

Alstom a toujours été à la pointe de l’innovation. Ainsi ses locomotives à vapeur sont parmi les plus performantes, telles les Pacific Compound livrées à la Compagnie du Nord en 1911 et à la Compagnie du Midi en 1913. Mais dès 1895 Alstom se positionne sur le marché des tramways électriques pour lesquels il fournit les stations d’alimentation avec des chaudières et des dynamos, les installations aériennes et les motrices. Mais les économies d’énergies étant déjà d’actualité, c’est avec ses locomotives électriques de ligne, destinées à remplacer les locomotives à vapeur gourmandes en charbon, qu’Alstom connaitra un essor sans précédent dans l’Entre-deux-guerres. Un essor qui se poursuivra après-guerre avec le record du monde de vitesse sur rail à 331 km/h décroché le 28 mars 1955 par la CC 7017. Une époque qui verra aussi triompher le courant alternatif industriel (25 kV, 50 Hz) pour alimenter les lignes électriques avec des infrastructures plus légères. Un secteur ou Alstom est en pointe.

Alstom se lancera aussi dès 1939 dans la fabrication de locomotives diesels-électriques (un moteur diesel entraine une génératrice qui alimente les moteurs de traction électriques). Toujours dans le secteur ferroviaire Alstom participera aux côtés de la RATP entre 1950 et 1960 à la mise au point des boggies qui équiperont le premier métro du monde sur pneumatiques. Un concept qui fera le tour du monde. Enfin, beaucoup plus proche de nous, Alstom en collaboration étroite avec la SNCF mettra au point le Train à Grande Vitesse (TGV) dont le prototype munis de turbines à gaz fut présenté en 1971 et la version définitive électrique mise en service en 1981. Il obtiendra grâce à lui un nouveau record de vitesse sur rail le 3 avril 2007 à 574,8 km/h !

La course à la puissance

Dans le domaine des moteurs électriques, la SACM exploite dès 1888 les savoir-faire de Siemens dans le domaine des moteurs à courant continu, puis rapidement développe ses propres technologies et se lance dans l’utilisation du courant alternatif dès 1894. Et là aussi elle innove ! Elle présentera ainsi en 1904 des moteurs polyphasés à collecteurs dont la vitesse est réglée par orientation de la couronne de balais, évitant ainsi les pertes dans les rhéostats. C’est aussi l’époque de la course à la puissance. Dès 1900 la SACM fournit des moteurs de 525 kVA aux Mines de Courrières. En 1932, Alstom fournira le système de propulsion turbo-électrique du paquebot Normandie lancé en 1932 avec des moteurs synchrones triphasés de 40 000 ch fonctionnant sous 5 500 V.

Maitrisant la technologie des moteurs la SACM se lancera dès 1888 dans la fabrication de génératrices. Puis des turbines à vapeur ou hydrauliques servant à les entrainer. Ainsi Alsthom mettra au point les 12 groupes Bulbes de 10 MW qui équiperont en 1961 l’usine marémotrice de la Rance. Une activité de turbines hydrauliques qui va se renforcer avec l’acquisition du Grenoblois Neyrpic en 1963.

Alsthom va aussi largement participer au programme électro-nucléaire à partir des années 70 en fournissant des alternateurs allant jusqu’à 1 450 MW. Elle absorbera aussi en 1977 la Compagnie Électro-Mécanique (CEM), une filiale de la société suisse Brown Boveri spécialisée dans les turbines vapeur à réaction utilisées dans les centrales nucléaires.

General Electric, ABB, Areva et les autres

La construction navale va aussi devenir l’un de ses chevaux de bataille avec la fusion avec les Chantiers de l’Atlantique en 1976. Au début des années 80 Alsthom s’organise ainsi autour de trois divisions : la construction navale ; la production d’électricité ; le transport ferroviaire.

En 1988, la Compagnie Générale d'Électricité (CGE), principal actionnaire d’Alsthom, et le conglomérat britannique General Electric Company (GEC) annoncent la fusion d’Alsthom avec GEC Power Systems. Le nouveau groupe, détenu à égalité par les deux partenaires, est baptisé GEC Alsthom (79 000 collaborateurs).

Notons qu’Alsthom perdra son h lors de son introduction en bourse en 1998 pour devenir Alstom.

En 1999, Alstom et ABB fusionnent leurs divisions Power dans une société commune, ABB Alstom Power, qui deviendra Alstom Power en 2000. Mais en 2003, le groupe doit se séparer de 40 % de ses actifs dans le cadre d’un plan de sauvetage. En 2004 Alstom cède ainsi son activité Transmission et Distribution à Areva, activité qu’il rachètera en 2010 avec Schneider Electric. Puis en 2006 Alstom vend 75 % des parts de sa filiale Alstom Marine au norvégien Aker Yards. Toujours en 2006, le groupe français de génie civil, Bouygues achète à l’État ses 21 % de parts dans le capital d’Alstom et porte ensuite sa participation à 31 %.

En 2011, Alstom réorganise ses activités opérationnelles en quatre secteurs : Thermal Power ; Renewable Power ; Grid et Transport.

Aujourd’hui le groupe Alstom est leader dans nombre des secteurs où il est présent, tant en termes de part de marché que d’innovation. Mais la trésorerie n’a pas suivi et le groupe se retrouve en difficulté, au point d’envisager un rapprochement avec d’autres géants.

Et c’est là que l’on retrouve General Electric et Siemens engagés dans une partie de bras de fer pour reprendre tout ou partie du groupe.

Et ça, c’est nouveau !

Jean-François Prevéraud

Pour en savoir plus : http://www.editions-etai.fr

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